‹ De la Restauration françaiseChapitre 142 sur 189 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

RéTolotion d'Angleterre. — M. Goizot.

Pourquoi la révolution d'Angleterre a-t-elle réussi? Parce qu'immédiatement une aristocratie s'est élevée sur tous les principes opposés à cette révolution.

La révolution détruisait l'Église : l'aristocratie fut individuellement religieuse ; la révolution dispersait le capital : l'aristocratie se mit à en fonder comme jamais; la révolution ouvrait les portes à l'immoralité : l'aristocratie donna des familles qui, pour le travail, la prévoyance et les mœurs, firent honte dès-lors à notre aristocratie ; la révolution coupait la tête aux rois : et l'aristocratie leur voua dès ce moment un culte chevaleresque. La révolution anglaise, en un mot, a réussi, parce qu'elle a remplacé par des mœurs chrétiennes les principes de la révolution. Tachons d'en user de la sorte! Votre révolution réussira, pourvu que vous la détruisiez...

L'idée de M. Guizot est le gouvernement parlementaire, c'est-à-dire l'introduction au pouvoir du principe révolutionnaire. On veut de l'autorité, pourvu qu'on ne doive pas obéir ! qu'elle descende des plus hautes classes, pourvu qu'elle s'arrête à nous!

Individuellement très-honorable , cet homme a eu l'esprit planté dans la science de l'orgueil. Il se disait l'homme de l'Autorité, et jamais, depuis les hérésiarques, elle ne fut plus gravement attaquée! On l'étouffait dans sa source, au sein de l'Ordre spirituel, et on la voulait

intacte dès qu'elle entrait sur l'ordre politique ! debout dans l'État, détruite dans les consciences ! Alors, d'où venait-elle? Il faut donc obéir à l'homme pour la joie d'obéir à l'homme ! Vous sentez que le peuple a eu plus de logique que vous^

Quand vous voudrez l'autorité, vous commencerez par renoncer au principe du Protestantisme, qui n'est qu'une protestation de l'homme contre l'Autorité spirituelle; ensuite vous n'enverrez pas devant chaque presbytère de France un maître qui enseigne ôquand le prêtre aura prêché a; enfin, vous n'insinuerez pas de nouveau, après une défaite que vous êtes seuls à ne pas voir, qu'une société se sauve en perfectionnant le gouvernement parlementaire. On a sihïen parlementé qu'on vous a mis dehors.

Ne voyez-vous pas que ces sortes de gouvernements sont pour faire illusion à la foule ; car au fond il faut gouverner... Le gouvernement parlementaire n'a été que le principe delà souverainetédupeupleintroduitdansl'Etat; il ne faut donc pas se plaindre ! Vous voudriez. Messieurs, que le principe s'arrêtât vers vous. Vous dépossédez bien l'Église et les Rois, à la condition pourtant que ce ne soit pas précisément le peuple qui les remplace. Ce serait vous?... montrez-nous mieux à l'avenir votre sagesse et vos moyens...

Rien n'est moins responsable qu'une Assemblée : rien ne l'est plus, au fond, qu'un Roi. Il est déjà assez difficile de gouverner, sans aller y apporter des obstacles!

J'ai confiance en unRoi qui choisit son conseil ; non en

1 La faute est bien plus à Tépoque qu'aux hommes. Le célèbre écrivain, homme de beaucoup de vertus, s'est toujours cru consciencieusement dans le vrai.

une réunion d'avocats, qui ne pensent point à gouverner, mais à leur ambition personnelle. Car, au bout de tout principe, il faut arriver au fait, et le fait est ce que j'énonce. Trois hommes instruits feront en huit jours plus d'ouvrage que cinq cents représentants en un mois. Pris à part, tous seront des hommes capables ; réunis, les faits le prouvent, ils perdront toujours leur génie. L'impuissance des esprits naît des amours-propres croisés. Les Assemblées parlementaires perdront les États.

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