‹ De la Restauration françaiseChapitre 185 sur 189 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Où se fait la solutiou.

La pensée confond les absolutistes; la pratique confond les libéraux. Que deviendra la Société, qui ne peut exister en dehors de ces deux sectes, ni subsister dans l'une d'elles?

Et de fait, quand on considère la Société, on est résolument absolutiste : on ne saurait disconvenir que le gouvernement despotique ne soit le seul conforme à la nature de l'homme. Quand on considère l'homme, on est décidément libéral : car le mérite devant Dieu ne saurait s'accroître pour l'homme qu'avec l'imputabilité.

Heureusement qu'entre les deux écoles, existe la Pratique humaine ; laquelle ne fut jamais complètement absolutiste, ni complètement libérale, mais suivit le besoin des temps. Et lorsque, suflisamment renseigné sur la vraie nature de l'homme, on s'aperçoit de tout ce qu'a fait jusqu'à ce jour l'histoire, le génie succombe d'admiration! Aimez les faits, aimez vos rois, humiliez-vous devant les soins qui vous ont créés ! la pensée, oui, la pensée, eût laissé le monde désert. . .

Ceux qui croient trouver par la théorie le grand point d'intersection de l'autorité et de la liberté, sont aussi simples que ceux qui rédigent aujourd'hui des constitutions dans la pensée qu'on pourra les exécuter ! Il leur aurait fallu, depuis le commencement, varier chaque jour d'un degré ledit point d'intersection, pour suivre les innombrables oscillations, enfin tous les pas et toutes les chutes de l'homme. Or c'est là justement ce qu'a su faire la Pratique.

La Pratique confondra à jamais les théoriciens. D'abord, parce que c'est en ses mains que se tiennent les affaires ; ensuite, parce que c'est elle qui, en face de toutes les philosophies, résoudra toujours les questions.

Comme la Pratique a régi et régira le monde jusqu'à la fm, le grand point, pour gouverner, est donc de faire des gens de bien. Il vaut certes mieux s'occuper moins en théorie de l'humanité, mais un peu plus des hommes. Il faut l'homme de bien au pouvoir, et la soumission chez nous. Sans cela, les théories viennent en vain. On peut forcer, on peut détruire la Société par des révolutions, mais on ne peut rien établir.

La Société a un besoin de liberté invincible à tout despotisme, et un besoin d'autorité invincible à tout libéralisme. Selon ce que nous serons, la Pratique en décidera. Institutions, constitutions, révolutions, n'y peuvent rien.

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