‹ De la Restauration françaiseChapitre 148 sur 189 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Vous ne remplacerez l'autorité que par la vertu.

Avec la république, tout ne sera pas perdu. De ce qu'elle serait le gouvernement des parfaits , cela nous obligera de l'être.

Ce qu'il y aura d'avantageux pour le moment dans la société actuelle , c'est que les lois tendront à remplacer les classes souveraines. Autant il était aisé à celles-ci de réprimer les autres classes , autant il leur était difficile de se comprimer. Les classes supérieures n'ont pas toujours eu la grandeur de se réprimer par la vertu. Or les lois sont toute vertu.

Il fallait moins de probité, d'héroïsme individuel, quand l'autorité réglait et contenait tout. Elle tenait momentanément la place de cet ensemble de vertus dont on a besoin à toute heure quand c'est l'État qui repose sur la Société, et non la Société qui repose sur l'État.

Personne désormais ne vous tient plus en société ; vous n'aurez l'Ordre que par vous-mêmes.

Quoique tout crime soit réellement puMic de sa nature, puisqu'il attaque l'homme, ici, il ne peut toucher à l'individu qu'il n'attaque la Société. Il n'y a que des crimes privés à l'ombre de l'autorité ; il n'y a que des crimas publics au jour de la liberté.

Ici, répétons-le, la Société ne repose plus sur l'État ; mais l'État repose sur les lois, et les lois sur les mœurs, puisqu'elles sont le flux de la volonté générale.

Or il est difficile que les exemples soient mauvais et que les mœurs soient bonnes; et que de mauvaises mœurs, sortent de bonnes lois. La Société est confiée à chacun de nous ^ .

Sous l'autorité, tout homme est bon citoyen pourvu qu'il obéisse ; et ici , pourvu qu'il ait la vertu. Le vice n'est plus seulement vice, il est tout le danger.

Prenez donc garde que l'exemple ne se retourne contre vous. Le peuple se forgera des armes avec les sentiments de vos cœurs ! si le mal s'en échappe, ce sera pour vous exterminer... En attendant qu'une aristocratie reparaisse, la république vous conduira !

Vous avez aboh l'autorité; la Société repose désormais sur l'état de votre âme! Vous en plaindriez-vous? votre honneur est remis en vos mains !

1 U n'y a rien sous une monarchie que la religion ou les lois prescrivent plus vivement que l'obéissance au prince; il n'y a rien sous une république que rinlérèt prescrive plus que la soumission à la morale. l\ n'y avait rien que l'honneur prescrivît autant à la noblesse que de défendre le pays en danger ; il n'y aura rien que l'honneur lui prescrive autant que de le sauver par la vertu !

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