CHAPITRE XLIV
Des instituteurs et des libraires à l'avenir.
Vous agirez ainsi tout simplement en vertu du droit que vous avez de désarmer. Vous l'avez su trouver en voyant l'effet des armes dans les mains de la foule : portez un peu plus loin les yeux, vous verrez celui des livres... Et qu'est-ce donc que gouverner? ce n'est donc pas veiller sur l'homme, défendre et préserver les cœurs? Si vous laissez le rasoir entre les mains de l'enfant, si vous laissez le peuple pêle-mêle avec Terreur, est-ce que vous le gouvernez? Songez au compte que vous rendrez à Dieu, ô vous qui, de propos délibéré, vous êtes placés au Pouvoir!
Un homme d'honneur déclarera qu'on doit immédiatement prendre, vis-à-vis des instituteurs et des li-
bralres spéciaux, la mesure précédenio; eU à ravèni^j la mesure qui suit :
jPowf les instituteurs. D'abord, exiger un sta^e ou assistance de trois années au cours de théologie fait dans le séminaire. 11 n'est besoin de tout le temps passé dans les écoles normales pour connaître l'écriture, le calcul et la langue. — Ensuite, offrir le plus possible ces écoles aux Frères. Recueillir dans les séminaires ces pieux élèves dont les idées plus modestes s'adressent moins aux hautes sciences, et les placer au poste d'honneur dans l'Institution primaire; au chef-lieu, par exemple, oîi ils seraient supérieurs du Canton. Ce serait un moyen fructueux , et de profiter précieusement des sujets que n'emploient pas les séminaires, et d'ouvrir dès ce jour une nouvelle carrière à tous ceux qui entreprendraient pour la Pédagogie les mêmes études que pour la prêtrise. Rappelez-vous-le, la théologie est la première des sciences politiques...
Pour les libraires. D'abord, exiger une réception, et des garanties morales de la nature de celles qu'on réclame des notaires, par exemple, des administrateurs, et autres officiers publics. Tout homme a-t-il plus de droit pour transmettre des livres, d'où dépendent les intérêts de l'âme, que pour passer des actes, d'où dépendent les intérêts du temps? — Ensuite, prendre note de leurs spécialités, afin de régler ceux qui doivent rester sous la surveillance de l'Etat, comme le sont les pharmaciens pour les drogues qu'on ne remet qu'à bon escient. Vous craignez le poison qui descend des lèvres de l'orateur du club ou de la plume du journaliste, et vous oubliez celui qui se délivre étiqueté sur un comp-
toir! K'rst-il dono d'interdiction, pour cause do s;dul)rité, qu'à l'égard des usines empestées?
C'est donc inutilement que l'Eglise condamne chaque année les livres nuisibles! A quoi aboutit cette haute protection, si ce que l'on arrête d'un côté, vous le laissez passer de l'autre? Le peuple vous appartient-il pour le livrer?
Agissez ; le tort est de discuter. La révolution arrive ! déjà le temps n'est plus à nous. D'ici à ce' que la religion reprenne, d'ici à ce qu'un gouvernement ait retrouvé dans sa durée une influence, les campagnes seront dans l'état des villes : alors, sur l'Europe, la dernière inondation des barbares...
Mesurez la réaction aux forces de la révolution! Si vous ne sentez pas qu'il n'y a plus que les remèdes héroïques, on n'a rien à ajouter...