‹ De la Restauration françaiseChapitre 153 sur 189 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Le Cierge vous a créés, il pent sciil tous conserver.

Certes, ce ne furent pas des hommes d'État, ceux qui eurent l'idée de placer, dans toutes les communes de France, un homme pour intercepter la sainte influence de ces Évéques, qui, selon nos historiens, ont fondé ce beau royaume! Certes ils avaient peu la connaissance du cœur de l'homme, ceux qui pensèrent confier, sur un diplôme d'Académie, le soin d'élever l'enfance * !

1 Or, pendant qu'on les créait, on les créait inr.iiliihlcs : puisqu'ils élaient inamovibles! prérogalive que les siocics n'avaient même pas accordée aux curés desservants de nos communes. 0 homines !...

Quelle abnégation chez l'instituteur de commune ! quelle haute vertu! Travail ingrat, pénible, ignoré, et pour ne recueillir aucune reconnaissance ! Pourquoi demander de telles vertus uniquement à la nature humaine? Mais dans cet établissement, ne voyons que le côté politique.

Que Dieu nous garde d'accuser les instituteurs d'être tous socialistes d'intention! Ils le sont, ces jeunes hommes, à leur insu, dès l'instant qu'ils ne portent plus, dominante en eux, la foi de l'humble fidèle. Enfin, voulez-vous toute ma pensée? ils le sont par cela qu'ils ont reçu des lumières sans posséder par-devers eux un capital proportionné. C'est déjà le malheur qui vous poursuit sur tous les points de la Société. Que celui qui a des oreilles entende...

Il ne faut jamais, dans un État, multiplier des positions de ce genre. En créant ce grand nombre d'instituteurs, on a cru enfanter merveille ; il faudrait savoir ce que l'on fait! Eût-on pensé à consulter l'Église? Le prêtre seul, rappelez-vous-le, oui, celui qui s'est donné par vœu, peut sans péril porter toute son intelligence dans l'humilité, et trouver en lui, par le côté de Dieu, l'équilibre dont on vous parle.

Vos instituteurs seront socialistes, fissiez-vous affluer les plus grands soins dans vos écoles normales. Il n'y a que le séminaire de certain. Je le dirai à satiété, hors de la théologie, de la dominante pensée de la Chute, il n'y a qu'une doctrine, le socialisme. Le socialisme n'est pas un système particulier qui peut naître aujourd'hui, puis tomber ; c'est tout simplement le point de vue humain lorsqu'on en arrive au fond.

On peut déposer dans l'enfance le germe du socia-

lisrne, sâtis qu'il ait été begoiii de lui parler de politi^ que. li suffît du coup-d'œil dont on a l'habitude de considérer ce monde. Pensez hors de la Foi, et tout est fait. Les niasses aussi appartiennent au socialisme ; personne ne le leur enseigna à l'école. Mais à l'école on découvrit qu'au lieu de venir sur la terre pour souffrir comme Notre Seigneur et gagner le Ciel, l'homme s'y présente pour faire fortune et jouir. L'enfant est l'être le plus métaphysique qu'il y ait; jamais il ne prend vos conclusions. Un regard, un geste des parents précipite un principe plus fort dans la direction d'une jeune âme que les plus pressantes leçons, hh ! devant l'œil de l'enfant , le doute peut transpirer même des paroles qui le cachent ! Qu'est-ce donc lorsque l'instituteur, interrogeant sur la lettre du catéchisme, dit lui-même à ce tendre esprit, comme un jour je l'entendis : « Com- « prends-tu? — Oui, monsieur. — Ah! tu comprends « comment trois Dieux n'en font qu'un seul ! Et tu com- « prends aussi que parce que ton père a commis un « crime, tu en seras puni ? » Ce simple enfant sut répondre : « Il en retombera bien toujours quelque chose sur moi »

N'ayez qu'un enseignement! De cette manière, direz-vous, c'est l'Église qui dirigera tout, et le pouvoir qui travaillera comme un serviteur de l'ordre ? — Je ne vous le cache pas, c'est exactement ma pensée. Le serviteur de l'Église? Non, en vérité, mais le serviteur de Dieu et le serviteur de tous : Lui qui est le premier parmi nous !

Sur toute la France les mœurs plient et rompent comme un vieux toit. . . J'ai observé toutes les classes ;

j'ai vu l'agriculteur et l'homme d'affaires, le salarié et le rentier, le domestique et le maître, l'enfance et la vieillesse; j'ai vu nos flimilles et nos champs, et le paysan que ne tient plus l'autorité... Bientôt ce pays deviendra inhabitable ! . . . Vous qui conduisez en ce moment les peuples , quel immense fardeau vous portez ! Plus d'un siècle a travaillé à détruire ce qu'il faudrait relever en un jour! Il vous faut un courage inouï, une détermination suprême... Déjà je ne conçois pas qu'un gouvernement, quel qu'il soit , suffise à soutenir maintenant la Société. Que sera-ce s'il n'emploie tous les moyens qui sont à lui?

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