‹ De la Restauration françaiseChapitre 144 sur 189 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

De la dernière opinion des libéraux.

Cette dernière opinion est une dernière illusion. C'est l'illusion que toujours ils se sont faite sur la raison et sur la liberté, — constamment vues en théorie , jamais telles que la Chute* les a effectivement laissées à l'homme. — C'est là , au reste, ce qui constitue, à proprement parler, l'opinion hbérale ^.

Si l'on pouvait confier à elles-mêmes la raison et la liberté humaines, il y a longtemps qu'on ne disputerait plus de gouvernements et de lois. Il n'est besoin de gouvernements et de lois , nous ne courons nous-mêmes tant de périls, que parce que nous ne pouvons compter sur la raison et sur la liberté humaines... (Abolissez cette doctrine ! !)Il est certainement un progrès dans le monde; il consiste à restreindre l'autorité à mesure que croît la moralité. Est-ce le cas aujourd'hui ?

L'esprit révolutionnaire modéré (par les événements) se fait une dernière opinion dont il sera dupe avant peu. 11 dit encore : « C'est avec la liberté, avec la raison, que « nous refrénerons les égarements de la démagogie. « La grande Révolution de 89 a une marche légitime. (L'homme est toujours charmé de ce qu'il fait!) Les a folies des socialistes ne réussiront pas à nous faire « regretter l'époque où l'on se battait pour de la théolo-

' Maintenant, vous verrez ces hommes, qui ont toujours manqué par Fe dogme, remonter sur leur théorie de la raison et de la liberté dès que le danger s^éloignera, et en redescendre à toutes jambes dès que le danger reparaîtra.

« gie. Nous ne nous sentons pas disposés à abdiquer « notre raison et notre liberté. Nous périrons peut-être « par elles, parce qu'il est dans les destinées des peuples « de périr , mais nous ne reviendrons pas en arrière. » (Journal des Débats du 51 décembre 1849.)

0 science politique!!., et que vous traversez vite des questions qui ont arrêté les sages, arrêté les législateurs, les peuples, les gouvernements, suspendu même les décisions de l'Eglise, à savoir : l'administration de la raison et de la liberté humaines ! Certes il ne faut pas les abdiquer ; on ne vous demande au contraire que de posséder la raison et la liberté ! Et comme vos peuples perdent à la fois l'une et l'autre, il leur faut visiblement l'Autorité, laquelle n'est que pour remplacer la raison perdue et la liberté absente. Vous pensiez avoir augmenté dans le peuple la raison et la liberté; comment se fait-il, aujourd'hui, qu'on vous trouve effrayés vous-mêmes de manquer de l'une et de l'autre ^ ?

Chercher dans la raison et la liberté même le moyen d'en refréner les maux? mais c'est jouer le jeu de la Révolution ! Le bon sens crie : Si le remède naît de leurs excès, nous serons tués quand il viendra! Laissez des

1 Citons toujours les paroles des libéraux modérés : « Ce que nous « sommes, dépend-il de nous de ne l'élre pas.' Enfants de la Révolution « française, ses principes ont passé dans notre sang. (C'est bien le mal- « heur! ) On ne gouverne une nation qu'avec les idées qu'elle a. (Apre pliquez ce principe à l'éducation ! ) C'est avec la liberté, c'est avec les « bons principes de la révolulion que nous vaincrons les folies de la « mauvaise révolulion. » {Idem.)

Un jour viendra où ce livre, s'il est lu de celui qui nous confie aux principes de la révolulion, lui demandera, non pas ce qu'il pense de ces principes-là , mais ce qu'il pense de lui-môme en se rappelant son conseil...

pistolets entre les mains des enfants ; quand ils se seront fait sauter une fois la cervelle, certes ils n'y reviendront pas!... S'il faut attendre de la liberté même le remède à ses excès, pourquoi Dieu, dès le commencement, ne pritil pas cette méthode, sur la terre, au lieu d'instituer l'Autorité? Pourquoi aucune nation, depuis, n'a-t-elle tenté le procédé ?

Que faire donc de la raison et de la liberté ? Les protéger le plus possible toutes deux par l'Autorité... Dites que l'Autorité n'a pas toujours été ce qu'elle devait être, comme toute chose de ce monde ; mais, dites aussi que, sans elle, la raison et la liberté ne seraient plus.

Une Epoque de liberté, pour me servir de vos termes, serait celle où l'homme , ne faisant que le bien, rendrait l'autorité inutile. Est-ce l'époque où vous êtes? Est-il dans la foule un progrès religieux , économique et domestique?.. Vous n'eûtes jamais plus besoin d'une Epoque d'autorité.

La liberté est une chose excellente, mais la vie est la chose par excellence. Est-ce la liberté qui a le plus à craindre? N'est-elle pas plus forte en nous que la juslice , plus forte que la morale, plus forte que le droit ? Ce qui a le plus à craindre, n'est-ce pas notre précieuse Société humaine, à laquelle Dieu a été obligé de venir en aide par l'Autorité : chez les peuples, du moins, qui

n'eurent pas la folie de briser ce soutien d'en-Haut

Les profonds politiques !

Page 1