‹ De la Révision: De la Législation sur les AliénésChapitre 4 sur 42 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

[. — LES ALIÉNÉS DANS LES LÉGISLATIONS ANCIENNES ET EN FRANCE JUSQU'A LA LOI DE 1838.

La folie n’a pas toujours été considérée comme une maladie, et l’on est étonné de voir pendant combien de temps les malheureux qui en étaient atteints ont pu être privés de soins.

Dans l'antiquité, on croyait généralement que la folie venait des dieux : « Aux deux extrémités de l’ancienne Egypte, des temples dédiés à Saturne recueillaient les insensés. Les prêtres en étaient les médecins : grâce à un régime hygiénique habilement combiné avec des observances religieuses, on parvenait souvent à opérer des changements salutaires, qu’on avait soin d'attribuer à la protection des divinités tutélaires (1).

Par suite des savants travaux de médecins célèbres : Hippocrate, Arétée de Cappadoce, Cœlius Aurelianus, on reconnut qu'il y avait là un mal curable, et alors naquit la réputation de l’île d’Anticyre qui produisait

(1) Pinel. Nosographie philosophique, t. III.

l’ellébore, dont on se servait pour la guérison desfous.

A Rome, la législation s’occupa de sauvegarder la société des dangers résultant de 11 divagation des furiosi. L'administration avait mission de les faire enfermer au besoin dans des lieux publics de détention, (carceres). Quant à leurs biens, la loi des XIT Tables nous apprend qu’un curateur était chargé d’en prendre soin (1).

Les Institutes (2) nous montrent que non seulement on prenait soin du furiosus, de celui qui n'avait plus l'usage de sa raison, mais encore du mente captus, de celui auquel la faiblesse de ses facultés rendait impossible l'administration de ses affaires.

Dans l’organisation de la curatelle des aliénés, on s’est surtout préoccupé, à Rome, de faire passer l’intérêt de la famille avant celui des individus.

Dans les époques suivantes, sous l’action du christianisme, quelques couvents recueillaient bien les insensés, mais aucune organisation ne réglait leur situation. Esquirol nous apprend que c’est en Orient qu’on trouve les premières maisons de séquestration : au vie siècle, à Feez en Afrique, divers hôpitaux existaient déjà.

Dans les pays d'Europe, au moyen âge, on s’occupait très peu de l'amélioration du sort dés aliénés :

(1) Si furiosus escit, agnatorum gentililumque in eo pecuniaque

ejus potestas esto.

(2) Lib. I, t. XXIIL..

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J'ignorance et les préjugés faisaient considérer les fous comme possédés du démon ou comme sanctifiés et étant l’objet d’une protection spéciale de la Providence ; alors, tantôt on les livrait aux flammes comme sorciers, tantôt on les rangeait parmi les favoris du ciel (1).

Cependant, en France surtout, les monastères commencèrent à recueillir les aliénés ; en effet, ceux qui ne pouvaient guérir étaient livrés par leurs parents ou leurs amis aux soins pieux de quelques ecclésiastiques séculiers ou réguliers, et c’est ainsi que les premiers établissements destinés à la guérison des aliénés furent fondés (2). |

Le plus ancien de tous est celui qui existait à Marseille au xvr° siècle ; mais il n’eut pas une longue durée, car sur la demande des citoyens, les magistrats ordonnèrent que les aliénés fussent conduits désormais hors de la ville, dans l’hospice Saint-Lazare où on recevait les incurables (3).

(4) On ne sait trop, dit Esquirol, ce que devenaient autrefois les aliénés ; il est vraisemblable qu’il en périssait un grand nombre. Les plus furieux étaient renfermés dans les cachots, les autres dans les couvents, dans les donjons, lorsqu'ils n'étaient pas brûlés comme sorciers ou comme possédés du démon ; les plus tranquilles erraient librement, abandonnés à la risée, aux injures ou à la vénération ridicule de leurs concitoyens. — Esquirol, Des Maladies mentales, t. If.

(2) Fodéré, Traité du Délire, t. I,$ 62.

(3) La maison de Saint-Lazare, destinée auparavant aux lépreux, était plutôt une prison qu’un hôpital : l'œil y était douloureusement frappé de l’obscurité et de la malpropreté des loges, des verrous,

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Vers la même époque s’ouvrait, à Avignon, l’hospice des Pénitents Noirs de la Miséricorde ; le traitement qu'y recevaient les aliénés marqua un grand progrès dans la véritable notion de la folie.

À Bedlam en Angleterre, en 1555, on fondait un hospice public où distinction était faite entre les fous guérissables et les incurables; les premiers, soignés pendant une année, étaient ensuite renvoyés s’il ne

s'était produit aucun symptôme d'amélioration ; pour les seconds, au contraire, il n’était plus question de traitement et le régime fort dur de l’hospice de Bedlam n’était plus adouci par aucune tentative de guérison (1). C

En France, au xvrr° siècle, le mouvement s’accentua, des hospices ouvrant un peu partout des quartiers séparés : en 1660, le Parlement, par un arrêt, ordonna que les fous dangereux fussent reçus à l’Hôtel-Dieu, mais ce n'était encore qu'une mesure de protection pour la sécurité publique.

Au xvin® siècle, une réaction commença à se produire dans les esprits; elle aboutit, en 1785, à une ordonnance de Louis XVI. Colombier, médecin de

des grilles et des chaînes qui en faisaient le triste ameublement. — Fodéré, ibidem, t. I, $ 63.

(1) On a conservé dans cet hôpital, comme moyen de correction, l'usage d’enchaîner les fous dans certaines circonstances et de les exposer, sans doute comme exemple, .à la curiosité publique, dans des visites dont on règle le jour et les conditions. — Fodéré, ibid.. t. I, 8 66.

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