‹ De la Restauration françaiseChapitre 98 sur 189 · CHAPITRE XLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIII

D'nn autre danjjer de l'époque.

-X Lesnationsoccidentales vont courir des dangers à cause de la suppression du luxe , conséquemment à cause du déplacement du capital et de la populatiC)n qui y étaient affectés. Aussi ne faut-il point prendre de :s mesures relatives à une prompte suppression, mais laisser les choses se faire peu à peu par les moyens mora ux.

Au reste, il faut bien savoir qu'une c ivilisation qui en

supplante une autre en supplante la race ; c*est ce que fait le christianisme. Il achèvera son occupation sur le paganisme ; à moins qu'il ne soit étouffé avec la civiUsation moderne. Dans le fait du luxe, qu'on y réfléchisse, c'est l'existence de nos grandes villes qui est en cause ; c'est aussi leur population qui porte encore le sang et l'esprit païens.

Mais en retournant à son sol, que la France prenne garde. Je crois que, depuis cent ans, il y a une grande erreurdansleprincipe avec lequel onle cultive. Bref, on y apporte les coutumes de l'industrie : on dçmande de l'or à la terre ! Depuis, on a fait merveille pour les yeux ; je ne sais, mais je crains que l'on ne travaille à enfermer la famine dans ce sol. Qu'on me permette de donner ma pensée telle quelle.

Pour celui qui en a fait dans sa vie, l'agriculture n'est point l'art de tréer quelque chose de rien. La terre végétale est un produit épargné; il faut l'entretenir et l'accroître. Elle ne rend qu'en proportion de ce qu'on lui donne. Le travail n'est pas tout; il accroît la puissance de végétation, mais il faut ajouter les éléments qu'emploie la végétation. Il y avait autrefois des prés et beaucoup de pâturages. La petite propriété les a détruits. Cependant voici le fait : nos terres sont en proportion du travail et de l'engrais ; le travail et l'engrais , en proportion des bestiaux; et les bestiaux, en proportion des prés et des pâturages.

Les prés sont la source de l'Agriculture. En France, on les a réduits. On a trop détruit de pâturages au profit des terres et des vignes, qui se consument elles-mêmes, en produisant un argent dont la forte part va au luxe, au

lieu de rentrer dans ragriculture, comme y rentraient autrefois, dans les grandes propriétés, les deux tiers du produit des prés et des pâturages.

-: Une ferme décent mesures, aujourd'hui, ne compte pas quinze mesures de prés. Et cependant, si l'on retranchait quinze mesures à ses terres arables pour en doubler la prairie, ces terres produiraient plus de blé qu'auparavant. Si on nous laisse aller de la sorte, les terres à blé produiront de moins en moins. Le prix delà viande augmente de jour en jour pour le peuple, et déjà la rente diminue sous l'aspect trompeur des baux. La livre de viande ne doit valoir que deux fois la livre de pain. Le jour où, en France, on augmentera les prés d'un tiers, nous aurons et plus de viande et plus de grains, et l'on arrêtera la destruction du sol.

Enfin la France a fait pis, elle a détruit ses bois. L'atmosphère et le sol sont privés de leur précieuse action ; les sommets se dénudent, la terre en est descendue. Les eaux pluviales, au lieu de s'infiltrer le long des troncs et des racines pour produire des sources au pied des monts, courent sur le sol et amènent les inondations. La dénudation des montagnes amènera la destruction d'une partie du territoire français. Des bois sortent les sources; des sources sortent les prés ; des prés sortent l'engrais et le labourage, d'oîi sort la fécondité des champs. Dans une partie de son sol, la France est menacée du sort de l'Egypte. Déjà le désert a traversé la Méditerranée et gagne la Provence.

Les anciennes propriétés avaient des hautes- futaies et de solides hal)itations. La race nouvelle s'est crue fort entendue en abattant ces bois sacrés, et même en démo-

lissant pour vendre des matériaux. Sur tant de points, la bourgeoisie s'est conduite dans ces propriétés comme les bandes noires! L'esprit d'intérêt ne fait pas tout ^. Sans la Féodalité qui, pendant la première ignorance, préserva nos bois, nos champs, et contint les populations, le paysan eût détruit la France.

Si l'État et la couronne n'eussent conservé des forêts, voyez ce qu'il en resterait!

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