‹ De la retroversion uterine pendant la grossesseChapitre 14 sur 35 · René Briau, Gazette hebdomadaire , t. III · texte numérisé non relu

René Briau, Gazette hebdomadaire , t. III

Elle est devenue enceinte une troisième fois au commencement de mars 1856. Vers le milieu d’avril, des vomissements peu fréquents d’abord, se manifestent et augmentent graduellement. Leur intensité devient telle, que, dès les premiers jours de mai, la malade est obligée de garder le lit.

Pendant tout ce mois, elle est affectée de douleurs gastralgiques intolérables avec constipation et soif ardente. Des spasmes et des mouvements cloniques s’y joignent de temps en temps. Abattement et découragement profonds. Insomnie que l’on combat par la morphine. Amaigrissement considérable. La malade peut b peine de temps en temps garder un peu d’eau.

Toutes les ressources de la thérapeutique sont inutilement épuisées, l’estomac se refuse à garder aucun médicament. Une consultation avec M. le professeur Moreau amène de nouvelles tentatives, également infructueuses. L’écoulement leucorrhéique persistant toujours, et l’abdomen ne présentant pas un développement en rapport avec celui que doit avoir l’utérus au troisième mois, on se décide, malgré les répugnances de Madame X..., à procéder à l’examen des organes génitaux internes que l’on suppose affectés de quelque altération de texture ou de position.

Le 4juin, M. Moreau, ne sentant pas le développement de l’utérus par le palper du ventre, pratique le toucher vaginal. L’utérus, en état de rétroversion incomplète, est profondément logé dans l’excavation du bassin, incarcéré dans la courbure du sacrum, et resserré de toutes parts dans cette espèce de cul-de-sac, il ne peut franchir l’angle sacrovertébral. Par une manœuvre habile et prudente autant qu’heureuse, M. Moreau dégage la matrice, et, en la faisant remonter, la ramène dans l’axe du détroit abdominal.

Madame X..., se sent immédiatement soulagée. Le même jour, les vomissements cessent et la malade peut digérer quelques aliments légers. Le sommeil revient, la santé se rétablit graduellement, et en moins de quarante-huit heures, le ventre prend un développement normal proportionné à l’époque présumée de la grossesse.

Observation XXVI

Le 6 septembre 1872, je fus appelé par la famille Colas, habitant Saint-Mars-la-Taille, auprès d’une femme âgée de 25 ans, qui avait eu successivement deux avortements, vers le cinquième mois de sa grossesse. Au deuxième avortement, il y avait une grossesse gémellaire. Au moment où je fus appelé, cette jeune femme avait un retard de trois mois et demi et depuis quelque temps était sujette à des vomissements presque incoercibles, qui avaient résisté à tous les traitements ordinaires, préscrits par la sage-femme et le médecin de la localité. A mon arrivée, je trouvai cette femme, excessivement pâle, anémique et d’une faiblesse telle qu’elle ne pouvait quitter le lit. Elle était menacée de syncope dans ses moindres mouvements. La plus petite quantité d’aliments soit liquides, soit solides qu’elle pouvait prendre était rejetée immédiatement. Les parois du ventre étaient flasques et permettaient, en les déprimant, de constater une tumeur utérine placée au-dessous des pubis.

J’interrogeai la femme qui me dit que, depuis quelque temps elle avait de la peine à uriner et à aller k la selle. Je pensai alors à une rétroversion, et, pour assurer mon diagnostic, je pratiquai le toucher vaginal. J’examinai avec soin et je trouvai tous les signes de la rétroversion utérine. Le col était en avant et à gauche ; en arrière, je trouvai dans la concavité du sacrum une tumeur convexe, régulièrement rénitente, légèrement inclinée en bas et en arrière, et formant un plancher à la partie supérieure du vagin. J’essayai la réduction en soulevant d’abord le col au-dessus du pubis et relevant ensuite le fond en dirigeant le bord radial de la main vers l’angle sacro-vertébral. La réduction se fit facilement. Je fis alors constater la réduction par la sage-femme, et je lui indiquai les mesures à prendre dans le cas où la rétroversion se reproduirait. Pour éviter, autant que possible un nouvel accident, je plaçai la femme dans le décubitus latéral et je l’engageai à éviter tout effort. Quelques jours plus tard on m’annonçait que les vomissements avaient presque

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