CHAPITRE XLYIÎI
La Société n'est pas nu fait ualiirel j elle u^existe que pai' tiu secours.
Malheureusement, tout ce que fait l'homme, il le fait dans l'ordre du mal. Parce qu'il le fait nécessairement dans l'ordre du moi, dans l'ordre de l'homme; au lieu de le faire dans l'ordre de Dieu, dans l'ordre du sacrifice de ce moi.
Voilà pourquoi on ne peut pas absolument abandonner l'humanité à ses tendances propres , et , comme les écrivains le pensaient, la laisser dans sa marche se séparer de l'Eglise.
1 La Révolution, confondue avec le progrès de la conscience humaine, n'est quele renversement des principes qui, depuis Torigine, ont fondé les sociétés.
Hier encore, les hommes parlaient de révolution avec ravissement; aujourd'hui, c'est déjà avec frénésie; demain, ce sera avec le venin de leur cœur.
M. Heinzen publie dans la Gazelle allemande de ce mois (oct. 1849), un traité intitulé Enseujmmenls de la révolulion, où il dit : « Il est pos- « sible que la grande révolution où nous entrons coûte deux millions de « tètes. Mais Texislence de deux millions de misérables réactionnaires « peut-elle être prise en considération lorsqu'il s'agit de sauver deux a cents millions d'hommes? Non. Le temps vient où le peuple secouera « ces faux scrupules de conscience, où il portera le glaive partout où se a cacheront ses ennemis, et où il célébrera la fête de la vengeance sur des u montagnes de cadavres ! Pour les réactionnaires, point d'asile.... Ils ne a doivent rien posséder sur la terre qu'im tombeau, »
Toute civilisation abandonnée à elle-même périra. Car la Société ne va pas à l'homme, elle va à Dieu. Dès que l'homme devient maître, on peut prédire une ruine.
Aussi toute notre civilisation aujourd'hui est mauvaise. Elle porte à faux d'un point à l'autre depuis que le cliristianisme n'est plus son gouvernement. Les moyens mênie que le christianisme a fournis ne font qu'accélérer la mort. La délicatesse qu'il a laissée dans la pensée, le capital qu'il a préparé , offrent un levier plus grand à la dissolution humaine.
La lutte entre le bien et le mal ne peut pas être égale sur la terre : car c'est l'homme qui agit.
La Société n'y est point une chose naturelle, comme on le croit ; c'est une chose en quelque sorte surnaturelle, un édifice à grand art soutenu. Livrée à elle seule, la Société s'écroulerait ; comme vous l'avez vu, dans l'histoire, à toute déchéance de doctrine et de pouvoir. Il faut faire de l'homme ce qu'on peut, et puis encore lui ajouter un aide. De là la force, de là l'autorité. L'idée ne mène pas seule le monde.
Les esprits qui marchent sur l'illusion que leur produit la Société toute faite, en appellent à son droit ; ils veulent qu'elle existe par elle-même. Son triomphe sur la barbarie leur paraît un fait naturel ! Ils ignorent profondément la loi des affaires humaines.
Sur toute la terre, le triomphe du mal sur le bien est naturel ; le triomphe du bien sur le mal est tout à fait surnaturel. Un homme d'un suprême mérite en ce mojnent vous le dit : Le mal triomphe de l'homme comme il triomphe de la Société, naturellement ; il n'est vaincu
— :}48 — dans l'homme , comme dans la Société , que par une influence surnaturelle \
L'influence surnaturelle qui sauve l'homme est la grâce ; l'influence surnaturelle qui sauve la Société est l'autorité.
Il y aurait triomphe irrémissible du mal dans l'homme comme dans la Société , sans le secours de Celui de qui découlent et la grâce et l'autorité. C'est pourquoi l'autorité est de droit divin, — comme la grâce. Omnis potestas à Deo.