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l'obligation d’avoir pour ses aliénés indigents un établissement distinct, désirant d’autre part ne pas rendre cette obligation trop difficile ou trop onéreuse, on fut amené à s’accommoder de toutes les installations, même les plus défectueuses, qui n'étaient pas en désaccord avec la lettre de la loi. »
D'après M. l'inspecteur général honoraire Constans (et après lui les inspecteurs généraux l’ont constaté), on a l'habitude de spéculer et d'économiser outre mesure sur la nourriture, le vêtement et les autres besoins desaliénés. «Tous les asiles privés, dit M. Constans, ont spontanément ou sous la pression de l’administration amélioré et augmenté leurs constructions. Qu'’ont fait les quartiers d’hospice malgré les exhortations non moins pressantes de l’administration? Rien ou peu de chose. » Quant au régime alimentaire, ce n’est guère mieux. M. Constans cite le fait d’un grand établissement qui nourrissait ses malades avec le bœuf ayant servi à faire le bouillon des hôpitaux. Ce qui se fait pour les aliments est plus général encore pour les vêtements appelés « vêtements de succession », c’està-dire qu’ils proviennent des décès qui ont lieu dans les hôpitaux... En somme, toutes ces économies réalisées par ces moyens faisaient en grande partie vivre tout l'hospice.
. Les abus que nous venons de signaler existent depuis longtemps : déjà, en 1818, Esquirol demandait que les aliénés fussent retirés des quartiers d’hospice. Sans
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recourir à un moyen aussi radical, on peut néanmoins mettre fin à cettesituation déplorable en les assimilant, comme nous l'avons dit plus haut, aux asiles publics.
A côté de ces derniers se trouve un autre genre d’établissements appelés pensionnats. « Ce sont de véritables maisons de santé, nous dit M. Dubief (1), où sont reçus et soignés non plus des malades assistés, mais ceux qui peuvent payer de leurs propres deniers un prix de pension plus ou moins élevé et qui viennent demander aux établissements publics les soins d’une élite médicale et les bénéfices d’une installation dont le confort, combiné avec toutes les exigences de l'hygiène et tous les perfectionnements scientifiques, leur assurent, en dehors de toute pensée de lucre, des garanties plus grandes de bons soins et de guérison.
Pour nous faire ressortir les avantages de cette institution, M. Dubief ajoute : « Les établissements qui ont su créer des pensionnats et les achalander y trouvent un allégement très sensible de leurs frais généraux et une cause de prospérité qui leur permet, avec un prix de journée souvent très abaissé, d'assurer néanmoins aux indigents la plus grande somme possible de bien-être. Si séparés que soient les pensionnats des quartiers du régime commun, l'asile offre l'aspect d’une petite cité avec ses différentes conditions sociales ; la vue en devient plus riante et le public cesserait bientôt, si ces
(1) M. Dubief. Rapport.
organisations se généralisaient, de considérer nos asiles comme l'espèce d'enfer mystérieux et redoutable qu’il y voit aujourd’hui.
Examinons maintenant les réformes que l’on pourrait
apporter dans les rouages de l’administration des asiles.
. D'abord, que devons-nous trouver à la tête d’un asile ? Ce point laissé de côté par la loi de 1838 a été réglementé par l'ordonnance du 19 décembre 1839 qui, dans son article 1*, décide « que les établissements publics consacrés au service des aliénés seraient administrés par des directeurs responsables ». Dans son article 13, elle ajoute que « le ministre de l'Intérieur pourra autoriser ou même ordonner d'office la réunion des charges de directeur et de médecin ».
Donc, en règle générale, nous devons trouver d’une part un directeur responsable ayant la haute main sur tout le personnel de l'asile, et d'autre part un médecin chargé de donner des soins aux malades. Ce régime de la dualité qui met face à face le directeur administratif et le médecin en chef est détestable, c’est la cause incessante de graves abus.
Dans un asile d’aliénés, dit le docteur Falret (1), j'ai beau chercher les fonctions d’un directeur et celles d’un médecin, je ne trouve que celles d’un médecin, Place-t-on en des mains différentes l’action sur les choses et l’action sur les personnes, la direction maté-
(1) Des Maladies mentales, p. 657 et suiv.