‹ De la Restauration françaiseChapitre 161 sur 189 · CHAPITRE LIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIU

De l'art de gouverner.

Il est tout entier dans un mot : Il faut être bon dans le fond et sévère au dehors. De bonne heure appelé à conduire quelques hc^mes pour ma gestion particulière, j'ai peu tardé à le savoir.

Il faut être bon. Celui qui est bon, est obéi en son absence. Mais celui qui n'est que bon perd le pouvoir ; il ne connaît pas l'autre côté de notre nature.

La nature humaine se cabre vite en de faibles mains. L'homme même se plaît à être bien commandé. Tout ordre mou a besoin d'emprunter sa force à celui qui le reçoit. L'homme préfère une impulsion qui lui donne le mouvement, à un effort de volonté qui n'est pas toujours en lui.

Mais celui qui est méchant est trompé en son absence,

comme détesté en sa présence. Est-ce gouverner des hommes que de n'avoir pas leurs cœurs? L'homme trouve toujours à échapper à la force. Et s'il ne le peut, il seplie, sa volonté ne l'aide plus, il a son cœur contre luimême. Celui qui obéit au méchant est comme un homme coupé en deux.

La sévérité n'est que le nerf de la bonté. Le bras mou est promptement ployé. L'homme veut se tenir sur un sol qui résiste. Le chef de tout établissement est comme une route solide, sur laquelle aucune roue ne s'enfonce.

Or régner est le fait de la bonté, et gouverner est le fait de la sévérité ! C'est pourquoi on ne peut régner sans gouverner, ni gouverner sans régner. Les fiidaises tirées d'une prétendue distinction sur ce point viennent de l'ignorance du sujet. Si Dieu se contentait de régner sans gouverner, les hommes se moqueraient de sa loi. Ou bien, s'il nous forçait par ses lois, tout amour cesserait, l'orgueil se justifierait chez les hommes. Dieu règne et gouverne.

Prenez le foit. L'excellent ouvrier dit de son maître : C'est un trop bon enfant pour qu'on lui perde du temps. Mais le paresseux attend en vain de sa conscience une impulsion dont la vertu n'est pas en lui. Voici : la bonté met en marche tout ce qu'il y a de bon dans l'homme, et la sévérité tout ce qu'il y reste de mauvais.

De là, dans le gouvernement de Dieu deux lois, celle de la crainte et celle de l'amour : parce qu'il y a toujours deux parties dans l'homme. Initium sapikmi^:...

Pour connaître la dose de bonté et la dose de sévérité applicables dans un Etat, voyez la dose de vertu et la

dose de méchanceté des hommes. Toutefois, un gouvernement a un si grand besoin de pouvoir, qu'au moment où sa volonté se détend , tout d'un bout à l'autre se détend dans l'Etat , comme si le violon laissait partir ses quatre cordes.

Or, la sévérité repose sur l'estime, et l'estime sur la vertu. La bonté ne repose que sur elle, c'est-à-dire sur l'amour des hommes.

La bonté et la sévérité unies forment la fermeté. En elle est l'art de gouverner^.

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