ET 0SSÉ0-CART1LAGINBUX
genou douloureux et la suppuration continue. (Onctions avec la pommade mercurielle.) Les symptômes vésicaux ont reparu et ont donné lieu à une rétention d'urine.
Le 2A, pouls à 120. (15 sangsues, onctions mercurielles.)
Le 26, l'état général s'améliore; le pouls ne donne plus que 96 pulsations.
Le 27 et le 28, onctions avec la pommade au nitrate d'argent.
Le 1er octobre, la malade est irritable et énervée, elle s'agite beaucoup ; pouls à 92.
Le 4, la suppuration est moins abondante, le genou moins douloureux ; la nuit a été bonne.
Les jours suivants, les douleurs diminuent sensiblement ainsi que le gonflement et la suppuration ; mais bientôt il survient une recrudescence dans tous les symptômes locaux accompagnée d'un trouble dans les fonctions de l'estomac. Le trouble est caractérisé par une douleur épigastrique et des vomissements bilieux.
Le 20, la malade prend de l'eau de Seltz qu'elle vomit immédiatement. Il se forme un abcès sur les côtés de la rotule qui s'ouvre spontanément et laisse s'écouler du pus ; mais bientôt la suppuration diminue, le genou devient moins douloureux, l'appétit se ranime., la malade reprend sa gaieté habituelle et ne tarde pas à pouvoir être transportée sur une chaise longue.
Le 15 janvier, elle se lève et marche appuyée sur ses béquilles; le membre tout entier est maintenu avec un appareil mécanique.
Enfin, le 1er février 1854, la santé générale est bonne, la menstruation se rétablit, mais le genou malade offre encore une différence de A centimètres avec le genou sain.
En dedans et vers la partie supérieure de la rotule, il
existe une cicatrice profondément enfoncée qui ne laisse plus sortir la moindre trace de liquide purulent.
Le genou n'est pas douloureux et peut même supporter une forte pression.
En explorant sa surface, on perçoit facilement, à travers les téguments, les contours de la rotule qui est mobile.
L'articulation tout entière elle-même jouit d'une certaine mobilité. Enfin, la malade commence à pouvoir marcher en s'appuyant sur la jambe.
Cette observation est remarquable par le procédé opératoire mixte que j'ai mis à exécution et par les accidents qui se sont développés ensuite.
C'est contrairement à mes principes que j'ai pratiqué l'extraction du corps étranger, car, dans la seconde catégorie, le morcellement sous-cutané est seul admis pour les corps étrangers fibrineux, charnus, fibreux et iibro-cartilagineux. Comme je l'ai trouvé, ce mode opératoire ne laisse rien à désirer sous le rapport de l'innocuité ; mais quand on combine la fragmentation à l'extraction, le danger est plus réel à cause des adhérences qui se sont établies depuis l'opération et des tiraillements qu'on est obligé
d'exercer sur les lamelles du corps étranger. D'ailleurs, cette observation fournit encore un enseignement, c'est que la portion du corps étranger, demeurée au sein des tissus, a été, contre notre attente, résorbée.
Les observations précédentes me paraissent devoir être suivies de réflexions qui sont, pour ainsi dire, le complément des recherches auxquelles je me suis livré.
Qu'apprennent les observations rapportées plus haut sous le point de vue de Tétiologie, de l'origine, du développement et de la thérapeutique des corps étrangers? Ces faits jettent-ils quelque lumière sur les résultats constants de
ET OiSKO-CARTILAGINEUX. Ô01
l'opération, et suffisent-ils pour faire connaître Jes effets thérapeutiques de l'opération?
Ils nous semblent clairement démontrer que l'inflammation de la membrane synoviale peut donner naissance à des corps étrangers intra-articulaires, par un produit fibrineux, et par conséquent être l'origine d'une tumeur de la nature de celle dont il s'agit.
Nos observations nous montrent également que le sang en nature peut être l'origine de ces corps étrangers.
La symptomatologie nous a appris que la présence da corps étranger dans l'articulation entretenait d'une maniérc constante une hydarthrose, mais les corps étranger* extra-articulaires n'y donnent lieu qu'autant qu'ils irritent la synoviale par leur volume, ou que, pédiculés, ils se glissent entre les surfaces articulaires.
Ce n'est qu'au moment où le corps étranger pédicule est poussé entre les surfaces articulaires, ou bien lorsque, mobile et osseux, il comprime dans le grand cul-dc-sac' synovial des parties sensibles et nerveuses, que les malades éprouvent de la douleur.
Les observations rapportées le prouvent. Ainsi, les corps étrangers pédiculés, sensibles par eux-mêmes, sontdoulourcux par la pression exercée à leur surface, et les corps osseux qui se développent par juxtaposition, déterminent la douleur par la pression qu'ils produisent sur les parties environnantes.
Les opérations et l'expérimentation confirment l'opinion que nous avons déjà émise relativement à la guérison des corps étrangers fibreux, fibrineux, charnus, parle morcellement ; soumis aux lois de l'absorption, ils disparaissent alors par les efforts de la nature.
Il n'en est pas de même des corps étrangers osseux ou
cartilagineux qui ne disparaissent pas par l'absorption, et ce n'est dans tous les cas qu'après les avoir changés de lieu qu'on pourrait obtenir leur disparition, ne se trouvant plus soumis aux phénomènes qui permettent aux éléments de la synovie de se déposer à leur surface.
C'est donc l'extraction qui convient à ceux-ci.
L'absorption s'exerce d'autant plus rapidement sur le corps étranger morcelé qu'il se rapproche davantage de l'étal fibrineux par sa nature; il a fallu Jiuit mois sur une de nos malades pour que l'absorption lut complète, et sur d'autres cinq mois ont sufli pour en amener la disparition totale, et quelquefois un espace beaucoup plus court a permis à la tumeur de disparaître.
L'expérience seule pouvait juger l'opération a laquelle j'ai donné le nom de segmentation, de morcellement ou de fragmentation, et désormais elle mérite de prendre rang dans la science, etd'être considérée comme efficace et inoffensive.
Le morcellement possède l'innocuité des opérations pratiquées dans un point éloigné de l'ouverture tégumentaire. Toutefois, les prévisions ne pouvaient pas suffire, mais il fallait que des opérations successives proclamassent l'innocuité d'un semblable procédé. Nos observations attestent encore l'absence de danger du séjour d'un inslrnment métallique au milieu des lésions intra et extra-articulaires. N'est-il pas curieux de voir séjourner un trident pendant vingt et trente jours dans la grande articulation du genou, sans déterminer d'accidents inflammatoires sérieux? Nous ne tairons pas cependant et nous ne passerons pas sous silence une certaine rougeur qui entoure le trident à la surface des téguments et une tuméfaction prononcée dans le trajet qu'il parcourt. Lorsqu'un travail d'irritation persisle longtemps , je retire le trident afin
ET OSSÉO -CARTILAGINEUX. 5l)3
d'éviter qu'une inflammation traumatique ne suit la conséquence de sa prolongation dans les tissus. Ces phénomènes n'ont été suivis d'aucune gravité parce que j'ai eu soin de l'enlever à temps.
Je regarde le trident comme utile seulement pendant le morcellement, parce qu'il fixe admirablement le corps étranger et qu'il permet de le détruire complètement.
A la suite de nos opérations, nous n'avons pas vu d'inflammations difluses qui pussent leur être rapportées.
Toujours à la suite de cette opération, il se fait un épanchement en dehors de l'articulation, circonscrit à la cavité dont il a été fait mention. Il est formé par le sang, la synovie et le liquide venant du corps étranger et a toujours disparu par absorption.
Enfin, nos observations mentionnent le rétablissement des mouvements, l'exercice auquel peuvent se livrer les malades, avec modération d'abord, puis avec plus de liberté, et enfin la reprise de leurs travaux.
Les faits contenus dans ce travail prouvent sans réplique qu'on évite les inflammations produites par le contact de l'air, lorsqu'on se sert d'un ténolomelong et à lame étroite en le faisant cheminer sous les téguments dans une direction légèrement oblique et qu'on a soin de laisser le trident fin, solide, pendant la manœuvre du morcellement.
Tout ce qui évite le contact de Pair, tout ce qui prévient une irritation forte, met l'articulation dans les meilleures dispositions pour que la réunion immédiate se fasse par le travail physiologique, au moyen de la lymphe, du sang ou de ces deux liquides à la fois.
Le cadre que je m'étais proposé se termine parla grande question qui a tant agité les esprits , de la réunion dans les amputations des membres.