CHAPITRE XXVII
Il n'y a d'obstacle an Capital constitué qne le Inxe.
L'épargne annuelle probable a été évaluée pour l'Angleterre, eu temps de prospérité, à un milliard et demi. Elle doit être moindre en France de tout le bénéfice du commerce du monde et de la distance de nos mœurs futiles aux habitudes solides de l'Anglais. Néanmoins un économiste d'un rare esprit, puisque sa peusée s'appuie sur les réalités, M. Michel Chevalier a jtensé que ht
France était en état d'économiser un milliard par an. Et cependant, remarque-t-il, l'annuité d'un milliard avec l'intérêt reproduirait les 100 milliards de son capital brut dans un délai de trente-sept ans. Il conclut que si nous ne sommes pas plus riches en France, c'est que notre capital, constamment soutiré par l'impôt, a été surtout dévoré par la Guerre.
Aux justes appréciations fournies par cet excellent esprit, je viens ajouter la pensée exprimée par un ancien dans ces mots : Plus Gulâ quam Gladiol
Ah ! s'il n'y avait de guerre que contre l'étranger ! La guerre est autrement universelle. Tout homme la soutient contre les deux ennemis qu'il s'est donnés : les passions, nées du corps ; la vanité, née de l'esprit. La guerre, certes, a détruit un capital tout formé ; mais ce capital énorme et incalculable que, sur chaque pied carré de la terre, le vice a empêché de se former?...
Prenez une faible idée de ce que le luxe a coûté à notre nation, et de ce que, d'autre part, lui a rapporté sa vertu;
Qu'on fasse le compte de ce que la France a mangé, seulement depuis Louis XV, pour ses dépenses de luxe et de vice dans la noblesse, dans la bourgeoisie et dans le peuple descendu aux cabarets. D'autre part, additionnez ce que les familles rangées de la classe élevée, moyenne, et du peuple sage, ont constitué pour défricher le sol, bâtir des fermes, élever des bergeries, ouvrir des chemins, creuser des houillères et capitaliser même du numéraire;
comparez les deux additions Vous aurez juste d'un
côté le déficit qui vient d'ouvrir notre crise ; et de l'autre, cette richesse innnobilicre qui nous soutient en ce nioiiicul... La paresse refusera de produire, la prodigalité
— (il —
empêcliera ce qui est produit de devenir du capital ; mais rien n'est aussi douloureux que le luxe, qui annule du capital tout formé. Il n'y a d'obstacle interne au capital que le luxe.
Voilà ce que le luxe a empêché d'exister; sachez maintenant ce que son capital, comme une mine effroyable, est sur le point de détruire. Déterminez le produit donné par l'exploitation de ce capital du Crédit estimé, avant février, à 20 milliards; examinez la quantité de population qu'il portait, et vous aurez le chiffre de notre mis(Ve, c'est-à-dire delà population que son départlaisse périr en ce moment!
Ce n'est pas seulement au nom de l'état de la France, c'est au nom des populations, au nom de l'humanité qu'on vous parle ! Vous avez donné en pâture au luxe ce qui serait devenu du capital;, au vice, ce qui serait devenu notre sang ; à la mort, ce qui devait être notre vie ! Et voilà que nous sommes punis par la misère du capital, la misère du sang, la misère de la vie. Nous avons institué dans la misère, et son explosion imprime à la Société un ébranlement tel qu'on ne sait plus dire si, en ce jour, elle résistera.