HISTORIQUE
De tout temps, les accoucheurs ont connu les déplacements de la matrice.
Divers passages des livres hippocratiques en font mention; mais, non content de signaler les véritables déviations de l’utérus, le père de la médecine attribue à l’organe gestateur la faculté de voyager dans la cavité abdominale et même au-delà en produisant des désordres nombreux et variés, dont quelques-uns ne sont évidemment autre chose que des phénomènes hystériques : * At quicumque ab « utero morbi contingunt, hoc est cum uteri moti loco fue- « rint... Ii aliàs alio irruunl ; quocumque aulem irruerint,
t eo vehemenler dolores feruntur Quod si uteri circa lie-
« par ac præcordia diutius immovenlur, mu lier suffocatur » (de morbis mulierum, lib. I et II) . Certains passages paraissent cependant plus scientifiques et semblent se rapporter à la rétroversion : « Si uteri ad medios îumbos luerint, dolor « imum ventrem, deinde crura detinet, cumque ventris « onus deponit acutiores suboriuntur, stercusque non nisi « vi progreditur, urina guttatim fertur, et animo liquitur » (de natura muliebri).
OEtius (quatrième discours de Tétralogie, chap. 77, Artismedicœ principes, t. II), signale nettement, d’après Aspasie et Philumène, l’existence de la rétroversion ; il en
décrit les symptômes : rétention de l’urine, des fèces, des gaz; il conseille, pour la combattre, l’emploi du tampon rectal.
Mais, dans toutes ces descriptions, il s’agit de l’utérus à l’état de vacuité ; la rétroversion de la matrice pendant la grossesse n’est signalée dans aucun des auteurs anciens pas plus que dans les œuvres d’Ambroise Paré (i), de Littré (2), de Fabrice d’Aquapendente (3), de Morgagni (4). Le renversement en arrière de l’utérus non gravide est décrit par ces auteurs sous des noms divers : cantorsio, aversio, reclinatio uteri, retropulsio versus anum.
Cette lacune des anciens offre son intérêt et doit être signalée ; ils pratiquaient le toucher comme nous et auraient pu, ce me semble, connaître une affection qui a dû offrir de tout temps la même fréquence et la même gravité. 11 est de fait que, dans bien des cas, les anciens ont fait preuve d’un sens clinique très-développé, et s’ils ont souvent erré sur l’interprétation des faits, ils n’en ont pas moins laissé, de certaines maladies, de certains états, des descriptions auxquelles il n’y a pas eu grand’chose à ajouter. On peut donc à bon droit s’étonner de ne trouver, avant le siècle dernier aucune description se rapportant à l’histoire de la rétroversion utérine pendant la grossesse.
Signalons pourtant quelques lignes écrites, en 1628, par
1. Ambroise Paré. Livre de génération, ch. 52, 1570; éd. Malgaigne, 1842.
2. Littré. Histoire de U Académie des sciences de Paris , 1704.
3. Fabrice d’Aquapendente. De chir. opérât ., ubi de titiis quorum causa feminæ connubium non adrnittit.