‹ De la Restauration françaiseChapitre 25 sur 189 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Du Lu\c, ou (le rkonimc i|Mi détrnil du Capital.

Il faut savoir quels sont les besoins de l'homme pour savoir quelles doivent être ses richesses.

Il y a pour l'homme : l" les besoins indispensables, ou ceux sans la satisfaction desquels il n'existerait pas ; 2° les besoins d'amélioration, ou ceux sans la satisfaction desquels il ne se développerait pas ; 5" les besoins factices, ou ceux que les passions entretiennent en lui.

De là trois sortes de Richesses :

1° Les Kichesses indispemables ;

2° Les Richesses d'amélioration ;

5" Les Richesses de corruption.

A parler rigoureusement, les premières se réduisent à la quantité d'aliment, de vêtement, de logement et d'enseignement qu'il faut pour entretenir un saint. Les

secondes se réduisent aux moyens physiques, scientifiques et moraux qu'il faut pour conduire tout homme autant que possible à le devenir. Les troisièmes se composent de tous les objets qui satisfont la vanité et la sensualité, dont la première détruit l'esprit, dont la seconde détruit le corps.

Les besoins d'amélioration commencent sur la limite des besoins indispensables : et les besoins de corruption, sur la limite des besoins d'amélioration. L'assouvissement arrive où la satis-faction ^ s'arrête. Une fois reconnue la quantité d'objets nécessaire à la consommation de l'homme, tout ce qu'il ajoute lui est nuisible.

Tout plaisir attaque un organe. Utiet non frui est, à la fois, le principe de la morale, de l'hygiène et de l'économique. Magnifique témoignage rendu au but de l'homme : celui qui, au lieu de prendre la Richesse comme un moyen, en use comme un but, périt par la Richesse.

Or, Tabus du besoin est ce qu'on appelle la luxure ; et l'abus de la Richesse, par laquelle on y répond, est ce qu'on appelle le Luxe.

Le luxe est un prélèvement sur ce que le capital aurait pu s'adjoindre pour la nouvelle production. La preuve, c'est qu'il n'a point satisfait de besoin de première nécessité, et qu'il aurait pu être du premier coup épargné. Tout luxe est un appauvrissement d'autant dans les masses.

Pour le capital d'un peuple, c'est non-seulement une perte sèche, mais une flamme qui passe par celui qui s'en est servi. Il détruit deux hommes à la fois. De plus, le luxe est un fléau, parce que c'est toujours sur le grand

' Etymologie admirable : salis facerc, en faire a^^ez .'

nombre que frappe la retraite du capital. Il est, enfin, une calamité publique, parce que la chute certaine du capital qui lui est affecté entraîne avec elle toute sa population, comme il arrive en ce moment.

En deux mots, voici la théorie du luxe. 11 y a quinze hommes, ou quinze millions d'hommes, aptes à produire dans un pays. Si cinq sont appelés à produire des objets de supertluité, il n'en reste que dix occupés à produire les richesses de nécessité. Le pain, le vêtement et le toit de l'homme rentrent dans cette proportion.

Le salaire de l'ouvrier de luxe attire le cultivateur. Tout homme de luxe enlève plusieurs hommes à la terre, détruit en proportion du pain, et commet sur la population un meurtre à sa manière.

L'homme de luxe ne consomme pas, il consume.

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