‹ De la Restauration françaiseChapitre 147 sur 189 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

De la souveraineté do peuple.

Le peuple est souverain. — De qui?

Ce n'est pas apparemment de lui-même, puisqu'il ne peut rester son maître sans périr.

Le peuple voudrait être souverain, pour ne point recevoir de lois. Or, on ne fait des lois que pour lui ! Où règne la justice, oii règne l'amitié, où régnent la tempérance, l'accord et l'honneur, on ne fait point de lois. On n'est obligé d'en venir aux lois que parce que le peuple existe.

Le peuple veut devenir souverain, et c'est tout naturel. Les enfants veulent tous être grands pour obéir à leur caprice et rester à leur discrétion. Manie qui ne peut durer; tout peuple livré à lui-même périt, ou passe sous des maîtres.

Depuis nos six mille ans, vit-on un peuple se former sans Souverain? Dans un si grand espace, cette merveille aurait trouvé l'occasion de paraître! Le peuple, au contraire, n'existe qu'au moment où il reçoit sa loi.

La terre recèle encore des hommes errants et sans loi. On ne les voit devenir peuple que lorsqu'ils ont reçu un Roi. Les sauvages sont, sur la terre, les peuples souverains.

Les peuples qui se croient souverains sont à la veille de leur mort. Et remarquez que cette idée ne leur vient que lorsque, élevés par plusieurs siècles de rois, pourvus par eux d'une civilisation considérable , ils sont en pleine existence !

Orgueil, tu perdis l'homme î Le peuple ne voudrait plus de souverain : et il ne faut de souverain que parce que le peuple existe ! La mer voudrait-elle être souveraine? voudrait-elle, sans le secours du soleil, porter son fluide dans les nues?

Les peuples n'ont point établi de sociétés, fondé de villes, donné de lois; mais ceux qui ont donné des lois, fondé des villes, ont établi des peuples. N'attendez pas que le temps vous rappelle en ceci les leçons de l'expérience : nous allons prendre les devants pour montrer celles de la raison.

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