‹ De la Restauration françaiseChapitre 143 sur 189 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

De rinstmction du Penpie.

Vous songerez que votre instruction n'est qu'humaine. Le tribun demande l'instruction du peuple ; au fond , il ne songe qu'à le conduire à son gré. Ce qu'il nomme instruction , c'est tout simplement sa doctrine , qu'il voudrait voir à la place de ce bon sens universel que l'Eglise et l'expérience ont répandu dans les masses.

Montrez-lui le peuple des Révolutions, il répond : // fallait lui donner l'instruction! — Je vous prends au fait : pourquoi vous plaigniez-vous donc de cette classe élevée qui a reçu l'instruction ? Sa lumière n'est donc pas si bonne en soi qu'elle a formé ceux à qui vous reprochez leurs doctrines, leur capital, leur politique, toutes leurs actions jusqu'à leur existence.

Le bas peuple demande l'instruction , et depuis il ne met pas les pieds à l'Eglise ! Quelle instruction veut-il donc ? on lui donnera des Docteurs qui ne lui parleront jamais de son âme, ni de son propre cœur, ni de ses pci-

— alênes, ni de ses destinées futures , ni de sa vie présente, ni de ses enfants, ni de sa mort, ni du Dieu bon qui Ta créé et l'attend : et l'on nommera instruction le reste !

L'instruction , dont on fait la grande affaire, n'a d'autre effet que d'ajouter un pouvoir à l'homme ; c'est un levier remis à l'esprit. Si l'homme est dans le bien , elle est un don inappréciable ; si l'homme se porte au mal, elle n'est qu'un malheur de plus. Et voilà toute la question... L'instruction ne porte pas sur la nature de l'homme, elle ne fait qu'en étendre le pouvoir ^ .

Ce n'est donc point une question absolue, mais tout à fait relative à ce que nous sommes. La question absolue pour le peuple, c'est la moralisation. Donnez-lui cette instruction-là , qui est l'instruction de l'âme, qui est la grande instruction ! Vous lui contez mille détails relatifs à la terre, et il ignore qu'on l'attend au Ciel ^ !

C'est parce que vous avez éloigné le peuple de cette haute lumière, qui lui venait de l'Eglise, que vous sentez le besoin de lui donner de l'instruction !

Ici, comme ailleurs, vous raisonniez comme si l'homme était bon , et qu'il ne restât qu'à étendre sa puissance. Vous sentez que si l'homme est bon, vous n'agrandirez jamais assez son domaine ; s'il est mauvais, vous ne ferez qu'ajouter à ses voies de destruction. Voilà cependant ce

1 On répétait sans cesse : « L'instruction est le premier des biens » « donnons l'instruction au peuple.» Le Clergé seul s'opposait à cet entraînement. Souvent il ne savait en donner toutes les raisons, mais il pressentait les résultats par un instinct en quelque sorte infaillible. Vous lui répondiez par tant d'arguments pompeux !.. Aujourd'hui, que disent les faits ?

2 Ce ne sera pas la science donnée au peuple qui lui fera mal !I Nous ne blâmons que l'aveugle prétention de remplacer la morale par la science, et de mettre le peuple au régime auquel nous a mis le xviii« Siècle.

qu'il en est de cette grande question, de cette arche sainte, à laquelle on ne pouvait porter les mains ! Examinez comment Dieu l'a traitée, lui qui fit naître tous les hommes dans l'ignorance, et dans le besoin, ami de l'ignorance...

Dieu a mesuré avec une précision infinie l'esprit et les muscles qu'il a donnés à l'homme. Il a prévu le degré au delà duquel l'homme pouvait tout culbuter, lui et sa propre liberté. Et quand , au sortir de l'Eden , il le livra très-positivement à l'ignorance, aux besoins, au travail, et à la mort , pensez-vous qu'il ne sut pas ce qu'il

faisait? Voilà des faits où il faut puiser des leçons

Dans l'orgueil , restreindre l'homme ; dans le bien , le seconder ; en l'un et l'autre , l'édifier.

Comment faisait l'Eglise? Enseignait-elle la physique ^? L'Eglise employait tous ses efforts à moraliser l'homme , laissant venir l'instruction après. Vous , plus habiles, vous employez tous les vôtres à l'instruction , laissant la morahsation venir après : ce qui prouve votre connaissance de l'homme !

Trouvez-vous que vous ayez réussi? Vous avez créé bien des chaires ; vous vous flattez d'avoir répandu vos lumières sur le peuple. L'avez-vous rendu meilleur?.. Lorsque vous parlerez de l'instruction du peuple, au moins sachez ce que vous dites ! L'instruction chez le peuple, c'est la Morahsation, ou la science de son âme.

* L'Église a-t-elle assez gémi , assez apporté d'obstacles quand elle vil que les sciences sur la nature allaient prendre en vos âmes la place des sciences sur Dieu?. Combien vous voudriez aujourd'hui que les esprits fussent dans la Foi, de laquelle dépend votre salut social I

Dieu eût enlevé Tignorance à l'homme si cela eût pu lui enlever le péché.

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