CHAPITRE LIL
De la loi et tic la liberté.
Ceux qui ne voient pas la profondeur, voient la contradiction partout.
Il y a deux choses dans l'homme, la raison et la liberté. Il faut que l'homme ait la connaissance de sa loi, et la puissance de l'accomplir. L'homme disparaît dès qu'on retranche l'une ou l'autre. Bien mieux : sans la raison il n'y aurait point de liberté , l'homme obéirait aux forces brutes; et sans la liberté il n'y aurait plus de raison : les sensations, qui parlent les premières, agi raient exclusivement.
De même il y a deux choses dans la Société, la loi et la liberté. La Société disparaît dès qu'on retranche l'une ou l'autre. Bien mieux : sans la loi, il n'y aurait plus de liberté, parce qu'on serait en anarchie ; et sans la liberté , il n'y aurait plus de loi, parce qu'il n'y aurait plus de nature humaine. Si la loi venait à manquer au fond de chaque individu , dans vingt-quatre heures l'Europe serait comme l'Afrique.
Toutes les luttes du genre humain, depuis le commencement du monde, roulent sur ce point : combattre pour la loi, ou combattre pour la liberté. La négation de l'une
entraîne la négation de l'autre. Les hommes ne sont sur ceL[o terre que pour réaliser la conscience. Et voici toute la question politique : quand ils veulent faire le bien , c'est un crime de toucher à la liberté ; quand ils veulent faire le mal , la limiter, c'est la leur rendre.
L'autorité est le canal de conservation qui la contient et la conduit à chacun d'eux. Tout philosophe, tout publiciste, qui admet la liberté absolue et nie la raison, est conduit logiquement et historiquement à l'arbitraire.
On ne sait rien en métaphysique, et l'on veut mettre la main à l'homme ! On ne voit l'histoire que par un œil , et l'on veut refaire la Civilisation! Les uns se jettent au fond du principe de l'autorité par effroi de la liberté ; les autres se plongent dans celui de la liberté par horreur de l'autorité. Aujourd'hui ceux qui gouvernent, voyant et la faiblesse du principe d'autorité et le danger du principe de liberté, agissent sans autorité et sans liberté, ils ne peuvent plus gouverner. ;
Quand on prétend gouverner les hommes, il fout savoir ce que l'on fait , savoir ce que signifie l'autorité , et ce que signifie la liberté ! Problème, au reste, qui est le problème de l'homme , et de l'admirable difïiculté qu'il y a d'élever un tel être dans la Création!... Sans la connaissance transcendante du fait sublime qui s'y passe à notre égard , tout ce que vous entreprendrez disparaîtra. Assistance, banques, mobilisation du capital, crédit, associations, constitutions, Avenir, Progrès, Humanité, tous les grands mots, auront le même sort. Ce livre a dit tout ce qu'il a pu sur ce point... Pour le moment, vous n'avez rien de mieux à foire que de con-
tenir la liberté le plus que vous pourrez, et d'appuyer de toutes vos forces le bien. Or il est une puissance qui a plus de force que le gouvernement ; seulement , il a la force de l'exercer : c'est l'Exemple.
Vous ne vous sauverez ni par des troupes, qui tourneront ; ni par des lois, qui manqueront; ni par des emprunts, qui cesseront. Vous ne délivrerez le monde que par l'Exemple. Mais la difficulté est que vous n'avez plus la Foi... Il faudra bien que les hommes la retrouvent ! Et si ce n'est pas par vous , ce sera donc par le malheur ?. . .