‹ De la Restauration françaiseChapitre 97 sur 189 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

Tout est perdu si la bour{;coUie ne se relève.

Je tenais à déclarer à la bourgeoisie toute la vérité, pane que c'est encore d'elle qu'il faut tout attendre. D'elle qu'il faut tout attendre pour deux raisons : la pre-

— §â6 — mière, c'est ^ué le peuple est encore moins qu'elle î la Seconde, c'est l'ignorance et la naïveté réelle de la plus forte part des membres de cette classe.

Envisagez également, par rapport à sa génération historique, que toujours le premier fait est plus divin : Dieu dépose un fort engrenage dans les origines. Le second fait, qui est le fruit de la race, est plus humain. Le moi s'élève rapidement; mais il amène une chute, d'où sort ensuite le grand courant des affaires humaines. Ce monde, en fin de compte, est le résultat de la Chute. . .

Pour être juste, enfin, avec la bourgeoisie, il faut faire la part de l'éducation reçue par sa dernière génération. Le Journalisme, au lieu du catholicisme, bon Dieu ! Tout pressa à la fois, Luther, la Renaissance, le philosophisme, l'industrie, et la science enfin, qui chez beaucoup d'hommes ne fut qu'une impiété^.

^- Jamais breuvage plus violent ne fut préparé pour troubler la tête de celui dont les mains sont occupées. Il faut

1 Qu'elle est juste cette remarque d'un homme d'un grand esprit : « Toute la philosophie du dernier siècle ne fut dans le fait qu'un véritable athéisme pratique. On ne disait pas, il ny a pas de Dieu, assertion qui aurait pu entraîner quelques inconvénients physiques ; mais on disait: Dieu n'est pas là. Il n'est pas dans vos idées : elles viennent des sens; il n'est point dans vos pensées, qui sont des sensations transformées ; il n'est pas dans les fléaux , qui ne sont que des phénomènes physiques; il ne pense pas à vous, il n'a rien fait pour vous en particulier ; le monde est créé pour l'insecte comme pour l'homme... Rien ne choquait comme le déluge, parce que rien n'était mieux établi par toutes les espèces de preuves. On commença par nous refuser toute l'eau nécessaire au déluge. Mais la fantaisie étant venue depuis de créer le monde par voie de précipitation, et l'eau étant nécessaire, le défaut d'eau ne les a plus embarrassés. Le caractère général de cette science est d'avoir travaillé sans relûche à détacher l'homme de Dieu ; elle n'a rien oublié pour nous détourner de la prière par la considération des lois immuables ; c'est elle enfin qui a produit la déplorable génération qui a Tait tout ce que nous voyons. » {Soir, de St.-Pélers.^ 1825.,)

immédiatement que la révolution délivre cette classe de ses docteurs, et de cette nuée de littérateurs, creux dans la pensée, qui ont séché son cœur et produit la stérilité sur elle. i

II ne reste qu'une chance à la France, c'est que sa bourgeoisie se relève. Le peuple est tellement descendu bas, que c'est encore en elle que gît tout notre espoir. Si la révolution venait à anéantir cette classe, elle anéantirait la nation.

On a trop ignoré jusqu'à présent ce que vaut une classe élevée pour un peuple !

; /;Vous voyez déjà aux mœurs ce que l'effacement de la classe noble a produit depuis cinquante ans sur la nation, la retraite de l'esprit d'honneur. La disparition de la bourgeoisie amènerait immédiatement en elle la perte de l'esprit de prévoyance et de travail. Fort peu d'années, et nous tomberions au niveau de l'Espagne.

Si la bourgeoisie est détruite, tout est perdu : si elle reste ce qu'elle est, tout est perdu. L'avenir attend...

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