Diday, Gazette hebdomadaire
les soins que nous avons passés en revue, auront été impuissants et cependant les symptômes s’aggravant, la femme paraîtra vouée à une mort certaine. Heureusement, la nature, en pareil cas, nous montre souvent elle-même la conduite à tenir et la marche à suivre ; lorsque les femmes atteintes de rétroversion de l’utérus gravide ont échappé à la mort, sans que la réduction ait été obtenue, c’est à l’avortement qu’elles ont dû leur salut; c’est donc à l’avortement provoqué que l’accoucheur devra s’adresser en dernier ressort lorsque toutes les autres tentatives auront été impuissantes.
Je n’ai point à démontrer la légitimité de cette opération ; elle me paraît évidente. « Qu’est-ce que la perle d’un embryon à peine formé, comparée à la mort de la mère, qui arriverait infailliblement si la matrice était irréductible » ? s’écrie Gapuron, défenseur pourtant et protecteur du produit de la conception.
Nous avons vu, que dans un cas où la situation était des plus graves, Velpeau perfora accidentellement se membranes, et provoqua la fausse couche, ce qui sauva les jours de la malade. Roux {Acad, de médecine 1835) rapporte que dans un cas de rétroversion irréductible, Viranus, en désespoir de cause, se décida à pratiquer l'avortement au moyen de l’éponge introduite dans le col. Deux jours après l’expulsion du produit eut lieu, et les symptômes prirent dès lors., un aspect favorable. Le fait suivant nous montre un cas heureusement rare de rétroversion de l’utérus gravide, et une guérison inespérée après un avortement provoqué dans des conditions exceptionnellement mauvaises. J’en dois la communication à M. le
Dr Lafforgue, professeur d’accouchements à l’Ecole de Médecine de Toulouse, je le prie d’agréer l’expression de ma reconnaissance.
Observation LXXV
Une femme de 30 ans, robuste, enceinte de trois iriois et demi, fait un effort violent pour soulever une corbeille pleine de linge mouillé et la mettre sur la tête. Cette corbeille très-lourde était placée sur le sol ; en se relevant et au moment où elle élevait la corbeille, elle poussa un cri violent et retomba dans le lavoir. On vient à son secours; elle ressentait une si forte douleur dans le bas-ventre qu’elle ne put se redresser. Apportée chez elle, cette malheureuse femme était en proie à des douleurs intolérables ; les calmants ordinaires ayant échoué, elle fut conduite deux jours après l’accident, à la Maternité.
La matrice rétroversée était enclavée dans l’excavation du bassin ; tous les moyens de réduction échouèrent; cependant les accidents s’aggravaient : vomissements, rétention d’urine, fièvre, etc.... Le cinquième jour, j’appelai en consultation les chirurgiens de l’Hôtel - Dieu, Yiguerie et Estévenet; ils furent d’avis qu’il ne restait d’autre ressource que de provoquer l’avortement. J’attendis encore deux jours : l’état de la malade était devenu alarmant. En présence d’une situation aussi grave, mes collègues qui avaient, à leur tour, tenté inutilement la réduction, furent unanimes pour reconnaître qu’une seule chance restait contre une mort prochaine : l’avortement provoqué.
Il fut pratiqué, de concert avec Estévenet, au moyen d’une sonde introduite dans la matrice et perforant les membranes. La fausse couche eut lieu, sans amener d’accident grave. Pendant plusieurs jours nous désespérâmes de cette intéressante malade ; mais après l’expulsion complète de l’embryon et du délivre, une amélioration se produisit et après trois mois de soins, cette jeune femme sortait de l’Hôtel-Dieu complètement rétablie.
Dans certains cas, où l’avortement a paru impossible à
provoquer, quelques auteurs Syms, Hunier, Gapuron, Murat,., conseillent la ponction de l’utérus par le vagin ou par le rectum. Malgré quelques cas de guérison obtenus par cette méthode, c’est un moyen que M. Depaul repousse absolument. * Les conséquences de cette intervention chirurgicale sont aussi redoutables que celles de la rétroversion abandonnée aux seuls efforts de la nature » (Dehous).
Je me contenterai de citer la symphyséotomie proposée par Purcel,Baumgarnter, Jahn, et fortement recommandée par Gardien ; personne ne songera à en faire l’application pas plus que de la gastrotomie conseillée par Callisen (Système de chirurgie, Hambourg 1822).