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CHAPITRE XLIX

Toujours rantorlté existera.

C'est pourquoi, également, la chute de l'autorité fut partout la chute de la Société. Il y a chute de l'autorité lorsqu'elle tombe des hautes classes dans les basses, lorsque la désobéissance vient se présenter comme un Droit.

Prendre l'autorité dans la foule, c'est juste la puiser au mal. Or l'autorité n'est faite que contre le mal. Il n'y a besoin d'autorité que parce qu'il y a une foule ; c'est-àdire , un ensemble d'hommes auxquels il faut substituer à

1 D'après ce vrai penseur, toute la Doctrine du Christianisme est là : triomphe naturel du mal sur le bien , et triomphe surnaturel du bien sur le mal. « Partout le mal triomphe du bien naturellement; partout, dans 'homme comme dans la sociolc, le bien ne peut triompher du mal que par un miracle. Le Déluge, par lequel le bien sortit triomphant du mal, fut un miracle ; la venue au monde de noire Sauveur, par laquelle le bien triompha du mal, fut un miracle ; le jugement dernier, par lequel le bien triomphera du mal pour toujours, sera comme le couronnement de tous les miracles. » (Donoso Corlés, marquis de Valdegamas.)

chaque instant la raison et la volonté, que par la Cluitti rhomme a perdues en partie.

Sans la Chute, on n'eût j'amais employé la force. L'autorité ne fait que remplacer la raison. Elle ne porte eftectivement que sur les hommes restés dans l'état même de la Chute. Substituer la loi à la raison impuissante, la force à la volonté pervertie , la lumière à l'intelligence ignorante , est ce qu'on appelle gouverner. On ne gouverne que sur les traces de la Chute.

Entre amis, il n'est besoin du juge de paix; entre gens bien élevés, il n'est besoin de la loi; entre les bons, il n'est besoin de gendarmes, de police, de galères et de peine de mort *. Il y a des parties où la Société est toute faite, d'autres où elle est commencée, d'autres où elle n'existe pas encore. C'est à quoi pourvoit l'autorité. Et de même, il y a des peuples chez qui la Société descend plus avant; d'autres chez qui elle colore à peine les sommets. C'est à quoi subviennent les gouvernements. Selon que les peuples avancent dans le bien , l'autorité se dispense.

L'autorité ne doit jamais prendre la place de la raison, quand elle existe ; ni la raison , croire qu'elle peut se mettre à la place de l'autorité. Là le grand art de gouverner : substituer la raison à l'autorité, ou l'autorité à la raison, selon l'urgence. Aussi faut-il tous les instincts de la paternité et un grand cœur pour gouverner. On veut y substituer les Constitutions : cet engouement passera vite. Un morceau de papier est trop inextensible pour régner

* Tout notre atUrail de société, pouvoir et lois, n'existe qu'A rause des méchants. Toujours penser à l'affaiblir est la nahelé que j'admire.

sur des hommes. Ah ! vous voulez que ce soit un raisotinement qui vous gouverne ! recevez-en nos compliments.

Sans l'autorité, la Société disparaîtrait du monde. Il y aura toujours dans l'homme la partie qui n'est pas faite, toujours à combattre le triomphe naturel du mal , toujours l'autorité : à moins que tout à coup les hommes ne deviennent bons !

Il y a cependant un progrès ? Oui ; mais le progrès ne dispense pas l'homme du mal. Quand l'homme s'élève, l'orgueil s'élève à côté de lui. Une civilisation toute faite peut se briser aussi promptement qu'une peuplade. C'est l'histoire des premiers Anges, c'est l'histoire des premiers humains. L'homme sera toujours sur la terre comme un vase fragile : ainsi la Société.

La lutte entre le bien et le mal , commencée dans le Pn radis terrestre, ne s'éteindra qu'avec le temps. La question de l'avenir de la Société n'est que la question de la liberté. Examinez si la liberté va d'elle-même, par le chemin qu'elle suit, à la perfection des Saints, ou si elle va à sa perte!...

De là on voit le système si fameux du Progrès envisagé bien différemment par le chrétien et par les hommes. Pour le premier, il y a progrès dans l'humanité, pourvu que la religion ne la quitte pas. Tandis que pour les seconds il y a un progrès continu, indépendamment de la venue de la foi. Reste à savoir quelle sorte de progrès il y eut, d'abord depuis Adam jusqu'au Déluge..., ensuite depuis le rétablissement du genre humain jusqu'à la chute de l'Antiquité ?. . .

Le progrès naturel dit plus haut : celui , je pense, auquel la Société veut échapper. . .

L'emploi de l'autorité chez les méchants est ce qu'on nomme despotisme.

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