CHAPITRE XLI
Grande expérience qu'on a faite du ponTOÎr.
Le pouvoir est une charge (on doit le répéter aux Français) ; c'est un apostolat auquel il faut se dévouer : les classes nouvelles en faisaient une entreprise ! On s'étonna de le voir aux envahisseurs de Février. . .
Nous avons vu tous les partis au pouvoir; nous y avons vu en quelques mois tous les gouvernements. Tous les partis, tous les gouvernements ont repris la même pratique. Devant les mêmes nécessités, ils ont réclamé les mêmes lois ; en face des mêmes faits, ils sont rentrés dans une même pohtique étrangère. Il a fallu abandonner les amplifications de système pour la nécessité publique ; oublier rêves, tirades et promesses, pour faire du gouvernement.
Est-il un seul de nos tribuns, de nos hommes d'État, qui n'ait été immédiatement obligé de défendre ce que (m parlibus) il avait attaqué? La République elle-même, usant du droit de réunion et de banquet pour renverser la Monarchie, ne se peut établir qu'en retirant ce droit. Et enfin, est-elle autre chose qu'une complète contrefaçon de la monarchie? 0 toute-puissance des faits ! deux heures de pratique valent mieux que trente années de théorie.
Quelle justification éclatante, quels démentis écrasants !
En ce moment, tout le monde remarque avec quelle puissance les événements ont ramené sur le même ter-
rain les hommes partis des points les plus opposés. On a pu voir que les opinions des hommes ne changent point le cours du monde ; les idées fondent en touchant l'ardente loi de la nature des choses ! Il y a unanimité en ce moment dans les hautes régions des esprits. Ils voient combien ils ont été dupes du siècle ! L'ancienne faction libérale, si animée contre le Clergé, voudra ellemême fournir des défenseurs à l'autorité du Pape. Oui, de tels événements ne sont muets que pour les esprits subalternes.
La France, en un mot, a essayé au pouvoir tous ses partis, toutes ses illustrations : tous ont montré la stérilité de leurs efforts à mieux gouverner les hommes. Cette expérience l'éclairera sur la vanité des changements de ministères et de gouvernements... On n'improvise pas la vertu. Le bon gouvernement est dans le bon peuple. Par elle-même, la Société perfectionne son pouvoir ; un sang formé plus pur dans les poumons remonte tel dans la tête*.
Quand le gouvernement vacillera, n'allez plus à un ministère de gauche, suivant l'usage constitutionnel; remontez au contraire du côté de l'Autorité. On criera, et dans le fond on avouera que c'est bien. Depuis ces derniers événements , le peuple sait se mépriser.
1 La critique du présent est encore fort goûtée; mais que mettrez-vous à sa place? Vous voudriez bien aller, mais où? Vous voudriez bien renverser, mais quoi ? Fortifiez les hommes que le présent vous a donnés. Vit-on jamais une Sociélé mauvaise et un gouvernement parfait ? ou une Société parfaite et un gouvernement mauvais?
Sachez que les hommes du pouvoir, pris en masse, valent mieux que l'élat de la sociélé aujourd'hui. Il est donc bon d'attendre encore la volonté de Dieu.
Voici pour l'avenir les deux points :
i° La grande affaire du pouvoir est de donner tous ses soins à la religion. — Il n'a pas mission pour enseigner les hommes ; de sorte que son unique fin morale est de faire qu'ils soient enseignés. Il ne s'agit pas de faveurs au Clergé (ainsi que le croyait la Restauration, si pleine de bonté), mais de l'appui de vos mœurs. Le Clergé ne vous demande que l'exemple et la justice.
2° Le grand écueil du pouvoir est d'empiéter sur la religion.— On fait conquête d'un champ pour perdre ailleurs un royaume. Le pouvoir ne peut seul constituer et former la Société ; quand il comprime l'unique force qui le puisse, c'est comme s'il travaillait de ses dix doigts à sa ruine ' .
Faites attention que je ne dis point : Le pouvoir aidera, mais, le pouvoir servira la religion. L'orgueil des hommes s'opposera encore à cette Seule politique; mais on suppose que l'orgueil se retire. Sinon, plus rien à faire.
1 El nous ne parlons ici que suivant l'intérêt ! autrement, quelles choses effrayantes il y aurait à penser sur ceux qui s'opposent, de propos délibéré, à renseignement de Jésus-Christ 1!