‹ De la Restauration françaiseChapitre 95 sur 189 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

De la bourgeoisie dans le monde.

Il faut le dire explicitement, afin qu'elle le sache et y songe : la bourgeoisie a fait la situation actuelle du monde.

Nos temps lui seront imputés. Si notre civilisation devait s'engloutir et faire place à une civilisation ultérieure, la postérité dirait de la bourgeoisie ce que les Écritures ont dit des Ty riens, desNinivites, des Babyloniens.

Il est à remarquer que les races qui ont tenu à sa manière les affaires humaines ont produit un mal ajaté-

diluvien; nousvoulons dire un mal que Dieu u'arrêteque par la ruine. Les grands Anges s'étaient de la sorte établis dans leur moi.

Il est également à remarquer , pour la question des origines, que la noblesse fut comme la première poussée de la tige des Francs ; la bourgeoisie ne fut que la seconde. La première sève est la plus forte. La bourgeoisie est comme le second foin, qui a peine à venir, peine à sécher pour l'hiver.

Car ce n'est pas la primitive noblesse qui a failli, puisqu'on en voit encore les premières familles, toutes^ par leurs vertus et par leur munificence, au sommet de l'honneur ; mais c'est la noblesse puînée , venue par le canal de la bourgeoisie, celle qui eut le malheur d'arriver en même temps que la Renaissance.

Tant que le christianisme a dominé la bourgeoisie , il en a fait pour le peuple une source excellente d'exemples. Dès que la bourgeoisie a dominé le christianisme, elle a versé sur l'Europe un flot qui a mis l'esprit moderne comme dans un marais. Et c'est là un fait très-remarquable.

Nous avons informé à charge. A décharge, il faut dire qu'en 1795, à la chute de la noblesse, si la bourgeoisie ne se fût pas trouvée là pour prendre la nation, lout succombait. La bourgeoisie eut la gloire de substituer immédiatement une aristocratie toute prête à celle qui disparaissait. Mais quelle fut, depuis, sa conduite comme tête de nation !

Cette seconde aristocratie aurait certainement remplacé la première, si elle fût restée dans la vertu qui l'a produite. L'avènement de la bourgeoisie fut le châtiment

de la noblesse ; aujourd'hui l'envahissemeni du peuple est le châtiment de la bourgeoisie. Le premier fait fut une décadence de la nation ; le second sera son anéantissement.

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