RÉUNION DES TENDONS PAR UN TRAVAIL ADHÉSIF (RÉPARATION
Dans ce chapitre, il s'agit d'un autre mode de réunion que celui dont il a été question ailleurs. Cette fois la réunion est due au produit de nature plastique fourni par la gaine, ou bien à un travail inflammatoire et à un dépôt de fibrine spontanément coagulable.
La régénération d'un tendon suppose toujours une gaine vasculaire. Sans celle condition, il ne peut y avoir que réparation. Cela est si vrai que, lorsque la gaine du tendon d'Achille es' complètement coupée, il n'y a pas de régénération possible, le sang n'étant plus contenu dans le canal qu'elle représente.
Il est donc bien important, pendant la section du ten-
don, de ponctuer seulement la gaine sans la diviser largement, afin de retenir le sang dans son intérieur. C'est d'ailleurs la disposition de la gaine qui donne la forme au tendon.
Nous avons vu des cas dans lesquels, après l'opération ténotomique, les parois de la gaine se rapprochaient, se recollaient et représentaient une véritable bandelette fibreuse. Ce recollement s'était fait au moyen de la lymphe.
Ce qui précède arrive donc lorsque la gaine ne contient pas de sang. Il faut s'attendre alors à une réunion par le moyen de la lymphe plastique, qui rétablit la continuité entre les bouts du tendon et le reste de la gaîne.
Ce mode de réunion, que j'ai désigné encore sous le nom de cicatrisation plastique, peut avoir lieu et a souvent lieu chez les animaux, sans indices de véritable inflammation.
Il est difficile de comprendre que les pathologistes aient nié la possibilité de la réunion des tendons sans suppuration. Évidemment, cette opinion provenait, non de l'observation, mais de l'idée, acceptée à priori, sur la nature du tissu tendineux et sur son manque de vitalité; car l'expérience montre que la cicatrisation s'opère ici comme dans les autres organes.
11 ne sera pas sans intérêt de dire un mot de l'ouvrage de Garengeol, relativemenfà la division et à la réunion des tendons (1). Garengeot fait connaître l'opinion de son temps et s'appesantit surtout sur l'excès de sensibilité de ces organes. Il ne manque pas, comme on le verra par une courte analyse des passages qui ont rapport à ce sujet,
(i) Traité des opération th chirurgie, Paris, 1731, 2f édition.
t PAR UN TRAVAIL ADHÉSIF KT PAR ROUnOEONNEMENT. 17*
d'anéantir la douleur par la section complète, et Ton verra en même temps qu'il conseille une suture grossière qni comprend à la fois la peau et les tendons.
C'est en 1731 que, dans la deuxième édition de Garengeot (J), se trouve mentionné ce dont je vais donner une courte analyse. Il y a par conséquent cent trente et un ans qu'il a exposé ces erreurs scientifiques : « Los arcidenls qui » suivent les plaies des tendons sont très-funestes, et diffè-
> rent suivant les différentes solutions de continuité. Par 1 exemple, si les douleurs d'un tendon piqué ou déchiré » sont si véhémentes et menacent même de la mort, comme » on l'a vu arriver, et que selon l'avis de tous les honschi- » rurgiens, on coupe entièrement le tendon, alors on voit » tous les symptômes fâcheux cesser, et le malade repren-
> dre son calme ordinaire; ce qui fait voir que la section * totale du tendon est, de toutes les indispositions qui peu- » vent arriver à cette partie, celle qui est le moins suivie
> d'accident.
> Au contraire, lorsque le tendon est déchiré ou à moitié » coupé, piqué ou contus, on voit survenir au malade des* j> douleurs très-violentes, une lièvre continue, le" délire, » des convulsions ou d'autres accidents très-fàcheux.
> Comme le tendon est un organe élastique et toujours » tendu, il est susceptible des moindres secousses, et conj> séquemment de vives douleurs. Et comme libres qui » restent d'un tendon à demi coupé ne peuvent résister que » faiblement à la violente contraction du muscle, à cause » qu'elles ont perdu celles qui partageaient avec elles une » partie de l'effort qui causait leur résistance, il ne peut » manquer de se faire des reflux violents et fréquents vers
I ) Tome II, chap. vu. p. 261 et 262.
» le cerveau, suivis sur-le-champ d'un retour d'esprit dans
> la partie blessée, ce qui doit causer des douleurs très-
> aiguës qui augmenteront a mesure que le tiraillement » deviendra plus considérable. »
Suivent des considérations sur la manière dont le reflux des esprits peut occasionner la fièvre, le délire, les convulsions (p. 26A) :
« Si le tendon est piqué, la douleur se fait sentir non- » seulement dans l'endroit de la solution de continuité, » mais encore aux parties très-éloignées. Par exemple, si » le tendon du muscle profond fléchisseur des doigts est » piqué à l'extrémité du doigt, on sentira de la douleur » tout le long de la main, de l'avant-bras, et jusqu'au con- » dyie interne de l'humérus, où ce muscle a son attache j» supérieure. Et comme les fléchisseurs de l'avant-bras » viennent s'insérer prés de l'attache supérieure de ce
> muscle, il est clair qu'il leur communique son inflamma- 9 tion ; et voilà la raison pour laquelle on sent de la douleur j» à l'épaule et sous l'aisselle, que les glandes qui sont dans
* celte partie se gonflent et se disposent à former des abcès. » Quand le tendon est contus, le sang et la lymphe qui » s'épanchent dans l'intervalle de ses libres, fermenteront, » leurs sels se dégageront, deviendront plus grossiers, et, » par conséquent, plus capables d'irriter les fibres tendi- » neuses. Et comme j'ai dit qu'elles sont très-susceptibles
* de trémoussement à cause de leur tension, il suit que la p douleur et les accidents deviendront considérables dans la » contusion du tendon. »
A propos du pronostic des plaies des tendons, qu'il considère comme dangereuses, pouvant être suivies d'abcès, de cicatrices douloureuses, etc., Garengeot dit (p. 2<M) :
t Quanl à la cause de ces maladies, les anciens ne vou-
» laient pas que les tendons se fussent réunis, à cause, » disaient-ils, que les parties étaient spermaliques; et, » entraînés par ce même paradoxe, ils disaient que les plaies » du tendon d'Achille étaient mortelles. Mais ces parties » étaient nourries du sang comme toutes les autres; et les • os et les cartilages qui ont encore plus de solidité se » réunissant, il est d'une suite nécessaire que les tendons » se réunissent. •
Suit une observation qui prouve que les plaies du tendon d'Achille ne sont pas mortelles.
Puis, dans les cas de plaies des tendons, si la section est incomplète et qu'il y ait des accidents généraux graves, Garengeot conseille de compléter la section.
Si la section est complète, il considère deux cas :
t 1° Réunir, si la section est nette et les bouts coupés » sains;
» 2° Attendre et laisser suppurer, si les bouts coupés » sont très-écartés par suite de perte de substance, et qu'on /ne puisse pas les rapprocher; de même, si les deux bouts, » bien que pouvant se rapprocher, sont contus. Dans cer- » tains cas (extenseurs des doigts), on peut se dispenser de » réunir, et traiter par la position. >
A l'article Opération de la section des tendons (p. 272), Garengeot conseille la réunion à l aide d'un fil double, traversant une lèvre, peau et tendon, puis l'autre, tendon et peau, de manière que les extrémités des tendons empiètent l'une sur l'autre. Le fil est assujetti par une cheville sur chaque lèvre. Il recommande ensuite une position appropriée au tendon.
Toutes les fois qu'un tendon est coupé, et que celui-ci est recouvert par une mince gaîne qui lui adhère fortement, il ne faut plus espérer qu'elle serve à quelque chose dans
la forme de la cicatrice des bouts du tendon, parce qu'elle se retire avec eux. L'intervalle est donc occupé par du sang et du tissu cellulaire, et ce n'est plus que par la contiguïté du sang avec les deux bouts du tendon que la réunion peut se faire.
En peu de mots nous examinerons comment les tendons peuvent être divisés, et ce qui se passe alors. Deux cas peuvent se présenter : ou bien le tendon a été divisé sans lésion de la peau, ou bien elle a été accompagnée de la division de telle membrane. C'est dans le premier ras surtout qu'on a vu la réunion s'opérer par un simple travail adbésif et, pour ainsi dire, sans traces d'inflammation. La continuité se rétablit par le dépôt enlre les deux bouts divisés d'un liquide plastique fourni par la gaine tendineuse, el par une certaine quantité do fibrine venue du sang luimême.
Dans le second, il semble qu'à cause de la division de la peau, il devrait y avoir nécrose du tendon ; mais l'expérience prouve que, soit à cause de la protection fournie par la gaîne, soit à cause du défaut de parallélisme entre la plaie du tégument et celle du tendon, celui-ci est préservé, et la continuité se rétablit par l'inflammation subséquente, ou même par une exsudation fibrineuse. Je vais en rapporter un exemple, dans un cas de division incomplète du tendon d'Acbille par une balle qui, après s'être amortie contre un obstacle, était venue produire cette blessure par ricocbel.Les accidents survenus pendant le traitement n'ont pas tenu à la lésion du tendon; ils ont été le résultat d'un érysipèle provenant d'une cause épidémique, et la plaie extérieure a pu seulement déterminer le siège de cette inflammation diffuse.
Voici le fait :
Obs. I. — Section incomplète du tendon d'Achille pur arme ù feu. — Whinion par première intention. — Le nommé Arsène Jollin, garde-mobile, âgé de vingt-neuf ans, entre le 123 juin 1848, à l'hôpital Saint-Louis. Ce malade présente à la partie postérieure de la jambe gauche, au point où le tendon d'Achille va s'épanouir dans les fibres charnues des muscles du mollet, une petite plaie linéaire qu'il croit avoir été produite par une balle. Du reste, quoiqu'il ait été apporté à l'hôpital, il déclare qu'après avoir reçu cette blessure, il a pu marcher encore pendant un certain temps. En examinant celte blessure, on aperçoit une plaie transversale, de la largeur de 2 centimètres environ, sans bords mâchés; «le sorte qu'on la dirait produite plutôt par un instrument tranchant que par un corps contondant.
Dans le fond de celte plaie, on voit le tendon d'Achille qui est à demi coupé dans son épaisseur; quelques-unes de ces fibres nacrées font saillie à travers la solution de continuité.
Le 25 juin, on applique un coussinet, une attelle sur la face antérieure de la jambe et du pied, de façon à obtenir une extension permanente du pied sur la jambe. (Cataplasmes froids; saignée du bras; diète.)
30 juin. — La plaie s'est réunie par première intention. On remplace l'appareil à extension par un autre plus simple qui consiste dans l'application d'une bande fixée à l'extrémité du pied, d'une part, et à la cuisse, de l'autre; de sorte qu'elle représente la corde d'un arc qui serait formé par la cuisse et la jambe lléchies l'une sur l'autre.
à juillet. — Un mouvement fébrile avec frisson s'est montré. Embarras gastrique. La plaie est cicatrisée, mais autour on aperçoit plusieurs points érysipélateux. (Onctions avec la pommade au nitrale d'argent; dicte.)
5 juillet. — Nouvelle onction avec la même pommade.
L'érysipèle s'est étendu en haut et en bas, et remonte tout près du genou.
9 juillet. — Les accidents fébriles ont diminué , mais l'érysipèle est devenu phlegmoneux. On est obligé de pratiquer deux larges incisions.
12 juillet. — Le membre est moins gonflé; le malade est dans de bonnes conditions. (Trois portions d'aliments.)
29 juillet. — Le malade a été pris hier d'un mouvement fébrile avec frisson. On pratique deux incisions au-dessus de la plaie pour ouvrir un nouveau foyer. (Cataplasmes.)
à août. — Le malade est aujourd'hui à qualres portions. Pas de lièvre. Les foyers se vident. Un peu de rougeur audessus de la plaie; c lle-ci ne forme plus qu'une cicatrice linéaire.
Lorsque la peau étant largement divisée, il y a en même temps section complète du tendon, la réunion par première intention et sans suppuration peut encore avoir lieu, bien que les bouts ne soient pas rapprochés d'eux-mêmes, comme dans les divisions incomplètes. Dans ces cas, l'art peut intervenir très- efficacement pour rapprocher les bouts écartés et faciliter la réunion par inflammation adhésive. Ainsi, MM. Houx, Gensoul, etÀcher(l), ont démontré par des faits les avantages delà suture en pareil cas. J'ai obtenu, de mon côté, des résultats semblables. Seulement, je me suis assuré qu'il faut d'avance s'attendre à des eflets trèsdifférents, suivant la nature des tendons : ainsi, tous les tendons lisses et polis se refusent à la réunion par la suture. Il n'y a de réunion à attendre que pour les tendons vasculaires et pourvus d'une enveloppe cellulaire.
Obs. 11. - Plaie profonde de la face doi%sale de la main
(1) Thèse, 1837.
avec division des tissus et des tendons de Cextemeur commun du médius et de l'annulaire. — Opération. — Gwhrison. — Le nommé Jost (Henri), bardeur, âgé de vingt-cinq ans, est entré le 26 juin 4857 à l'Hôtel-Dieu, salle Saint-Côme, n° 38.
Plusieurs ouvriers étaient occupés à soulever des pierres sur un chantier de construction, lorsqu'un malencontreux voisin laisse tomber son cric sur la main gauche de Jost, qui ne lâcha cependant pas le sien pour épargner à son voisin de droite un semblable malheur. Il fut fortement blessé à la face dorsale de la main gauche, sur la région métacarpienne, à peu près en regard des articulations du médius et de l'annulaire avec les métacarpieus respectifs. La plaie intéressait à peu près toute la profondeur de la face dorsale, et les tendons de l'extenseur commun du médius et de l'annulaire étaient contus et sectionnés. La plaie fournit du sang. Après avoir tenu sa main pendant vingt minutes dans un seau d'eau froide, il vient à l'Hôtel- Dieu, 26 juin 1357. On constata : 1° l'existence de la plaie; 2J l'engorgement de la main et de l'avant-bras gauche; 3° un écoulement sanguinolent ; 4° l'engorgement des ganglions de l'aisselle.
La plaie, dont la profondeur peut être appréciée par les désordres graves signalés plus haut, présentait des lèvres écartées et inégales, éloignées de 12 millimètres. Un peu oblique au plan des articulations du médius et de l'annulaire, elle était par l'une de ses extrémités à la dislance de 1» millimètres de l'annulaire, et par l'autre à 35 millimètres du médius. Sa longueur était de h centimètres.
Les extrémités supérieures des tendons intéressés avaient subi un mouvement de retrait, et les inférieures débordaient.
ISA , DE LA KÊtMON DES TENDONS
M. Joberl pratiqua, à la visite du matin, la suture entrecoupée des tendons ; un point de suture pour ramener au contact les extrémités de chaque tendon divisé; en tout, deux points de suture. Pour cela, l'opérateur place la main et l'avant-hras dans l'extension complète, et, prenant de petites aiguilles en fer de lance légèrement courbées à la pointe et bien acérées, il passe des fils ordinaires à à ou 5 millimètres des tendons inégalement divisés. Il a soin, en perçant les tendons, de ne pas couper en travers les fibres tendineuses parallèlement disposées. Dans ce but, il conduit Taxe qui passe par les deux tranchants de l'aiguille parallèlement à la direction des fibres.
De plus, chaque anse de fil comprend les deux bouts des tendons. Après avoir noué les fils, le chirurgien en coupe un de chaque nœud, et ramène l'autre, par le rayon le plus court, à la surface des téguments.
Puis, M. Jobert réunit les bords de la plaie au moyen de trois épingles, qu'il fixe convenablement à l'aide d'un fil ciré. Le pansement se fait avec de la charpie trempée dans du vin aromatique.
Le membre est immobilisé et placé sur une palette de bois ; le tout est maintenu par un bandage faiblement serré. Le malade fut saigné et mis à un régime sévère.
Le 29 juin, les fils qui rapprochaient la peau furent coupés et bientôt il survint un relâchement.
Comme il existait de l'œdème, des compresses trempées d'eau-de-vie camphrée furent appliquées, un purgatif fut administré.
Le 30, le trouble fonctionnel qui s'était montré depuis quelques jours et qui tenait à un état général épidémique, diminua. On vil successivement disparaître l'œdème, quelques routeurs partielles, el les lèvres de la plaie perdirent
rAR UN TRAVAIL ADHÉSIF ET PAR BOURGEONNEMENT. 185
leur tuméfaction. La suppuration fut presque nulle, et bientôt les (ils qui fixaient les tendons tombèrent par une simple traction exercée sur eux.
Le 8 juillet, la cicatrisation de la plaie des téguments était complète, et ce ne fut cependant que le 15 du même mois qu'il fut permis au malade de fléchir et d'étendre le médius et l'annulaire ; ces mouvements s'exécutèrent sans difficulté. Jusqu'au 15 juillet , Josta eu la main soutenue par une palette ; elle n'a pas été un seul instant abandonnée, et les pansements ont été rares. Ce malade est sorti le 17 juillet de l'hôpital. Le rétablissement des fonctions des doigts était complet. Le médius et l'annulaire s'étendaient à des degrés variables, selon la volonté du malade. Une cicatrice linéaire transversale, rosée, existait à la face dorsale de la main. La cicatrice avait à millimètres de largeur et plus de h centimètres de longueur. 11 n'existait aucune difformité, si ce n'est un léger relief à l'endroit où la suture des tendons avait été faite et où ils avaient été mis en contact.
Il y a donc eu séparément suture de la peau et suture des tendons. On lira avec intérêt le passage suivant emprunté au travail de M. Acher, sur la suture des tendons.
« Je l'ai vu employer pour la première fois par M. (.ien- » soul, chirurgien en chef de l'IIôtel-Dieu de Lyon. Le » malade sur lequel il a opéré était un menuisier qui s'était » coupé le tendon extenseur de l'annulaire de la main > gauche, en aiguisant le fer d'un rabot. Cet homme ne » fut pas admis à l'hôpital, alors encombré de malades. Je » n'ai donc pu suivre les progrès de la guérison et obser- » ver tous les moyens qui ont été mis en usage pour aider » au succès. Tout ce que je sais de ce malade, c'est que je b l'ai revu un mois après à l'Hôtel- Dieu, parfaitement
» guéri et se servant de sa main comme avant l'accident. • Ce fait avait vivement piqué ma curiosité et jeté quelques » doutes dans mon esprit sur la théorie à laquelle j'avais » ajouté jusque-là une si ferme croyance.
» L'occasion de m'éclairer me fut bientôt fournie par un » jeune militaire de la nombreuse garnison qui occupait » alors Lyon. Ce jeune homme avait reçu dans un duel un » coup de sabre sur le dos delà main droite. La plaie était » oblique et peu profonde. La seule partie importante qui » avait été blessée, était le tendon du méilius coupé dans » toute son épaisseur, à environ quatre lignes de l'articulat lion du métacarpe avec la première phalange. Rien ne » s'opposait à l'action du muscle fléchisseur ; le doigt raé- » dius était fortement fléchi dans le creux de la main, et
> certainement ici la nature n'aurait jamais produit le re- » dressement de cette difformité ; car l'écartement des » deux bouts était énorme, la portion musculeuse du muscle » ayant, par sa contraction, fait remonter le bout supérieur » jusqu'au niveau du ligament annulaire qui s'est sans doute » opposé à un écartement plus grand encore, et le bout in- » férieur étant en bas par la forte flexion dans laquelle le » doigt était porté.
» De la sorte, il y avait un écartement de près de trois » pouces entre les deux extrémités coupées. Craignant » qu'un délai de plusieurs heures ne rendit l'opération
> beaucoup plus difficile, je me déterminai à la pratiquer » tout de suite, sans attendre M. Gensoul qui ne devait t venir à l'Hôtel-Dieu que le lendemain matin.
» Aidé d'un de mes collègues, j'allai d'abord à la recher-
> che du bout supérieur, qui devait être plus difficile àsai- » sir; je me servis d'une pince à disséquer ayant ses extré- » mités terminées par une tige mince. Je la lis pénétrer à
» une assez grande hauteur sous la peau du dos de la main, » dans la direction du tendon. L'introduction de cet instru-
• ment ne fut pas aussi difficile que je l'avais craint d'abord ; i car j 'étais guidé par l'espèce de canal que le tendon avait » laissé ouvert en se retirant. Je reconnus que j'étais arrivé » sur l'objet de mes recherches par la résistance que » j'éprouvais. L'ayant saisi, je l'amenai au dehors; alors, » comme je ne le tenais que d'une manière peu sûre et » tout à fait à son extrémité, je le saisis plus haut avec une » pince à pansements que je confiai à mon aide; puis, » m'armant d'une aiguille courbe munie d'un fil ciré, je i traversai le tendon dans toute son épaisseur, ayant le » soin de porter le tranchant de mon aiguille parallèlement » aux fibres tendineuses, pour éviter autant que possible » de les couper, et me contentant de passer entre elles en > les écartant. Ensuite, je redressai le doigt, et, renversant i fortement la main, je tendai à rapprocher les deux extré- » mités du tendon. Cette manœuvre seule diminuait con- » sidérablement l'écartement de la solution de continuité. » Ayant ensuite traversé avec la même précaution l'extré- » mité inférieure, je serrai mon fil suffisamment pour
• affronter exactement les deux bouts ; je fis un nœud et je t coupai les fils de très-près, décidé à le laisser dans la » plaie et à réunir par première intention. Je pratiquai
• cette réunion avec des bandelettes agglutinatives, ayant » le soin de tirer la peau du dos de la main vers les doigts » le plus qu'il m'a été possible, voulant par là éviter que » la plaie du tendon correspondit à celle de la peau et que, » la cicatrisation venant à les réunir ensemble, les mouvep ments du tendon ne fussent gênés par son adhérence à » la peau. Ayant ensuite placé une planche sous la main, î je la renversai fortement et la fixai dans cette position
» d'extension forcée au moyen de tours de bande passés sous j> les doigts et venant s'appuyer sous le coude qui était lui- » même fléchi. Par là, je détruisais complètement l'action » du muscle extenseur. Il est vrai que le fléchisseur devait
* se contracter avec plus de force; mais la planche que » j'avais mise s'opposait suffisamment à ses contractions, » et l'extenseur ne se trouvait nullement tiraillé. Cet » appareil fatiguait beaucoup le malade. Cependant il
* fut supporté pendant douze jours et renouvelé une » seule fois pendant cet intervalle. La plaie de la peau i étant réunie par première intention , et n'ayant pas » suppuré, n'avait pas nécessité de pansements plus iïé- » quents.
9 Le quinzième jour, quelques gouttes de suppuration > se firent jour à travers la plaie, et le fil sortit en même » temps. Ce petit abcès fut bientôt cicatrisé, et le malade » sortit parfaitement guéri, le vingt-deuxième jour après i l'accident. 11 se servait de sa main comme auparavant ; » le tendon que l'on sentait à travers la peau offrait une » petite nodosité à l'endroit de la réunion. »
Le procédé de suture des tendons, tel qu'il vient d'être rapporté, est tout à fait semblable au procédé des anciens ; et quoique le résultat ait répondu à l'attente de l'opérateur, il n'en est pas moins vrai qu'il expose à l'inflammation consécutive et à des abcès, par le séjour du fil, qui fait l'office de corps étranger.
Dans cette opération tout est mécanique, et l'on a réuni les bouts du tendon comme on l'aurait fait pour une autre région du corps.
Les procédés que j'ai mis en usage ressemblaient d'abord à celui-ci ; mais bientôt je compris qu'on pouvait obtenir un résultat complet sans exposer le malade à des accidents.
Dans cette opération, il n'y a pas de régénération, mais bien une simple réparation.
J'ai eu soin de ne comprendre dans la ligature que les deux extrémités de la gaine de chaque tendon, sans saisir le tendon. On peut mettre un seul fil, mais il vaut mieux en mettre deux ou trois. On consolide la suture par un simple nœud ou par un double nœud, et Ton retranche alors un fil de chaque suture. On réunit ensuite la peau par des bandelettes, et mieux par la suture entortillée.
La plaie est maintenue dans un travail adhésif par des compresses trempées dans de l'eau froide, qu'on renouvelle de temps en temps. Après la guérison, le bout supérieur a de l'influence sur le bout inférieur par la volonté , et il suffit de la continuité dans les tissus qui composent les deux bouts du tendon pour que les fonctions se rétablissent après la section. Mais, pour que les usages de l'organe soient complets, il faut que la force des muscles s'exerce à peu près sur la même longueur que dans l'état normal ; autrement ils sont imparfaits. Là où le tendon coupé se fixe, la puissance musculaire s'exerce. C'est ce que l'on observe à la suite des amputations, des extirpations, après lesquelles on voit les extrémités tendineuses s'implanter sur un os, un organe, et agir sur eux dans des circonstances déterminées.
Des phénomènes tout à fait analogues se produisent A la suite des plaies et des amputations. On voit la lymphe plastique venir à la surface d'une plaie ou d'un moignon, et, fournie par le travail inflammatoire adhésif, agglutiner le bout du tendon aux parties voisines, et bientôt, en s'endurcissant et s'organisant, le fixer solidement sur les lèvres de la plaie ou de l'un des lambeaux de l'amputation, ou bien sur les os, où il s'attache par une expansion membra-
niforme de longueur et d'épaisseur variables. Et qu'il me soit permis, sans sortir du cadre de mon sujet, d'ajouter que le chirurgien, en pareille occasion, doit savoir mettre à profit l'observation dont il s'agit et ne pas perdre de vue que, grâce à une heureuse implantation des tendons divisés sur un point des os rapproché de l'insertion pri- . mitive, ces tendons balancent l'action musculaire antagoniste, laquelle tend, lorsqu'elle ne rencontre pas d'opposition, à renverser et à déformer les membres, et va même jusqu'à produire des luxations complètes.