Bulletin de V Académie de Méd
une femme de 38 ans, ayant eu quatre couches pénibles et terminées par le forceps ; elle était au troisième mois de sa sixième grossesse. A la suite d’un voyage fatigant sur une charrette, elle avait été atteinte d’une péritonite qui avait passé à l’état chronique et causait encore des douleurs vagues et assez irritantes dans plusieurs points de l’abdomen. En la visitant, Capuron trouva le ventre, les lombes, les membres inférieurs gonflés, infiltrés. La cavité du petit bassin, au-dessous de l’angle vertébral, était occupée par une tumeur volumineuse, arrondie, molle, où l’on distinguait le ballottement d’un corps, que l'on ne pouvait prendre que pour un fœtus. Le col de l’utérus était relevé si haut derrière la symphyse des pubis qu’il était presque inaccessible ; il avait la forme d’un petit entonnoir, où, malgré la longueur de son doigt, il ne put introduire que l’extrémité de la première phalange. A ces signes, il crut reconnaître très-distinctement la rétroversion de l’utérus. D’ailleurs, la suppression presque complète de l’urine et des selles le confirmèrent dans cette opinion. Mais différentes tentatives de réductions furent infructueuses.
Le cas étant grave et urgent, on appela les praticiens les plus renommés : Dupuylren, le prince des chirurgiens; Lisfranc, son élève et son émule; Antoine Dubois, le nestor des accoucheurs; Maygrier, ancien professeur d’accouchements. Tous partagèrent l’avis de Capuron; ils tentèrent en vain de réduire et finirent par proposer la ponction de l’utérus, qui fut exécutée par Maygrier, au moyen d’un trois-quarts recourbé. 11 ne sortit par la canule qu’une matière peu liquide, d’un jaune-verdâtre, presque sans odeur. La réduction ne fut pas plus facile qu’avant l’opération. La, malade fut dès lors abandonnée. Presque à l’agonie, elle fit encore appeler Capuron à cause d’un sentiment de pesanteur et de douleur qu’elle éprouvait au fondement : on reconnut alors que la tumeur intra- pelvienne avait changé de place, et que le fœtus qu’elle renfermait s’était créé une route insolite à travers le colon jusqu’à la portion du rectum qui répondait au vagin. Cet avorton sortit, et la mère ne tarda pas à succomber.
A l’autopsie, on trouva l’abdomen rempli de pus mêlé de flocons albumineux. A l’entrée du petit bassin était une tumeur d’un gris-
jaunâtre, de la grosseur de deux poings, et très-adhérente à la partie inférieure de la colonne rachidienne. En l’ouvrant, on aperçut la surface baignée et tapissée d’une matière semblable à celle qui était sortie par le trois-quarts, dont on reconnut la piqûre. A gauche exis^ tait une ouverture d’un pouce et demi de diamètre qui communiquait avec le colon et avait donné passage au fœtus. L’utérus, aplati, était derrière et en haut de la symphyse pubienne. Ces recherches nécroscopiques ne firent que confirmer l’existence d’une grossesse extrautérine et pelvienne, que tout un congrès de médecins, de chirurgiens et d’accoucheurs avait méconnue et prise pour une rétroversion de l’utérus.
L'erreur était aussi très-difficile à éviter dans le cas suivant.
Observation L
La nommée R..., entre à l’hôpital Beaujon, service de M. Dolbeau. Femme bien constituée, ayant eu, il y a deux ans, une grossesse terminée à la fin du huitième mois par la naissance d’un enfant mort. Nouvelle grossesse en septembre 1873. Malaise habituel, quelques vomissements, syncopes fréquentes, douleurs peu intenses, continuelles, présentant des exacerbations dans les reins et le bas-ventre. Le ventre se développe peu à peu, mais d’une façon qui n’est pas en rapport avec la marche de la grossesse. De plus, sensation de pesanteur trèsmarquée dans le bassin, et dès les premiers temps de la grossesse, gêne très-grande pour aller à la selle. En février 1874 dysurie intense. Un médecin ordonne des diurétiques. Les troubles augmentant, la malade entre à l’hôpital le 30 mars. La malade n’a pas uriné depuis douze heures ; cathétérisme difficile, donnant issue à une grande quantité d’urine trouble. La rétention persistant, on doit sonder deux fois par jour avec une sonde de gomme.
Par le palper on constate une tumeur présentant assez exactement les caractères d’un utérus gavide, mais restant à trois travers de doigt
1. Depaul, De la grossesse extra-utérine péritonéale, Ann, Tocolo gie , 1874.
au-dessous de l’ombilic. Au toucher, on sent le col porté très-haut, tout-à-fait en avant. Il est appliqué contre la symphyse, sur laquelle il comprime le col de la vessie qui semble aussi refoulée en haut. En arrière du col, tumeur considérable, arrondie, lisse, séparée du col par ira sillon transversal profond, présentant exactement, par son volume et sa situation, les caractères d’une hématocèle rétro-utérine. M. Dolbeau sent nettement le fœtus remuer dans cette tumeur. A l’auscultation, on entend les bruits du cœur à gauche et un peu au-dessous de l’ombilic. — Vers le 15 avril, on n’entend plus les bruits du cœur ; lâ femme ne sent plus remuer. A partir du 15 août, les phénomènes locaux persistant, on constate une altération de la face et un ensemble de phénomènes généraux qui semblent indiquer un trouble profond de l’économie, en particulier une exacerbation des douleurs, qui rend l’examen de plus en plus difficile. Cependant M. Charpentier put examiner deux fois la malade. Un premier examen lui fait constater, au moyen de l’auscultation, du palper, du toucher vaginal et rectal les phénomènes signalés plus haut. Le col est à peu près inaccessible ; il semble pourtant que l’on atteint une des lèvres du col ramolli, accolée à la paroi antérieure et latérale de la tumeur. Diagnostic : Rétroversion utérine.
Quinze jours après, nouvel examen. Mêmes phénomènes de dysurie et de rétention des matières fécales. Le toucher rectal donne les mêmes symptômes que lors du premier examen. Le toucher vaginal est difficile. La masse donne tout à fait la sensation de la présentation céphalique chez les primipares, et M. Charpentier n’hésite pas à déclarer qu’il sent la tête. En présence de ces accidents, la grossesse paraissant arrivée à 6 mois 1/2, 7 mois, M. Charpentier se pose le diagnostic suivant : Rétroversion utérine ou dilatation sacciforme de la paroi postérieure de l’utérus; l’enfant se trouvant placé de telle façon que sa tête repose dans le vagin, dans le cul-de-sac formé par la paroi postérieure de l’utérus dilaté, le tronc et les membres inférieurs se trouvant logés dans la partie antérieure de l’ulérus, cette partie antérieure étant celle que l’on sentirait par le palper abdominal : le col se trouvant ainsi refoulé àdroiteet latéralement dans le sillon forrtté par la flexion de l'utérus
qui se serait coudé sur lui-même. '