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liberté dans laquelle beaucoup d'idiots sont laissés dans les campagnes ! Que de fois n’a-t-on pas employé leurs bras pour porter le dégât dans la propriété d'autrui, pour allumer de vastes incendies, pour immoler ou noyer de. pauvres enfants sans défense ? Même sans être stimulés à ces funestes actions, la plupart des idiots éprouvent quelquefois, par le seul fait d’une impulsion naturelle, des mouvements de colère et d’irritation pendant lesquels ils sont méchants et dangereux.
Tout le monde sait combien grande est la lubricité des idiots. Pour satisfaire leur penchant irrésistible, ils ne reculent devant aucune violence ; s'ils rencontrent quelque femme ou quelque fille à l’écart, ils l’attaquent et la rendent victime de leurs infâmes attentats. Les idiotes ne sont pas moins attirées vers les hommes, et, il faut le dire à la honte de l’espècehumaine, il est des gens assez dépravés pour oser abuser de leur ignorance et de leur faiblesse. Une foule d’enfants, nés dans ces conditions déplorables et devant devenir idiots eux-mêmes, sont le fruit de ces ignobles rapprochements.
Ce sont là des faits très graves compromettant l’ordre public, la sécurité des personnes et aussi la pudeur et le repos des familles. Nous n'avons donc pas besoin d’insister : l'isolement de ces infortunés dans des asiles est non seulement un grand bienfait pour la société, nous dirons plus, c’est une nécessité.
Malheureusement, on ne trouve qu’en très petit nom-
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bre les établissements disposant de quartiers spéciaux pour les enfants ; aussi, le plus souvent, les idiots ont-ils été placés dans les asiles réservés aux aliénés proprement dits, et parfois on pouvait voir le spectacle touchant d’un fou ou d’une folle entourant de soins et de tendresse le pauvre enfant idiot ou crétin que le hasard avait amené dans leurs préaux. Mais aussi combien, la plupart du temps, cette promiscuité n'est-elle pas pleine d’inconvénients et de périls?
Il faut donc créer des établissements Spéciaux.
Edouard Seguin (1) nous a tracé la route à suivre ; il nous à montré à quels résultats on pouvait arriver au moyen d’une certaine éducation. Non seulement on pourrait utiliser letravail des moins éducables, mais encore On pourrait en amener un grand nombre à exercer les professions de vannier, menuisier, serrurier, Cordonnier, tailleur.
Cette éducation doit être appropriée à l’état de ces organisations incomplètes. Une institution d’idiots doit être fondée d’après les données établies par la science et l'observation.
Déjà plusieurs essais ont été faits. A Bicètre, sous la direction du docteur Bourneville, fonctionne un service spécial. Dans les départements, quelques asiles ont des quartiers d'enfants. Ces dernières années des efforts ont été faits pour venir en aide à ces infortunés.
(1) Traitement moral, hygiénique et éducation des idiots et autres enfants arriérés.
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Les Conseils généraux de la Côte-d'Or, de la Loire- Inférieure, du Pas-de-Calais, de la Seine-Inférieure, de la Dordogne, du Maine-et-Loire, ont augmenté les locaux consacrés à cette œuvre de bienfaisance ; les autres, mis à l’étude la création d'établissements spéciaux. Malheureusement, les accroissements de dépenses qui vont en résulter incombent aux départements ; plusieurs plient sous le poids des charges ; aussi s’est-on demandé si l’Etat ne pouvait pas prendre l'initiative de la construction de ces établissements spéciaux destinés au traitement des épileptiques et à la garde et à l'éducation des idiots.
Déjà la Commission du Sénat avait proposé cette idée dans la rédaction de son rapport. « Il s'agissait pour l'Etat, dit M. Th. Roussel, de donner l’exemple en créant un type, commeil l’a fait pour les jeunes aveugles et les sourds-muets. Le gouvernement refusa d'adopter cette proposition. Plus tard, M. Chevandier revint à la charge: mais la Commission, tout en approuvant cette proposition, décidait que l'obligation d’assister les idiots devait incomber aux départements ; seulement, l'Etat devait accorder des subventions aux départements les plus pauvres pour l'installation de ces établissements ou quartiers d’asiles.
Nous avons indiqué plus haut que la Seine a créé à Bicêtre et dans d'autres établissements des quartiers spéciaux où sont traités près de mille enfants idiots, arriérés et épileptiques des deux sexes. Des Conseils
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généraux étudient la question. I] y a là un mouvement Spontané qu'il faut favoriser.
Certains départements hospitalisent les idiots dans les quartiers d’aliénés tranquilles ; il suffira de les admettre dans un quartier spécial. Là on pourra essayer d’éveiller en eux quelque lueur d'intelligence. A Saint- ‘ Venant, dans le Pas-de-Calais, l’instituteur vient plusieurs fois par semaine leur inculquer les premiers principes de la lecture et quelques notions d’orthographe et de calcul.
En résumé, on réserverait dans une partie de l'asile un quartier spécial pour les épileptiques et un quartier-école pour l’hospitalisation et l'éducation des jeunes idiots. Les départements riches et populeux pourraient créer seuls ou bien s'unir avec d’autres pour la fondation d’un établissement.
A l’étranger, nous avons été devancés dans cette voie : en Angleterre, depuis 4847, l'établissement d’Earlswood donne l'éducation à près de 600 idiots des deux sexes ; puis on remarque celui de Darenth, contenant un asile et une école pour 300 garçons et 300 filles imbéciles ; l’asile Royal-Albert, fondé à Lancastre. Placés sous la direction de médecins renommés, ces établissements donnent d’excellents résultats. A Earlswood, on a établi une ferme et une vacherie permettant d’initier les idiots aux travaux agricoles : de plus, des écoles complètent l'éducation des moins maltraités de la nature, de sorte qu'un certain nombre
d’entre eux parviennent, comme musiciens, dessinateurs, calculateurs, à prendre rang dans la famille humaine et à pouvoir gagner leur vie.
L’Ecosse possède aussi des établissements de même genre. On cite notamment l'asile de Baldovan, près de Dundee, fondé en 1855.
En 1876, deux célèbres médecins anglais, le docteur Shuttleworth, de l'asile Royal-Albert; le docteur Fletcher Beach, de l’asile de Darenth, ont visité aux Etats-Unis les neuf établissements d'éducation pour idiots et imbéciles. Les uns, comme dans l'Ohio, le Kentucky, l'Illinois, l'Etat de New-York, sont des institutions d'Etat ; les autres, comme dans le Massachusetts et le Connecticut sont des établissements municipaux ou des institutions privées ayant reçu la personnalité civile et des subventions de l'Etat. Là aussi les résultats ont été surprenants. Les idiots se sont améliorés physiquement, moralement ou intellectuellement. Ils ont acquis un plus haut degré de force et de vigueur ; ils sont arrivés à commander à leurs muscles et à leurs membres ; ils se nourrissent eux-mêmes,s’habillent euxmêmes, savent se comporter avec décence et convenance.. Leurs facultés mentales et leurs sentiments moraux ont été développés par des leçons et des exereices en rapport avec leur faible condition native et ils ont monté dans l'échelle de lhumanité (1) .»
(4) Notes of a visit to American Institution for idiots and imbeciles, by Schuttleworth. Cité par M. Roussel. Rapport au Sénat.
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— Je —
Les buveurs invétérés, les dipsomanes ont été laissés de côté par la loi de 1838. Nous n'avons pas ici à rechercher, le moyen de tarir la principale cause de l’aliénation mentale ; toutefois nous devons essayer de guérir les victimes si nombreuses que l'alcoolisme amène dans les asiles, puisqu’à un certain degré elles peuvent guérir. On admet la curabilité de l’ivrognerie et de la dipsomanie dans des proportions variables dont la moyenne semble être d’un tiers. L’unique remède consiste dans le traitement de la maladie des centres nerveux, dont l’ivrognerie est le symptôme, et dans l’abstinence prolongée de tout alcool sous quelque forme que ce soit.
Donc s'impose la nécessité de créer des quartiers spéciaux pour les buveurs, comme cela existe à Ville- Evrard.
Maintenant, si nous songeons à l'avenir de la race, ne faut-il pas, dans l'intérêt public, tenter de diminuer les ravages de ce fléau ?
« Ce serait un calcul inhumain et faux,dit M. Dubief, que de laisser, faute de soins appropriés et qui auraient abouti à la guérison, s’accroitre le nombre considérable des chroniques incurables dont sont encombrés nos hospices.
« Les différentes catégories d’alcoolisés,dipsomanes, baveurs habituels incapables de résister à leur penchant maladif pour l'alcool, buveurs inconscients, buveurs par préjugés chez lesquels la prédisposition
OMR pet nerveuse amène rapidement un accès délirant, sont des malades que l’hôpital guérit, que la prison pervertit. Il faut livrer le buveur au médecin pour l’arracher au gendarme (1). »
Des établissements pour les buveurs ont été créés à l’étranger. On remarque le Washingtonian Home à Boston, le Walmet Lodge Hospital à Hartford, qui comptent de trois cents à quatre cents clienis.
$ IL. Des asiles publics.
Disons tout d’abord un mot d’une réforme réclamée depuis longtemps et que nous désirerions voir réaliser dans la nouvelle loi : nous voulons parler de l'assimilation des quartiers d'hospice aux asiles publics.
… (L'origine de ces quartiers, nous dit M. Roussel (2), remonte aux prescriptions qui ont présidé sous Louis XIV à la création des hôpitaux généraux pour la répression de la mendicité. En 1838, il en existait 24 recevant les aliénés qui n'étaient pas séquestrés dans les prisons ou les dépôts de mendicité. La loi du 30 juin ne prit au sujet de ces refuges aucune disposition particulière. Elle les admit purement et simplement au rang d'établissements spéciaux d’aliénés. Voulant d’une part imposer à chagae département
(4) Rapport à la Chambre.
(2) Rapport de M. Roussel, p. 6.