‹ De la Restauration françaiseChapitre 151 sur 189 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

Dn véritable désarmement.

Le Pouvoir est en vos mains ; il faut immédiatement l'employer à extirper le dard que vos mœurs ont planté dans les veines du peuple. Certes, vous ne direz pas que c'est le peuple qui est devenu ainsi de lui-même ! C'est bien vous qui avez écrit ces milliers de livres que depuis cent ans il a lus, avant de prendre la plume et la parole à son tour.

Les librairies de province sont encore pleines de ce fatras de volumes; les uns, formés de romans licencieux, que lisent les femmes et la jeunesse ; les autres, de la politique la plus ridicule, que lisent les hommes crédules. Nos grandes maisons de librairie de Paris n'ont croulé que sous le poids des éditions multipliées de Voltaire, de Diderot, de Rousseau, de Yolney, puis sous le fleuve des petits traités, des chansonniers, des orduriers, et romans de toute force , dont la bourgeoisie faisait délice, dont les masses sont à cette heure inondées.

Un homme d'esprit au pouvoir en ce moment a deux choses à faire :

i° Opérer une saisie générale en France de tous les mauvais livres; vider les librairies borgnes et autres, dût-on consacrer en premier lieu dix millions pour indemnités! Economiquement, j'offre de parier que cette suppression tarit suffisamment le vice, pour qu'à l'accroissement du travail, et au rabais de la folle consommation, on reconnaisse avant deux ans une

moyenne en plus de production de 25 francs par individu des deux sexes, sur la moitié inférieure de la population; soit, de quatre cent vingt-cinq millions en revenu sur la production générale de la France. Ne voyez-vous pas d'où sort la Révolution française. Vendre des livres ! Est-ce que le premier homme venu a le droit de délivrer des poisons?

2° Congédier immédiatement les instituteurs primaires provenant des écoles normales. Qu'ils le sachent ou qu'ils l'ignorent, ils sont tous socialistes par la doctrine, et quelques-uns par l'intention; leur laisser une pension de loO francs, ou plus s'il le faut, pendant dix ans, et les aider de toute manière à se pourvoir. Immédiatement après cette dissolution, procéder, par des jurys ecclésiastiques, à un examen nouveau sur des connaissances approfondies de la doctrine chrétienne attestant les lectures qu'ils ont dû faire; puis, à une réception nouvelle, exigeant les formalités religieuses du sacrement de mariage ^ .

Ou bien, pour éviter les moyens absolus, prenez par ordonnance une mesure analogue : soumettre directement l'Ecole à la Cure. Que celle-ci exerce un droit , d'abord de direction, et ensuite de censure, pouvant, dans les

* Au pire, pendant deux ans , la France verra le tiers de ses écoles primaires suspendues! Est-ce le savoir écrire, chiffrer et répondre en mythologie qui fait quelque chose à la moralisation?... Le seul inconvénient, c'estque, pendant deux ans, il y aura pour les curés de ces communes quelques peincsde plus à faire apprendre par cœur la lettre du catéchisme: ce dont ils ne se plaindront pasi Avant celte époque, tout ce qu'il y aura de sérieusement croyant parmi les instituteurs, sera rentré; et vous aurez éloigné les autres. Et ne faites jamais de l'instruction une question suprême : quand ce monde sera jugé, Dieu aura sauvé raille fois plus d'ignorants que de savants.

cas déterminés , entraîner la suspension de l'instituteur. Les esprits rebelles donneront leur démission ; les autres deviendront amis du curé. Vous sentez que cette fonction n'est qu'une suite de l'autre ; l'instituteur est un vicaire extérieur. Si l'Etat enseigne d'un côté, pendant que l'Eglise enseigne de l'autre , à quoi bon combattre l'anarchie ?

Je sais d'avance tous vos cris ! Il n'est pas ici question d'opérer régulièrement, mais exceptionnellement : comme la Révolution. Préférez-vous mourir? Je vous demande directement du despotisme. Il s'agit de sauver le peuple ! ce qui est la suprême justice.

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