‹ De la retroversion uterine pendant la grossesseChapitre 2 sur 35 · Richet. Loc. cit · texte numérisé non relu

Richet. Loc. cit

d’Aran (1), de Courty (2) et de plusieurs autres auteurs. Et cependant M. Stoltz a pu enlever tout le vagin sans que l’utérus ait éprouvé le moindre changement dans sa direction.

Quoiqu’il en soit, l’utérus est, somme toute, maintenu en place par des attaches lâches et extensibles, qui lui permettent de se mouvoir et de se déplacer en tous sens. Cette disposition éminemment favorable à l'accomplissement de ses fonctions, l’expose par contre à des déplacements variés qu’il est facile de prévoir, lorsqu'on étudie son histoire anatomique et pathologique. La matrice peut s’abaisser plus ou moins et on aura suivant ledegré du déplacement l’abaissement simple ou descente, la chute incomplète, la chute complète ou prolapsus, dans laquelle la matrice, hors du vagin, dépasse la vulve et pend plus ou moins bas entre les cuisses. La totalité de l’organe peut se déplacer dans l’excavation pelvienne ; s’il pivote sur son axe transversal de façon que le corps s’incline plus ou moins en avant et le col en arrière, l’utérus sera dit en antéversion ; une disposition contraire constitue la rétroversion, et dans ce cas, le fond de la matrice se dirige plus ou moins en arrière et en bas dans la courbure du sacrum, tandis que le col est plus ou moins porté en avant et en haut vers la symphyse des pubis. La latéroversion est cette variété de déviation dans laquelle le corps est à droite ou à gauche du bassin tandis que le col regarde le côté opposé.

Si le fond de l’organe s’infléchit, le col restant en place, on dit qu’il y a antèflexion, rètroflexion, latéroflexion ,

d. Aran. Etudes anatomo-pathologiques sur la statique de Vutérus. Arch. gén. de mêdec. Février et mars 1858.

2. Courty. Traité prat. des maladies de V utérus 1 2« édit. Parte, 1872.

suivant le sens du déplacement. M. Lala (1) a insisté sur la différence entre les ligaments du corps de l’utérus, séreux ou musculaires, et ceux du col, fibreux, solides, résistants ; cette disposition explique facilement le mécanisme de la production des flexions, beaucoup plus fréquentes que les versions. Je dois dire que d’après les recherches de MM. Piachaud (2) et Boulard (3) l’état normal de l’utérus, tant qu’il n’y a pas eu de grossesse, serait l’antéflexion ; cette opinion fut soutenue par MM. Verneuil, Aran et quelques autres.

« Les axes du corps et du col de l’utérus, dit M. Gourty, ne sont pas absolument en ligne droite, le col pour aller au-devant du vagin, suivant un peu l’axe du petit bassin et le corps s’inclinant légèrement en avant, de manière que son fond regarde un peu la paroi abdominale. » Cette opinion, en ce qu’elle a de trop absolu, a été refutée par M. Depaul, et par M. Richet qui a discuté longuement 107 observations de M. Boulard, 37 de F. A. Aran, 55 de M. Lala, auxquelles il ajouta 90 observations personnelles.

Quoi qu’il en soit, les déplacements que nous venons de signaler sont souvent passagers et transitoires ; ils peuvent même disparaître sous l’influence de la gestation. Mais, s’ils persistent, on observe souvent des accidents sérieux qui mettent en péril les jours de la mère et de l’enfant. De ces accidents de la grossesse, la rétroversion est, sans «

1. Lala. Essai sur les déplacements de l'utérus. Paris, 1857.

2. Piachaud. Des déviations de l’utérus à l'état de vacuité. Th. Paris, n° 76, 1852.

3. Boulard. Quelques mots sur l’utérus, Th. Paris, n° 87, 1853.

contredit, un des plus intéressants, soit par sa gravité que nous venons de signaler, soit par son peu de fréquence, qui complique les difficultés du diagnostic et peut aisément surprendre l’expérience du médecin. Je m’attacherai uniquement à l’étude de la rétroversion de l’utérus gravide.

On définit la rétroversion : cette variété de déviation dans laquelle la totalité de l’organe s’est déplacée dans l’excavation pelvienne en pivotant sur son axe transversal, de façon que le fond se dirige plus ou moins en arrière et en bas dans la courbure du sacrum, tandis que le col est plus ou moins porté en avant et en haut vers la symphyse du pubis. On ne peut faire l’histoire de la rétroversion sans étudier aussi une forme insolite de l’utérus, que M. Depaul a très-bien fait connaître et qui a été décrite sous les noms d 'obliquité postérieure, situs obliquus posterior uteri gravidi, de dilatation sacciforme du segment postérieur de la matrice, de rétroversion partielle de cet organe.

Je ne suivrai pas l’ordre généralement adopté et ne rechercherai les causes de la rétroversion qu’après en avoir étudié les symptômes, la marche, le diagnostic, l’anatomie pathologique. Je crois que ces connaissances sont indispensables lorsqu’on veut se rendre compte du mécanisme delà rétroversion. En s’occupant d’abord de l’étiologie, sans connaître comment se comporte la maladie, on risque d’obéir surtout à des vues de l’esprit et de négliger l’enseignement précieux des faits ; en raisonnant sur la réalité des choses, on a plus de chances de ne pas s’égarer et de ne pas subir l’influence d’idées préconçues.

Je consacrerai quelques pages à ^historique, qui offre dans cette question un intérêt particulier.

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