‹ De la Révocation de l'Edit de NantesChapitre 23 sur 43 · LA RÉPONSE DB M. 1^£ISS · texte numérisé non relu

LA RÉPONSE DB M. 1^£ISS

un de vos précédents articles que ce ne sont pas les réfugiés qui ont fait les sacrifices les plus pénibles, que le vrai martyr a été Louis XIV^ parce qu'il a sacrifié la prospérité industrielle de son royaume à sa foi? Vous avex écrit vous-même cette phrase que vous paraissez avoir oubliée depuis : « Louis XIV sacrifiait sa puissance, sa prospérité, sa gloire même à sa religion. » N'y a-t-il pas entre ces d^ux appréciations une contradiction manifeste? N'y a-t-il pas, dans la première, ce que d'autres plus sérieux que moi pourraient appeler un oubli momentané du sens moral?

En parlant des réfugiés auxquels vous contestez ce beau nom de martyrs, que je n'hésite pas à letr donner, vous ne craignez pas de les appeler: «La partie la plus dépravée et la plus fanatique des dissidents qui résistèrent aux efforts tentés pour leur conversion. » Qu^estcô à dire. Monsieur? Qu'entendez-vous par ce mot dépravé? Ne serait-on pas autorisé à vous appliquer vraiment cette parole de Papinius à Caracalla, qu'il vaut mieux encore commettre un crime que de le justifier ; et que calomnier ceux que l'on assassiné, c'est les assassiner deux fois?

L'achat des consciences par Pélissoti vous paraît une admirable charité. Les horribles excès des missions bottées, vous les contestez. Selon vous, à vrai dire, il n'y a pas eu de dragonnades. Il s'agissait uniquement, dites-vous, d'un logement de garnisaires... Il n'y avait dans cette mesure ni cruauté ni sévices. Vous sentez.

Monsieur, qu*on ne répond pas à des arguments de cette force, et je trouve que vous devez avoir une bien faible estime de l'intelligence de vos lecteurs ou leur supposer une ignorance bien profonde, pour raisonner de la sorte et pour travestir ainsi à leurs yeux les faits les plus avérés.

Vous osez dire encore dans votre dernier article, et c'est l'assertion qui me touche le plus, parce qu'elle s'attaque au fond même de mon livre : « Ce n'est pas la révocation de Tédit de Nantes qu'il faut blâmer et déplorer dans notre histoire, c'est l'édit de Nantes; c'est l'introduction de l'hérésie en France, qui a été une cause de ruine et une source de sang. » En d'autres termes, c'est cet horrible droit de persécution déjà invoqué dans votre polémique contre M. de Sacy que vous revendiquez de nouveau. Vous avez donc oublié ces principes de 1789 et cette liberté de conscience qu'ils nous assurent et qu'ont reconnus tous les gouvernements qui se sont succédé en France depuis soixante ans? Vous n'hésitez donc pas à vous élever contre ces lois tutélaires sous l'empire desquelles nous vivons, ces lois qui vous laissent la faculté d'attirer à vous les dissidents par la voie de la persuasion, qui est la seule légitime; ces lois qui, en attendant l'unité religieuse que vous voulez fonder, mais qu'il est si difficile d'établir, maintiennent le repos public, et dont l'abolition serait un retour à la barbarie d'autrefois et un déshonneur pour notre pays? Vous ne

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