‹ De la Restauration françaiseChapitre 169 sur 189 · CHAPITRE LXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXL

Hécapitnlation.

Questions simples à récapituler :

Qu'est-ce que la Société ? N'est-elle pas la condition de l'existence de l'homme? Si l'homme a sa loi, ou sa condition d'existence, la Société ne doit-elle pas avoir sa loi? Quelle doit être cette loi?

N'est-elle pas le moyen par lequel elle arrive à son but? Mais la Société peut-elle connaître ce but, peut-elle connaître cette loi, et peut-elle se la donner ?

Celui qui crée les êtres, ne crée-t-il pas les rapports des êtres; par conséquent n'est-il pas le seul qui possède

leur loi ? La loi est donc divine ! Cela ne s'accorde- t-il pas avec la liberté et la dignité humaines? •

Si l'homme recevait sa loi de l'homme, outre qu'il en serait trompé, ne deviendrait-il pas l'esclave de l'homme ? La loi n'est-elle pas la justice et la raison souveraine? La Société, qui le reconnaît aujourd'hui, l'aurait-elle toujours reconnu?

Or cette loi peut-elle exister au milieu de la Société sans un pouvoir qui la maintienne, dans l'intérêt de la loi même, et la dispense, dans l'intérêt de l'être qui obéit à la loi ?

La souveraineté, ou la possession du pouvoir, n'estelle pas alors un Droit divin ? Cela ne s'accorde-t-il pas avec la dignité et la liberté humaines?

N'est-ce pas à la condition qu'il maintienne cette loi, que le pouvoir existe ? S'il ne maintient pas la loi réelle de la Société , n'est-il pas une entrave et un mal ? Il faut donc qu'il soit légitime, dans toute la force de l'étymologie de ce mot, c'est-à-dire honorant la loi?

Qui jugera s'il est légitime? Peut-il le juger lui-même; ou bien, la Société peut-elle le juger? Et qui établira, enfin, l'harmonie entre les deux forces différentes, la loi et la hberté?

Peut-on confier ce soin au pouvoir? n'est-il pas partie intéressée à l'existence de la loi ? Peut-on le confier à la Société? n'est-elle pas partie intéressée à l'existence de la liberté? Ou bien, peut-on, comme de nos jours, laisser à chacun d'eux le moyen de soutenir son droit par sa force ?

Compter sur l'équilibre des deux forces, n'est-ce pas porter la difficulté et la gu erre au sein même de l'État

Au lieu de maintenir l'accord de la loi et de la liberté, l'État fera-t-il autre chose que se balancer entre la tyrannie et l'anarchie ?

Pour trouver le Médiateur, pour décider si le pouvoir est légitime, c'est-à-dire conforme à la justice et à la raison souveraine, ne faut-il pas une Autorité infaillible, indépendante du pouvoir, et indépendante de la Société ?

Si l'on rejette l'existence d'un moyen Infaillible pour constater cette légitimité, le pouvoir a-t-il d'autre règle que sa propre pensée ? N'en faut-il pas conclure qu'il n'y a plus sur la terre de souveraineté ni de liberté possible, conséquemment plus de Société?

Ainsi, point de liberté sans la Société : point de Société sans la loi : point de loi sans le pouvoir : point de pouvoir sans légitimité : point de légitimité sans Infaillibilité.

Elle est la clef de voûte de l'édifice social ; la racine que la Société conserve dans le sein de Dieu. L'Infaillibilité est l'anneau par lequel l'humanité est suspendue à l'Infini K

* « L'autorité des Papes fut la puissance choisie dans le moyen-âge pour faire équilibre à la souveraineté temporelle, et la rendre supportable aux hommes. Rien d'humain n'est parfait, il n'existe pas de pouvoir qui n'ait jamais abuse de ses forces. Mais si l'on fait abstraction de quelques anomalies inévitables, il se trouve que les Papes ont réprimé les Souverains, protégé les peuples, apaisé les querelles, averti les rois et les peuples de leurs devoirs, frappé d'anathèmes les grands attentats.

« Celte puissance des Papes était rcxcrcice d'un pouvoir purement et éminemment spiriluel, en vertu duquel ils frappaient des princes coupables, sans aucune usurpation matérielle, sans aucune suspension de la souveraineté. Et peu importe ici, dit Leibnitz, que le Pape ait eu cette primauté de droit divin ou de droit humain, pourvu quil soit constant que pendant plusieurs siècles il Ta exercée dans l'Occident avec le consentement et l'applaudissement universel. »

Pensées de Leilnùlz, toni. ii, pag. 401.

La déduction rationnelle conduit donc à cette vérité, que le Monde moral, de même que le monde physique, se rattache à la Cause première. L'expérience y avait conduit la pratique de nos pères, alors que les hommes apportaient leurs efforts à entrer dans le Christianisme, au heu de les mettre à en sortir.

Est-ce la solution, dit le lecteur, offerte aux événements ? — Non , les faits préparent la nôtre ! mais c'est l'observation qui montre à quelle distance nous sommes aujourd'hui de la liberté... Vous trouverez un système meilleur que celui indiqué par Dieu !

Le christianisme vous avait donné le moyen de fonder une Société sur le droit ; pour vous, cherchez le moyen de la fonder sur vous-mêmes !

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