‹ De la Restauration françaiseChapitre 141 sur 189 · CHAPITRE XXXIIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIIÏ

De la loi sur l'enseignement. — M. Thiers.

Pour la loi sur l'enseignement, voici le fait ; après, vous discuterez :

« L'Université, vient de dire un homme d'un vif esprit, c'est la philosophie; et l'Église, c'est la religion. » Oui ; mais la philosophie c'est l'homme, et la rehgion c'est sa loi. Voyez ce que vous devez faire !

Et telles sont encore les paroles de l'illustre orateur : « La religion et la philosophie sont nées le même jour, « le jour où Dieu a mis la religion dans le cœur de « l'homme et la philosophie dans son esprit. » Dieu a mis la religion dans le cœur de l'homme, mais c'est l'homme qui a mis l'orgueil dans son esprit. Est-ce à l'esprit, au moi, de conduire le cœur, ou au cœur de décider du moi?

Dieu, si vous le voulez, mit la philosophie dans l'esprit de l'homme en y mettant la liberté. Or la liberté ne fut pas faite pour combattre la loi, mais pour l'accomplir. L'Anarchie consiste précisément à donner à la liberté la même autorité qu'à la loi : c'est là toute

l'erreur de l'époque!! C'est aussi celle de l'homme illustre en politique.

Il s'écrie, mais d'une naïveté réelle : « J'ouvre l'his- « toire du monde, non pas l'histoire factice, faite par les « partis, mais l'histoire vraie, et je vois ces deux grandes « puissances, la religion et la philosophie, se combattre « toujours. » Il n'est pas étonnant qu'en ouvrant l'histoire, on voie l'homme! Mais quand on combat, c'est que la justice est quelque part...

Mettre sur le même pied Dieu et l'homme, la loi et la liberté : on ne fait pas d'autre reproche à la Révolution!... Il a peut-être existé des époques aussi douloureuses pour les mœurs ; il n'en exista pas de fondées sur le principe même du mal. Si la politique est une science dans ce monde, une puissance bienfaitrice, c'est qu'elle apporte l'appui au bien. Quoi! être homme pratique et ne pas voir que le bien ne triomphe jamais de lui-même, et que le mal, au contraire, croît tout seul chez les hommes ! Les livrer tous deux à leur lutte, c'est apporter l'appui au mal.

De là l'idée , fort réclamée par l'ignorance , d'une séparation de l'Église et de l'État ! Si les lois n'apportent pas l'appui à l'Église, lui viendra-t-il des passions?.. Confiez tout à la liberté, à ce que vous nommez la concurrence, la barbarie reparaîtra.

L'hypocrisie vient répéter : Si la doctrine est vraie, elle n'a pas besoin d'appui! au sein de la liberté, la vérité seule peut triompher. — Le malheur est qu'on ne croit pas à la puissance de la vérité. Le malheur est que les hommes sans pratique croient à la puissance de la vérité. « La vérité seule peut triompher ! » Et pour qui

comptez-vous les passions? S'il suffisait de dire la vérité, vous la diriez aux enfants, et ne vous occuperiez plus d'éducation. Or, que sont réellement les hommes?..

L'idée même de refuser le secours du bras séculier à l'Église, dans la crainte de lui aliéner plus encore les esprits, ne vient que prouver plus encore l'orgueil qui existe en eux. Attendez-vous que la vérité pure fasse en ce jour ce que jamais elle n'a pu faire? Il faut alors que les événements lui préparent une incroyable puissance !.. .

L'Église et l'État ! sur la question de leurs rapports roule toute l'histoire, comme toute la philosophie ; selon que dans la Société on veut donner la place à Dieu, ou qu'on veut la donner à l'homme. Il est certain que si l'homme veut partir de ses droits, il ne leur trouvera plus de bornes. Il s'agit de décider s'il ne doit pas partir de ses devoirs !

Ah ! que la pratique est difficile , si la doctrine est simple! En dehors de l'Église, et dans l'Église, sont des hommes,... Il faut aux bons plus de sagesse qu'aux méchants. Il s'agit de la vérité, et rien ne coûte tant aux cœurs... Mais retirer à l'Église le pain et l'appui de l'État, c'est sonner l'agonie d'un peuple. Que de misères quand l'homme veut être méchant! L'humilité fonde tous les rapports, l'orgueil les rend tous impossibles.

La question de la loi sur l'enseignement est la question môme des rapports de l'Église et de l'État. L'Église, comme toujours, sera soumise, mais qu'elle soit indépendante!

Toute l'Antiquité fut fondée sur l'État. Il était réservé à J.-C. de fonder en dehors de la force. Il remit le pouvoir à la puissance spirituelle, pour que l'humanité, dé-

livrée, fût conduite vers l'Esprit... A vous de cultiver ou de laisser votre héritage.

Page 1