CHAPITRE LX
De rinfaillibUitë.
Il s'agit du pouvoir et de sa légitimité : avec plus de bon sens, on nous renverrait tous aux faits ! Les paroles ne remplaceront pas l'histoire.
Le souverain, c'est-à-dire celui qui exerce la souveraineté, est légitime lorsqu'il possède la souveraineté de droit et qu'il est conforme à la loi. Si le pouvoir n'est pas légitime, c'est-à-dire, ainsi que l'indique le mot, conforme à la loi, il ne diffère plus de la force, nul n'est tenu de lui obéir.
La liberté dépend de la légitimité du pouvoir, c'est-àdire de la conformité de son action avec la Justice immuable. La liberté demande une autorité qui la préserve d'un pouvoir sans loi, et maintienne le règne de la justice, qui n'est que le règne de Dieu. Car la liberté, dans l'ordre logique, est la loi primitive et essentielle des sociétés humaines.
Or, pour connaître cette règle légitime, cette loi divine d'après laquelle le pouvoir doit gouverner, il faut de toute nécessité une autorité InAûllible.
L'hpmme ne doit obéir qu'à Dieu ; il ne peut confier sa liberté qu'à la loi de son être. Il n'est pas dans la nature un seul être qui suive une autre loi que la sienne ; l'homme serait-il privé de ce premier droit de la création î Soumis à l'obligation morale , l'homme a droit à l'InfaillibiUté.
Point de liberté sans la vraie loi ; point de loi sans un pouvoir qui la maintienne; point de pouvoir sans légitimité ; et point de légitimité sans infaillibilité ^. L'homme ne relève que du Souverain de son âme !
Il est clair que si Dieu a rendu sa loi indispensable à l'homme, il la lui a rendue possible ; si elle ne l'est que maintenue par un pouvoir légitime, il a établi ce pouvoir; s'il ne peut être reconnu tel que par une autorité infaillible, il a établi celte Infaillibilité : sans quoi il n'aurait pas créé ce pouvoir, sans quoi il n'aurait pas créé cette loi , sans quoi il n'aurait pas créé l'homme. Notre liberté ne repose que sur l'infaillibilité.
A la souveraineté absolue de Dieu, on a substitué la souveraineté des Rois : à la souveraineté des Rois, on substitua celle du peuple ! . . . Il est clair que la souveraineté vient, ou de Dieu, ou de l'homme...
* Le Christianisme renferme toutes ces choses; elles forment le résamé exact de sa doctrine sur la Société.
« P^abord il ne reconnaît de souverain légitime, et éternellement, que Dieu, Roi des rois, de qui la raison, la vérité et la justice sont les lois. Il ne considère le pouvoir humain, ou la souveraineté dérivée, que comme le ministre de Dieu pour le bien, obligé de gouverner selon la loi, perdant tout droit de commander dès qu'il la viole. Il enseigne entin qu'il existe dans l'autorité qn'il a remise à son Église un moyen infaillible pour connaître cette justice, cette règle légitime du pouvoir? et lie ainsi Tordre politique à l'ordre moral, l'acliçn humaine à la çaison divine. » — De la Relig, dans ses rap. avec Vord. civ. et pol.
Quand les Rois écoutaient la voix de Rome, les peuples ne se révoltaient pas contre eux! Dès qu'à la suite de Luther, les rois se sont soulevés contre la sublime Juridiction spirituelle, les peuples se sont soulevés contre eux...
Les Rois ne sont pas des saints. Quand leur autorité se change en force, il est nécessaire de leur opposer une force qui la reprime. La question est de savoir si elle sera matérielle, c'est-à-dire puisée dans le droit d'insurrection; ou si elle sera spirituelle, c'est-à-dire puisée dans le droit qui gouverne les consciences...
Que d'obstacles matériels, dites-vous, s'opposent maintenant à cette pratique chrétienne; et, que de temps!... Oui, mais vous qui, pour fonder, attendez que les hommes soient sages!!...