SOUS-OSSEUSES
Je donne ce nom à des opérations qui ont pour but de découvrir l'os mort en faisant une perte de substance a l'os nouveau qui sert d'enveloppe à l'os nécrosé.
A l'Académie des sciences, on a beaucoup parlé, dans la nécrose, des opérations sous-périostiques pour enlever le séquestre : jamais une semblable disposition n'a existé, et c'est là une formidable erreur, car le nouvel os est toujours placé entre le périoste et l'os ancien.
Quand on pratique l'extraction d'un séquestre, au tibia, je suppose, on ne fait pas d'opération sous-périostique, comme on l'a prétendu, mais on met à nu le nouvel os pour pouvoir lui faire subir une perte de substance, afin de retirer par morceaux ou en totalité l'os mort qui s'est creusé une profonde gouttière dans le nouvel os. Il ne suffit donc pas d'un coup de bistouri, comme on le prétendait, pour retirer l'os nécrosé, car il s'arrête au nouvel os et ne peut pas parvenir à l'os mort sans l'application du trépan.
C'est donc la scie circulaire et non le bistouri qui fait une gouttière par laquelle on retire le séquestre.
Quelques mots éclairciront, je l'espère du moins, ces opérations, mal à propos désignées sous le nom de souspériostif/ues, qui, au contraire, se pratiquent dans l'épaisseur de l'os nouveau pour atteindre l'os ancien.
Comme je l'ai dit plus haut, je désignerai ces opérations sous le nom de sous-osseuses.
Autrefois, quand il s'agissait de nécroses étendues, on conseillait l'amputation du membre, ou bien encore on enlevait les tissus indurés, les trajets fistuleux, les chairs qui suppuraient, et Ton mettait à découvert une surface étendue qui était le siège d'une violente inflammation et qui occasionnait un traumatisme grave en exposant la vie du malade.
En 1836, j'ai démontré les avantages de la réunion et de la conservation des lambeaux et des chairs. Depuis ce moment, j'ai pratiqué un grand nombre de ces opérations sous-osseuses, en taillant deux lambeaux à l'aide d'une incision qui comprenait les fistules, et qui, au bas de la jambe et en haut, se terminaient par deux incisions secondaires, lesquelles permettaient une dissection facile dans toute l'étendue de la plaie, et ensuite l'application du trépan. La résection du nouvel os pratiquée, le séquestre retiré, je réunis les deux lambeaux ; je recouvre la surface avec un linge enduit de cérat, et le pansement est terminé avec de la charpie trempée dans de l'eau froide. Les lambeaux se collent sur toutes les surfaces où la réunion immédiate est possible, et les points où le trépan a été appliqué s'enflamment, suppurent, se dégorgent, et le traumatisme est modéré. Après le dégorgement arrive la formation de bourgeons et l'expulsion sous forme de disques de l'os nécrosé ; la végétation comble les espaces, et les malades se trouvent guéris avec une perte de substance plus ou moins considérable. La cicatrice est souvent linéaire, et, dans tous les cas, elle est assez épaisse pour conserver de la solidité et pour ne pas se déchirer pendant les efforts.
Ainsi, lorsque les couronnes sont régulièrement appliquées, que le séquestre a été enlevé, que la plaie n'est pas trop profonde et que du sang n'est pas versé en abondance