CHAPITRE XXXVIU
De la souveraineté de riiomme.
L'erreur d'un siècle est comme la rotation de la terre. Tous les êtres , l'atmosphère elle-même, sont pris dans le mouvement. Ainsi la France flotte effrayée dans les doctrines qui ont troublé son jugement... Systèmes nouveaux, théories mixtes , doctrines vides portées sur des termes pompeux, tout n'est que leurre, tout n'est que divagation d'intelligences emportées par l'orgueil.
Sans hésiter, ses plus grands hommes parlent ainsi : « Il y a dans la souveraineté du peuple deux parties bien distinctes, le principe et l'application. Le principe est absolu ; l'application seule est soumise à des nécessités d'existence ' . »
C'est le principe, qui n'est nullement absolu; et ce que vous prenez pour tel ne serait précisément, si nous étions parfaits, que l'application d'un autre principe si supérieur que je ne sais si, de nos jours, vous lèverez les yeux jusqu'à lui !
M. deLamartine ajoute, également dans son Conseiller: « Le peuple a la souveraineté. » puis dit immédiatement après : « Mais l'homme peut errer. »
* Ils connaissent déjà que la pratique leur échappe } M n'est plus que pour l'orgueil qu'ils cherchent à sauver le principe.
Qu*est-ce donc que la Souveraineté , sinon l'autorité qui a la certitude de poiïséder la loi? Et , sans violer sa nature, l'homme peut-il obéir à ce qui n'est point sa loi, à ce qui est illégitime? Et, ce qui est légitime , le peutil reconnaître sans un moyen infaillible?
Qu'est-ce donc que cette Souveraineté qui commence par errer?... Vous débutez par dire que l'homme peut errer, et vous allez chercher la loi dans l'homme ! La Souveraineté, et son caractère la légitimité, et son fondement l'infaillibilité, vous les demandez à l'homme : et c'est l'homme précisément qui les demande! L'homme demande ce qui est légitime, pour n'avoir point à violer sa nature, à rompre sa liberté, à déchirer son mérite en obéissant.
Du jour où l'homme ne releva plus de Dieu, il est clair qu'il fut le souverain^! Une fois dans le principe de la souveraineté personnelle, il ne reste qu'à faire l'addition pour avoir celle du peuple. C'est votre principe, il est juste que vous placiez votre société dessus. Maintenant regardez bien où il la porte.. .
Cependant nous allons à un principe où courent vos pieds brûlés sur la sente de l'erreur. Ne voulez-vous pas vous rendre au principe où se rend cet âge, où se rendent les peuples modernes , après avoir traversé tant de malheurs ; à ce principe vainement traduit par l'une et l'autre école, et qui renferme la vérité enfouie sous toutes les deux?
• « Après avoir reçu la souveraineté de Dieu, Thomme l''a reconquise « sur les gouvernemenls, qui l'avaient usurpée! L'homme, qui subjugue n la nature, qui enchaîne les éléments, qui a conquis par son génie « Peau, le feu, Tair, la mer, jusqu'à la foudre elle-même, est désormais « inviolable dans sa souveraineté ! » (Paris, — Journal d'un grand talent, Octobre 1850; signé d'un nom connu..! )