STRUCTURE COMPLEXE
Dans ce que j'ai h dire il ne sera plus question des tissus simples, des tissus qui se reproduisent ou se régénèrent, mais bien d'organes complexes par les éléments divers qui entrent dans leur composition,
Usera question, par conséquent, de la réunion des plaies pénétrantes du crâne, de la poitrine, de l'abdomen, et de certains organes contenus dans ces cavités.
On peut établir, en principe, que toute plaie pénétrante doit être réunie, parce qu'il n'y a pas de blessure qui soit plus favorablement disposée pour la réunion immédiate que celles dont il s'agit.
L'abondance du tissu cellulaire, le nombre des vaisseaux divisés, l'épaisseur des ebairs, l'existence de membranes séreuses qui fournissent un liquide plastique, justifient
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suffisamment l'application de la réunion immédiate aux lésions de ces diverses parties.
Que le crâne, le thorax, l'abdomen, les articulations soient ouvertes, il est urgent de réunir la plaie. Les épancheraents de sang dans )a poitrine et dans l'abdomen ne doivent, à mon avis, apporter en aucun cas un obstacle & la réunion immédiate, et c'est même le moyen d'arrêter l'écoulement du sang.
Muis on doit s'abstenir de réunir les plaies du crâne, lorsqu'un vaisseau ouvert peut donner lieu à un épanebement intra crânien lequel pourrait occasionner une compression du cerveau. C'est alors sur le vaisseau ouvert qu'il convient de porter les moyens hémostatiques.
Les moyens dont on se sert pour assurer le contact parfait des lèvres de la plaie varient suivant la cavité intéressée, l'étendue et la forme do la blessure,
Pour les blessures de la poitrine, il suffit d'un pansement méthodique et d'une compression régulière. Quelquefois la compression peut suffire ; mais, en général, c'est à la suture ontrecoupée ou entortillée qu'il faut recourir pour déter* miner sûrement la fusion des lèvres de la plaie,
A l'exception de quelques plaies par piqûre ou avec issue de l'épiploon, la suture est indispensable pour prévenir les hernies consécutives qui se montrent toutes les fois que la cicatrice des plaies de l'abdomen est largo.
Les organes creux contenus dans la poitrine et l'abdomen ne se réunissent qu'ft la condition que les lèvres de la plaie seront mises en contact dans una certaine étendue de leur surface, et ce n'est certainement que par la réunion immédiate que l'on peut prévenir la diffusion des liquides et des gaz qu'il renferment.
L'œsophage, l'estomac, les intestins se cicatrisent prorap-
tcment, quand il n'existe pas de complications, et lorsqu'on met exactement en contact leurs surfaces séreuses, ou la surface dartoïde. La trachée-artère ne se réunit pas par ses bords, et Ton ne peut espérer une réunion immédiate que par l'agglutination des deux points opposés de la gaine celluliaire qui l'entoure. Les expériences faites sur les animaux et les observations sur l'homme ne me paraissent laisser aucun doute relativement à ce résultat. Je vais rapporter une observation de plaie de la trachée, qui complétera ce que j'avais à dire de la réunion immédiate de ce conduit.
Ors. — Plaie pénétrante du cou. — Lésion de la trachéeartère. — Suture entrecoupée. — Réunion par première intention. — Guérison. — Le nommé Chopin (Nicolas) âgé de trente-neuf ans, peintre, est entré à l'Hôtel -Dieu, le 23 mai 1855, salle Saint-Côme, n° 7. Ce malade était en proie, depuis deux ou trois jours, à des hallucinations, s'imaginant qu'on l'électrisait, et croyant à tout instant que des agents de la force publique venaient pour l'arrêter. Dans un de ces moments de délire, il voulut se suicider : il prit un rasoir et se fit vers la partie moyenne du cou, une plaie transversale, longue de 5 à 6 centimètres. La plaie intéressa le tégument, le tissu cellulaire sous-jacent, les muscles et la trachée elle-même. A trois reprises il introduisit ses doigts dans la solution de continuité, espérant agrandir la plaie et arriver au résultat qu'il désirait ; mais la douleur provoquée par ces manœuvres l'arrêta. Il s'écoula une assez grande quantité de sang veineux provenant du plexus thyroïdien. Ceci se passait le 22 mai.
Les lèvres de la plaie furent réunies par deux points de suture entrecoupée, qui comprenaient la tunique externe ou dartoïde au-dessus et au-dessous de chaque lèvre du conduit aérien, et les extrémités des fils furent maintenus à
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l'extérieur. On pansa à plat, en entourant la tête d'une bande à deux chefs noués sur la partie antérieure de la poitrine, afin de tenir la tête inclinée vers le thorax. Le lendemain de son entrée, le pansement fut laisse intact, et le 24, à la visite du matin, la plaie des téguments fut réunie par trois points de suture entrecoupée, et les fils de la suture trachéale maintenus dans l'angle droit de la plaie.
Les jours suivants, une légère rougeur érythémateuse s'empara de la plaie.
Le 30 mai, le fil qui occupait l'angle droit fut enlevé, et les autres points de suture sont laissés intacts.
Le 1" juin, un peu de suppuration se montre à l'endroit indiqué ; le reste de la plaie ne suppure pas.
2 juin. Les deux autres fils sont coupés, et la réunion dans cette partie est complète.
3 juin. Apparition de bourgeons charnus à l'endroit où a été coupé le premier fil ; pas traces de pus ailleurs.
Pendant sa maladie, Chopin a encore eu des hallucinations : ainsi, un matin, à la visite, il nous affirmait voir M. Arnal, son médecin, arrêté par les agents de la police, et il demandait à sortir pour aller le délivrer.
Le malade reste à l'hôpital pendant ce mois de juin. Les bourgeons charnus, développés dans la moitié droite de la plaie, sont de temps en temps réprimés par le nitrate d'argent.
3 juillet. Les fils de la suture trachéale tombent, après quelques tractions exercées sur leurs extrémités.
7 juillet. Le malade présente l'état suivant : plaie linéaire entièrement cicatrisée ; un peu de rougeur et de dépression à l'endroit où les fils ont été passés; mouvements de déglutition à peine gênés, le malade peut manger sans souffrance aucune ; voix légèrement enrouée, mais cet enrouement
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diminue tous les jours. Le malade va et vient dans la salle comme un homme bien portant; depuis un mois environ, il n'a plus été observé chez lui le moindre signe d'aliénation mentale ; il sort guéri de l'hôpital.
Comme on le voit, j'ai pu réunir la plaie de la trachée et! me servant seulement de la tunique d'enveloppe, et en pra* tiquant la suture entrecoupée. Ce tissu a donc fait les frais de la cicatrisation, en exhalant de la lymphe plastique, qui a servi tout à la fois de moyen de réunion et de solidité, en augmentant l'épaisseur de la tunique engainante de la trachée.