DÉFENSE DU « PR£G0NIÏÏM
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sans cesse Tadjectif démonstratif. Il faut les connaître bien peu pour se scandaliser de ces redoublements. Ouvrez au hasard Cicéron, et vous y trouverez vingt phrases comme celles-ci : Âtque in hoc génère fisse mea causa est; ou comme celle-ci, deux lignes plus bas : Quam tu una re facillime vinces, si hoc statueris, quarum laudum gloriam adamaris^ quibus artibus ex laudes comparantur, in lis esse laborandum : in hanc sententiam scriberem plura, nisi te tua sponte satis incitatum esse confiderem; et hoc quidquid attigi, non feci inflammandi tui causa, (Ad famiLj lib. 11^ ep. 4.) Ce n'est pas non plus pour vous enflammer ^ Monsieur^ que je cite cette phrase où is et hic sont répétés cinq fois, c'est pour vous réconcilier avec Tadjectif démonstratif.
Effingere imaginem. Non-sens, dites-vous. Cela ne peut signifier que faire le portrait d*un portrait, Fingo s'applique toujours à la chose qu'on représente. 11 est bien regrettable, Monsieur, que cette expression ridicule, fingere imaginem^ soit de Cicéron lui-même : Spartiates Âgesilaus neque pictam, neque fictam imaginem suam passus est esse. (Cicero, AdfamiL, lib. V, ep. 12.) Si cet écrivain ne vous est pas familier, vous auriez pu trouver le mot dans le dictionnaire. Mais j'oublie que vous vous moquez très-agréablement des dictionnaires, et vous avez tort. Molière, que vous citez si bien, a dit : Bonne casse est bonne. Un bon dictionnaire est bon ; le tout est de savoir s'en servir. Oseraî-
174 D£ LA aÉYOGATlON DS l'ÉBIT DE NANTES.
je VOUS indiquer ) Monsieur, dans Fintérét de vos études, celui de Forcellinij celui de Quicherat, celui de Freund^ traduit récemment par M. theil, ou^ si ces deux excellents latinistes, MM. Quicherat et Theil^ vous paraissent suspects en leur qualité de professeurs de rUniversitéi soufiTrez que Je vous recommande VApparatus in Cicefûnem, dont vous avei particulièrement besoin, le livre de Laurent Valîa, De latini sermonis etegantia^ si goûté du père Jouvency^ et surtout Texcellent ouvragé d'Henri Estienne^ De Lùtinitate fàtso suspecta, t)ù il est démontré que les niots qui paraissent le nlôins latins aux plus habiles gens sont parfois de la meilleure latinité. Ce sont là dëâ ouvrages de chbix^ et qu'un humailiste zélé^ comme vous^ Monsieur, doit feuilleter sans cesse. Je m'empresse de les rappeler à votre souvenir^ quoique^ en véritéj je ri^en aie fias eu besoin pour vous répondre^ tant vbuâ iU'aVez donné beau jeu.
Fateor, selon vous, ne se dit que lorsqu'il J û dàhs ridée qu'oh exprime cjuelque chose de peçsdhnel. Ne vous en déplaise^ Monsieur^ vous comprenez thietli cùnfiieor qne fateor^ et vous confondez les deux moté^ Fateor n'implique pas nécessaireineht un aveu. Il signifie souvent concedo, et souvent profiteur, Iram vultu fateri ne veut pas dire que l'on confesse sa colère par l'état de son visage. QUand Juvénaldit : Mors sdlafatetur Quàntulâ sirit homihum,il ne prête à lamortraveu d^âtlctine faute. Quand uii ami de Cicéron lui écrit :
DÉFENSE Ht « PILSGONIUMi 5) i73
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Fidum animum in rempnblicam fateboi*; ttoyez bien; Monsieur, qu'il ne s'&ecusé pas d'être Adèle à son pays. Superfûhdo. C'est Un verbe bien curieux que celtillài s'il faut voua croire; Mbnsieur. Qiiand il est question de lieux élbvés; il signifie sur; quand il est question de plaines; il signifie au ddà. Pure aifaifc de topographie ! Ainsi lè vers d'Ovide :
Nuda superfusis tingamus corpora lymphis,
veut dire : Baignotiâ nos corps^ eri réflândarit de PeâU du \3kîà. G'est une manière liouvelle de pi-endre un bain. Et cette phrase de Tacite {Hià.y III, 2) : GalliiU EANG primûfnààÔïiiÈèeioàu^ûfiimperfundehdisieltaliWy^ic., que sigriifie-t-ellej selon vdus? tJUe les Gaulois n'occupèrent que les sommets des Apennins, sans doute. Ils n'avaient garde de descendre dans lès plaines, vous ne le 'permettez pas: Le dictionnaire; qui a du bon, Monsieur, n'est pas aUi^si sévère (jile vbùs: Il jie parle rii dé plaines ni de motltagnëS; et il définit mperfun-^ dere: fundere supra aliquid, sans mesurer les hauteUrs au-dessus dU hlveâti de la mer. D'oh je conclus qu'on peut dire saris offenser le bon sens ni la grammaire : superfusa botiitàHs kpecle.
Mais speties, dites-vous enëbrë^ ne petit être pris eri bonne part ; il signifie faux ait*^ apparence trompeuse, dehors hypocrites. Cicéron dit dans les Tusculanes ; Qui dolOris specieni ferré non possunt^ ceux qui ne peuvent supporter Vaspectde là douleur ; il s'agit d'une
176 DE LA REVOCATION DE L'AdIT DE NANTES.
douleur véritable. Speeiem est pris dans le sens d*ûspect^ que vous lui refusez. J'ajoute que, dans ce passage que vous critiquez^ Facception du mot ne peut être équivoque. Rollin était un honnête homme persécuté, et si j'avais voulu parler de dehors trompeurs et d'apparentes vertus, ce n'est pas à lui, vous le savez bien, que j'aurais appliqué ce mot-là.
Il ne vous .plaît pas davantage que, pour exprimer ses vertus véritables, je me serve du mot virtus. Lequel prendre? Bonestas? Mais honestas, c'est la réputation qui accompagne la probité extérieure, plutôt que la probité même. Seriez-vous, Monsieur, d'une école qui préfère la réputation au mérite et qui subordonne YêtresM paraître? Encore une fois, pourquoi pas virtus f
Et deniquel Atque etsil quels pléonasmes I — Il est vrai; mais les langues sont faites par tout le mT^nde^ et non pas par M. Aubineau ; aussi rien n'y est plus commun que les pléonasmes, malheureusement. C'est pour cela que Suétone a pu dire {Tib. 58) : Denique et is; et Apulée : Tandem denique, ce qui est bien pis; c'est pour cela qu'on trouve à chaque instant et quogue (Pline l'Ancien, 1. XVIII, G. 4). C'est pour cela que Plaute a dit dans les Bacchis: Age, id jam, et, ut est, etsi est dedecorum patiar. — Et pourtant je ne veux pas me prévaloir de cet exemple, parce qu'il y a une autre leçon : ut, ut est. Je suis même tenté de croire que Qtque etsi est une faute, une faute grave; car je
DÉ7ENSB DU <c FRjEGONIUM. » 177
trouve le mot, Monsieur^ dans un de vos classiques chrétiens : Et reviviscei^ etsi fracta caro. (Tertullien^ de la Résurrection de la chair.) Ici, je l'avoue, fateor^ j'ai péché, sans aucun doute; mais je m'en félicite, puisque ma faute me procure le plaisir de voir VUnivers tonner, au nom de la grammaire, contre le style qu'il veut donner pour modèle à la jeunesse française, et railler si comiquement la langue des Pères qull admirait hier, et qu'il vantera demain.
'Pubiico munere destitutus, — e fabri offlcina egressus* — Vous avez peut-être raison, Monsieur. Ces expressions sont hardies; mais Rollin, moins délicat que vous, s'en est servi lui-même, et c'est dans ses œuvres latines que je les ai prises, ne pensant pas qu'il convint à son humble biographe d'être plus difficile que lui. Sans doute il avait pris au sérieux la permission qu'Horace donne aux écrivains d'étendre le sens des .mots par voie d'analogie, et il a fait pour destitutus et egressus ce que j'ai fait pour appictam^ conformément au génie de la langue latine. Votre pudeur de latiniste s'est effarouchée de témérités qui laissaient en paix celle de Rollin. Le poète Ta dit : Les délicats sont malheureux.
Je voudrais abréger, Monsieur; car je sens combien je dois fatiguer vos lecteurs en vous imitant. Un mot pourtant sur ebrietas^ qui ne s'emploie pas, selon vous, au figuré. Voyez l'exemple qu'on en trouve dans Pline : votre dictionnaire vous le donnera. Relisez aussi les
beaux vers d'Horace : Reginafortunà dulcieèmi etc; ; et même (les érudits ne doivent pas avoir peur) ra^ pelez-vous ceux de Cattdle : Dulcis puéri ebrids ofeellos... Je m^arrête par respect pour rhonhô'teté dé YUnivers,
Enfin vous riez beaucoup de ce mot Bossuetius, Bos-
suet vous dirait lui-ménïô qu'il ne croyait pa,^ èttë Û
plaisant ; car c'est ain&i qu'il traduit son tiom ; c'est
ainsi que rappelle Huet, le savant humaniste qtii Itii
reproche d'ignol*et le latin; c'est ainsi que ràj)pèlle
Leibnitz ; c'est ainsi que vous l'api^ellerez vous-ffième.
Monsieur, j'en suis sûr, quand vous Tâurez lix; et
quand vous voudrez appliqiier & (|iielque combinaison
latine Tèicellence de votre méthode et dé vdtre goût.
Il vous setà utile eti efifet de lire BosSùet, pa^ J)récail-
.tion, ne fût-ce que pour ne pas lé tdttrner ètt ridicule
sans le savoir. Je stiis obligé de vous citèt : nQûà velà,
« spe semper velut aura ospiràMé ttMesc&àtîa et nàvem
« propelieûtia: Les voiles enflées par Tesplérance comiUè
a pai* le vent favorable et pbilSs^ttit le hàvirë I hi irië-
a taphore est riche l Totttefôis; elle tt'âjilialrtifeht plàs
(( à Bdssuét: BossUet dit : L^ jeunesse Ûi ^gitëe totir
a à tour de toutes les tempêtes des passidiis. Potir les
« vbiles et le vaisseau, je lâîiîsé à d'âutrès le sbih de
<{ deviner à cjudi le prëteiiatt ti-addctèù^ à vdtlU faire
<( allusidn; »
É^idemmettt, Mohsièiibj tous n'aviez Jamais lii fcè fliokéau de Ëdssuët, et t'est rfidi qili; le Jif ëliliër, ^«îis
DÉFENSE DU Q rRJEGONIUM. » 179
Tai f^it connaître. ¥ous avez, pour la première fois, ouvert le panégyrique de saint Bernard, pour confronter ma traduction avec le texte, et vous y avez trouve, en effet, la phrase de Bossuet sur les tempêtes. Mais malheureusepient vous avez oublié de tourner la page, et vous m'avez fait l'honneur de m'attribuer une métaphore qufavec un peu plus d'attention vous auriez laissée à Bossuet. Toile, lege; prenez et lisez, s'il vous plaît: a Comme elle se sent forte et vigoureuse (la jeunesse), elle bannit la crainte, et fend les voiles de toutes parts à Tespérance qaiV enfle et qui la conduit.» Riez maintenant. Monsieur, tant qu'il vous plaira, des voiles, du vent et du vaisseau, «t criez : Devine qui pourrai C'est Bossuet qui paye les frais de votre gaieté. Quand on a fait profession de l'admirer si fort, il faut le connaître davantage. Je suis heureux, Monsieur, de vous y aider, en vous indiquant la fin du morceau dont Je vous avais déjà révélé le commencement. Vous êtes doublement mon obligé, vous le voyez, et quoique vous n'aimiez pas cette expression fort latine, je puis vous dire sans orgueil : xre alieno erga me teneris.
Uétourderie que je viens de relever est si forte, et l'idée qu'elle donne du sérieux de votre critiqué, si faible, que je me reprocherais de continuer ma réfutation. Il m'est permis, dès à présent, de conclure que, malgré votre érudition latine et les secours dont vous vous êtes entouré, vous n'avez pas eu la main heureuse dans le choix de vos citations. Je vous dirais volontiers
comme M. Bobinel dan» 1. comtesse d'Eseu-bagn». : C"uir.fo,s,M„„sieur le comte, prof..ezdo„cm,eu,
"ouB me faisiez l'honneur de .ou. occuper de mm rétrospectivement, je .ou, aurais indique de tresbol^âoc, dansmondlscours, certaines expressions pC 0«s ,ne celles que .ous a.e, attaquées. On Cprcnd, grte iDieu, tous les jours, en ense.gnanl Depuis quatre mois que .ou. trav.iUea l'examen d. mon .rico,;.-», j'ai pu relire tous le. classiques a Ims r™ ," orum), et pertectionnermon éducattonlatme '^dant que .ous mépris» la .6tre. Bu reste que e lâche ou non le latin, c'est ce qm .ous est, je croîs p^Mtement indiitérent. Ce qui .ous -PO''». «-' 'de prouver par mon ignorance «goo™»» *« ,^;verslté Ici, Monsieur, .otre logique est en delaut Zt-mol que ie ne sais rien, cela est fort —t et le n'ï .ois aucun incon.énlent, saut pour mo,. Mais, L'en préviens, me. collègues sont hors de «lus. elles rendre solidaires de mon ignorance, cest, de tous les procédé, de la polémique, le plus pauvre, le I. vulgaire et le plus usé. Ceux de vos .d«s 'qui se respectent .ous ont donné l'exemple de 1 daigner. Quand un prélat émin.nt a dit qu ,1 tant lire sainTpaul dans l'original, » l-in. ils n'ont pas accus, le clergé d'ignorer que saint Paul avait ecn. en grec. El lorsque vous-même. Monsieur, vous vous éles fou,^ vosé jusqu'» 0°"»P«"=' les dragons qui, au dix-sep
DÉFENSE DU « Pft^GONlUM. » 181
tième siècle, brûlaient les pieds des protestants, aux garnisaires plus inoffensifs de nos contributions directes, nous avons ri, sans doute, mais de M. Aubineau tout seul, et non de la rédaction tout entière de V Univers. Renoncez donc à des généralités qui ne prouvent qu'une chose : ou que vous n'êtes pas de bonne foi, ou que vous raisonnez mal; et choisissez d'autres arguments. Si vous pouviez prouver, par exeniple, que, depuis que la carrière est ouverte à la liberté, les pères de famille en masse envoient leurs fils chercher dans les établissements rivaux de TUniversité un enseignement meilleur et une latinité plus pure, ce serait à merveille ! Mais, hélas ! en dépit de Y Univers, les lycées de l'Etat sont florissants, très-florissants; la critique que V Univers a faite. Tan dernier, des discours de mes collègues, n'a tué aucun collège, et cette année, je l'espère, votre analyse du prœconium n'exercera pas plus de ravage. Redoublez d'efforts, Monsieur, et continuez à apprendre le latin et à lire Bossuet, si vous voulez détruire l'Université.
J'avais l'intention, en achevant cette réponse, d'examiner à mon tour comment vous écrivez en français, vous qui me reprochez si sévèrement de mal écrire en latin. Je trouverais sans efforts, dans votre articlcj bien des phrases comme celle-ci, qui est un chef-d'œuvre : « Si, à un troisième essai, l'Université ne parvient pasà trouver un homme qui sache se tirer de la harangue latine plus honorablement que MM. Nisard ou Rigault,
* il
48â DE LA REYOGATION DE L'ÉDIT DE NANTES.
que pouTpa-t-on conclure snr les succès rf« la culture, dam le sein du corps enseignant, de la langue de Virgile et de Gicéron ? » Rien ne serait plus réjouis^ sant pour vos lecteurs que des études de style faite! ainsi sur le vif. Mais je n*ai aucun goût pour le métier de Trissotin, et ce n'est pas ma faute si j'ai été pro*» voquépar Yadius. Je laisse donc en paix vos phrases ^ Monsieur, et renonce sans peine à une analysé pédante, bonne^ tout au pius^ à intéresser les Philaminte et les Bélise de ï Univers,
Veuillez recevoir, Monsieur ^ Tassurance de ma parfaite considération, ou plutôt, pour prendre une formule optative plus familière aux anciens^ et qui convkime mieux au sujet et à vous : mkas et sapiaêï
H. ftiGAtuï.
5 janvier 1854*
vm
LA FIN DE l'intermède
Pourquoi noua sommes eti fetâfd avec M. Rigault. Un délai de quatre mois et un éloge relatif. M. Rigault tourne autour du débat. La grande jeunesse de M. Rigault d*il y a quatre mois et ses lectures depuis ce tenips. Lectures trop précipitées. L'homme d'un seul livre. Cicéron et ses lettres familières. Le style solennel. La rhétorique n'est pas de Tinvention de M. Rigault Eon plus que les langues de celle de M. Aubineau. Le génie de la langue latine. Effingere et fingere. Pingere et fingere, Fateor, proposition incidente. Super fundere. Les exemples donnés par M. Rigault confirment lacritique. Species superfusa. Le dictionnaire. Le sentiment de M. Rigault sur Roliin, et Texpression de ce seniiment. En quoi cette expression est défectueuse. Virtus. Honestas, — Ce qui reste de la défense de M. Rigault. En se défendant, il faut respecter la vérité et ne pas trop intéresser r/ian^«?as. Les fautes fourmillent dans \q Prxconium, Petites épigrammes et petites inventions. Bossuetius, L'Université couvre-t-elle ou désavoue^ t-elle ses membres ?
Univers, 27 janvier 1854.
M. Rigault a répondu à nos observations sur le Prxconium de Rollino, Il s'e^t «ervi de Tinterinédiaîre de la maison Hachette. Nous n'avons pas
iHt DE LA RÉVOC^TIO.V DK l'ÈDIT DE NANTES.
de relations bien fréquentes dans ces parages ; aussi l'épître, — c'est une épître à nous adressée, — a-t-elle mis quelques jours à parvenir dans nos bureaux, et les abonnés de la Revue de l'instructionpuUique en ont pris connaissance avant nous. Il faut entrer dans ce détail; le professeur est ombrageux; il aime qu'on entretienne le public de ses élucubrations quand elles sont encore dans la fleur de la nouveauté.
Le délai de quatre mois, que nous avons mis à parler du Prœconium^ le chagrine ; il n'est pas bien certain d'y trouver une preuve de son mérite. Il y voit cependant « un éloge relatif dont se contente son humilité. ^
Voilà une humilité bien placée. Mais comment, étant si habile à démêler sa gloire en toutes choses, M. Rigault n'a-t-il pas deviné qu'une œuvre de l'importance du Prœconium^ ornée de tels agréments de style et si bien affranchie « des tyrannies de la grammaire, i> ne devait pas vieillir, et que V Univers pouvait en prendre à son aise? Le public aime toujours à être entretenu des choses singulières. Une pareille explication est plausible assurément et fort honorable. Par malheur, l'auteur du Prxconium ne s'en est pas avisé. S'aviset-on de tout? et V éloge relatif ne satisfait pas
LA FIN DE l'intermède. 185
tellement son humilité que ces quatre mois ne lui reviennent à l'esprit. Il s'en tourmente.
En son âme et conscience, il nous trouve à plaindre d'avoir consacré quatre mois à un « mûr examen > du Prseconium, Cette compassion part d'un bon naturel : elle est légitime. Il ne faut rien moins que le témoignage de « son savant collègue, M. Weiss, » pour calmer les soucis de M. Rigault, le rassurer sur notre sort et lui apprendre que nous avons pu, durant ces quatre mois, nous appliquer à d'autres travaux.
Au reste, le temps ne fait rien à l'affaire : c'est Alceste qui le dit à Oronte ; et la seule question est de savoir si nos observations sont fondées. M. Eigault paraît avoir quelque répugnance à aborder ce point décisif. Il joue tous les rôles avant de s'y déterminer. Il s'humilie, il se vante, il fait le rodomont, il imite Scipion, parle de ses triomphes et croit monter au Capitole ; il invoque sa jeunesse et ses bonnes résolutions; il cite Sganarelle quelquefois aussi heureusement que « son savant collègue, M. Weiss, » cite Vénus; il nomme Tibère, Voltaire, Scioppius; il aiguise des épigrammes, il maxime des axiomes, il n'oublie pas la Sagesse des nations : à pédant, pédant et demi, dit-il, bien certain de l'emporter sur quiconque
186 DE LA RÉYOQATION DE l'ÉDIT DE NANTES.
en ce dernier point. Au travers de tout cela, le pauvre homme se dispenserait volontiers de ré«» pondre. C'était une assea lourde tâche d'écrire le Prxconium^ dura lex; c'en est une plus dure encore de le défendre. Mais on appartient à rU-> niversité : il faut veiller à l'honneur du corps et garder aussi la position qu'on y a conquise. Tout est bon pour arriver à cette fin : l'esprit, la science, rimpertinence et même les circonstances atténuantes.
Ces circonstances atténuantes sont la grande jeunesse dont jouissait M. Rigault, il y a quatre mois, f Son discours, dit-il, commence à se c perdre dans la nuit des temps, > et c'est par une condescendance, dont nous devons être fort honorés, que le vénérable professeur d'aujourd'hui veut bien « remonter le cours des années et € aborder Texamen de cette œuvre de jeunesse. »
En même temps, il fait ses protestations d'être désormais plus sage et plus savant, a Depuis € quatre mois, dit-il, j'ai pu relire tous les clasa siques latins (Edit. variorum) et perfectionner € mon éducation latine, i La parenthèse est dans le texte. Ce n'est peut-être pas pour nous qu'elle a été ouverte.
En quoi les lectures de M. Rigault nous inté-
LA FIN DE l'tNTERMÈDE. 187
ressent-ellea ? et avons-nous affaire des éditions qu'il emploie? Tient-il à notre sentiment? Ces lectures nous paraissent bien précipitées ; si on y ajoute le soin quotidien d'une classe et une collaboration active aux journaux, il est difflcije d'y puiser cette perfection d'éducation littéraire où l'auteur du Pfdeconium se croit parvenu. Puisqu*il aime les proverbes, il devrait les mettre en pratique. Il n'est peut-être pas bon de partager son esprit entre taijt de travaux : c'est l'homme d'un seul livre qui est sérieux. M. Rigault ne donnera pas de démenti à cette assertion. D'ailleurs, si quatre mois lui suffisaient à perfectionner son éducation latine, que n'attendait-il quatre mois pour parler latin ?
Cependant cette éducation latine de M. Rigault n'est pas encore à un très-haut degré de perfection, malgré la lecture des éditions VaHorum. L'auteur du Prxconiumj dans tout l'éclat de cette science nouvellement acquise, ne répond pas encore bien pertinemment aux observations qui lui ont été adressées sur les œuvres de sa jeunesse.
Pour justifier son exorde, il s'appuie de Cicéron. C'est au style de Cicéron même qu'appartient cette répétition que nous avons traitée de malencontreuse : Hancmaginem... hujusce domm. M. Ri-
i>*H I)B TA HftVMATION PE l.'ÉPIT DE NANTES.
gault en apporte la preuve. Il est allé la chercher dans les lettres fiimilières. Est-ce sur les lettres familières qu'il faut prendre modèle pour l'exorde d'une harang-ue solennelle? M. Rigault, qui se contenterait d'écrire le latin comme Eollin, parce que, dit-il, « les délicats sont malheureux, » se contenterait sans doute, dans ses plus grands apparats, d'écrire comme Cicéron à ses jours ordinaires. Mais de même que « les langues n'ont pas été faites par M. Aubineau, > la rhétorique n'a pas été inventée par l'auteur du Pneconiuin; il a beau détester la tyrannie, même la tyrannie de la grammaire, et plaindre les délicats, la rhétorique a des règles, des rigueurs si l'on veut. Les genres sont divers, le style doit se modifier. On ne peut pas, à la grande solennité annuelle de la Sorbonne, parier comme on fait dans une lettre familière. Cette distinction restée sensible en français, où de nos jours cependant la familiarité a pénétré partout, était bien plus impérieuse encore dans l'antiquité : et quand on veut parler comme l'antiquité, il faut en respecter les lois. M. Eigault peut feuilleter Cicéron à son aise : avant de rien citer à l'appui de sa répétition Jianc... hiijusce, il fera bien de consuiteaun homme de goiit, craindre de confondre encore les choses et de chercher à se
LA FIN DE l'intermède. 189
couvrir avec des textes qui ne le défendraient pas.
Il parle de parietibus appictam en glissant, pour ainsi dire. « Il a pris la permission qu'Horace « donne aux écrivains d'étendre le sens des mots € par voie d'analogie, et il Ta fait conformément « au génie de la langue latine. » Ce génie ressemble-t-il au génie de la langue anglaise, familier à Figaro, ou au génie du mauvais peintre dont parle Horace :
Qui variare cupit rem prodigialiter unam, Delphinum fluctibus appingit...?
Est-ce aussi conformément au génie de la langue latine que M. Eigault a dit parietihm appictam ATQUE venerabilem? Il s'est livré à ce sujet à une dissertation où il est difficile de rien comprendre, et qui paraît destinée uniquement à donner le change à ses lecteurs. On n'a pas reproché à M. Eigault d'avoir joint atque avec etsi. M. Eigault est tenté de voir dans ce rapprochement une faute, et une faute grave; « car, dit-il, je trouve ce mot dans un des classiques chrétiens. » C'est trop d'amour pour TÉglise. Avons-nous jamais cherché de pénétrer les mystères des tentations de M. Eigault? ou lui avons-nous reproché d'avoir, contraire-
ment « au génie de la langue latine >, uni par la conjonction atque deux idées d'un ordre différent ; parietibus appictam atquh f^enerabilem? Cette liberté a été qualifiée de barbarisme ou de solécisme. Pourquoi M. Rigault n'a-t-il pas fait son choix? Doit-on au moins conclure de son silence qu'il acquiesce à cette pénible alternative?
Il se tait aussi sur etsi^ qui brise la période d'une manière fâcheuse. Il essaie de défendre ef^* fingere imaginem. C'est Cicéron qui pourvoit encore à la défense. Seulement M. Rigault produit un texte où ne se trouve pas le mot e/Jinger^^ Cicéron a à\i fingere imaginem. Les verbes composés sonnent aux oreilles de M. fiigault comme les verbes simples, Dans le PrsBConium il a confondu pin^ gère avec appingere; aujourd'hui il confond Jin*^ gère et ef fingere. Le sens diffère cependant. Il diffère aussi entre ping ère et fingere. M. Rigault n'a pas eu Tair de s'en douter en écrivant le Prse" conium. Il ne dit rien aujourd'hui de notre remarque à ce sujet : il ne faut pas lui reprocher ce silence : le texte de Cicéron qu'il invoque établit la distinction clairement et peut être considéré comme un aveu. Le Spartiate Agésilas neque pic* tam neque fictam imaginem suam passus est esse,
Fateor offrait au professeur l'occasion d'une plai-
LA FIN DE l'intermède. i9i
ganterie sur Confiteor. Il en a profité en bon universitaire, toujours disposé à armer ses élèves contre le préjugé de la confession. ]^is il ne se moque pas seulement de Confiteor^ il se moque aussi de son lecteur et déplace la question. Il cite plusieurs phrases où se trouve le verbe fateri : il n'en cite aucune ohfateor soit placé incidemment. C'est cependant de fateof^ proposition incidente, que nous avons parlé ; c^^Q^ifateor placé incidemment dans une phrase qui, selon nous, éveille toujours la pensée d'une complicité quelconque de la personne qui parle dans le fait dont il s'agit. Si quatre mois de lecture et «tous les classiques latins (Edit. variorum) » n'ont pu fournir à l'auteur du Prœconium un seul exemple pour contredire notre assertion, n'a-t-on pas lieu de croire qu'elle est fondée? M. Eigault a du malheur. Avoir tant de lecture et trouver si peu de textes 1 Ceux qu'il invoque confirment les critiques adressées au Prœconium. Ainsi, à propos de superfundere^ M. Eigault est scandalisé qu'on ait pu trouver dans ce verbe comme une idée de surabondance et de débordement, quelque chose qui excède et qui s'étend au delà : il cite un vers d'Ovide : ' .
• Nuda superfusis tingamus corpora lymphis.
i92 DE LA RÉTOGATrON DE INÉDIT DE NANTES.
N'est-ce pas là précisément le sens indiqué?
Est-ce que cette eau ne s'étend pas au delà des corps qu'elle baigne ? Et s'il faut comprendre que le species mrtutis est superfusa sur le visage de EoUin comme l'eau sur les corps qu'elle baigne, il faut entendre que l'air de bonté se répand au delà du visage de Rollin et le déborde. M. Rigault insiste : outre Ovide, il cite le dictionnaire, ce dictionnaire qu'il nous reproche de ne pas aimer et où il espère trouver des armes contre nous. Le dictionnaire interprète super/undere : fuTidere supra aliquid. N'avons-nous pas raison de dire que si le species virtutis est un certain air de vertu, species quœdam^ versé sur le visage de Rollin, il est difficile de ne pas conclure que ce species n'est qu'une apparence. M. Rigault discute le mot species; il signifie aspect, dit-il, et, dans l'espèce, « l'acception du mot ne saurait être équivoque : « RoUin était un honnête homme persécuté. » Nous n'avons jamais douté des sentiments de M. Rigault sur RoUin; c'est l'expression qui paraît défectueuse ;. et l'auteur du Prxconium^ qui est un ûonnête homme assurément et qui n'est point persécuté, passe encore ici à côté de l'objection. At-on dit que species ne peut pas être pris en bonne part ? M. Rigault l'assure : c'est qu'il ne se souvient
LA FIN DE l'intermède. 193
plus de ce que nous avons dit. « En général, species accompagné d'un mot abstrait, amicitix, verij etc., indique les dehors, les faux airs d'une vertu recelant toute autre chose au fond. :d Voilà ce que nous disions sur species. Est-ce une grande habileté de nous prêter un autre langage ? et que conclure de cette habileté, sinon que Tauteur du Prâsconium n'a rien à répondre ?
Il nous demande en outre, cet auteur, pourquoi dans cette phrase nous ne voulons pas du mot virtus? Nous l'avons dit : parce que ce mot a diverses [acceptions. Nous avons proposé de le remplacer par honestas. « Mais honestas^ dit « M. Rigault, c'est la réputation qui accompagne € la probité extérieure plutôt que la probité même. « Seriez-vous, monsieur, d'une école qui préfère « la réputation au mérite, et qui subordonne l'être c au paraître? » C'est avec ces traits d'esprit que notre professeur veut soutenir sa réputation d'humaniste. N'eût-il pas mieux fait de vérifier la signification de honestas ? Durant ses quatre mois de lecture, n'a-t-il pas lu le traité de Of^ciis? ou ce traité n'est-il plus compté parmi c les classiques latins ? > Au chapitre second, Cicéron dit que les devoirs ne peuvent être enseignés nisi db iis qui solam^ aut ab iis qui maxime honestatem prop-
TBR BB dicani expetendam : la vertu pour elle* mâme évidemment. Quintilien définit VAonestas : elle doit comprendre /as, pium, justum, 'sequum et mansuetum. Comment trouver là la réputation qui accompagne la probité antérieure ?.*. sinon par € cette voie d'analogie et cette conformité au génie de la langue latine, » que comprend trop bien M. Eigault.
Ou pourrait rapprocher de la définition de Quintilien cette défense du Prmonium, et chercher à combien de parties de Yhonestàs a manqué la plume du professaur. Ce serait c une étude sur le vif, » et M. Rigault assure qu'il les trouve « fort réjouissantes. * Tout le monde n'a pas les mêmes attraits pour cette besogne. Nous préférons nous en tenir à la grammaire, et « peser des riens dans des toiles d* araignée. > Toutefois, il ne faut pas abuser de la patience du lecteur, et je crois en avoir dit assez pour aujourd'hui. II reste peu de chose, d'ailleurs, pour faire connaître toute la défense de M. Rigault. Il se tait et passe condamnation sur plusieurs points, sans doute avec le consentement des autorités universitaires, cum consensu benevolenti summi prsdsidis : nihil nisi boni auguratus estj nulla unquam melior in puerofuit indoks, et 1**. subjonctif abhorreat ne lui suggèrent aucune
LA FIN DE l'intermède. i95
réflexion. Quant àPénumération e#..., et..., dentjue, ou il ne comprend absolument rien à la question, ou il a, recours à l'artifice déjà signalé, et brouille tout pour paraître répondre quelque chose.
Capitis eirietas lui paraît fort bien dit, si bien dit qu'il tfy a pas même lieu à discussion. Nous sommes purement et simplement renvoyés à un exemple de Pline cité par le dictionnaire. Nous cherchons à nous instruire etnousn' avons garde de rejeter les « bons documents qu'on nous donne. » Nous avons donc eu recours aux dictionnaires et à ceux-là même que M. Eigault nous conseille, M. Quicheratdit que eirietas s'emploie au figuré, il cite Pline : « pomi eirietas , abondaQce de suc (dans un fruit). » Le dictionnaire de Freund traduit par M. Theil dit aussi que eirietas s'emploie « métaphoriquement en parlant des choses. » Il cite aussi l'exemple de Pline et le traduit comme M. Quicherat. Enfin, Forcellini, la source où ont puisé les deux autres, rappelle encore l'expression de Pline et l'interprète nimia succi copia. Avionsnous tort de dire que « eirietas^ exprime l'ivresse physique ou un état voisin de la réplétion, » et que tout au plus « capitis eirietas, dans la bouche d'un médecin, pourrait peut-être (par -analogie et
196 DE LA RÉYOGATION DE l'ÉDIT DE NANTES.
conformément au génie de la langue latine) signifier la richesse et l'abondance des humeurs vitales dans une tête, i comme ébrietas pomi signifie la richesse et l'abondance des sucs dans un fruit? On est professeur, et on a l'obligation de se défendre. Encore faut-il respecter la vérité et connaître les éléments de& matières qu'on discute. Evidemment Tauteur a supposé qu'on ne lui répondrait pas; et il ne s'est pas mis en souci d'apprendre ou de respecter les choses dont- il était question. Quintilien trouverait sans doute que quelque partie dé Vhonestas est ici intéressée. Comment se fier après cela aux déclarations de M. Eigault, qui affirme que Yâsre aliéna erga aliquem teneri est une expression fort latine? Il aurait dû apporter la preuve.
Lepuilico munere destitutus etVefaùri offidnà egressus ont tort : « Vous avez peut-être raison, « nous dit M. Eigault, ces expressions sont har- « dies, mais elles sont dans les œuvres latines de « Rollin, et il ne convient pas à son humble bio- « graphe d'être plus difficile que lui. » Voilà un argument, au moins. Il ne convient pas de TafiFaiblir : il faut en laisser à M. Eigault tout le bénéfice auprès du lecteur.
Il ne s'en contente pas cependant tout à fait et
SiV*^<
LA FIN DE l'intermède. 197
il a aussi le chapitre des excuses. « Scaliger a dit « fort spirituellement : Le moderne qui écrit en « latin est comme le juste de TEvangile : il peut « faire sept fautes par page comme le juste sept « péchés par jour. 'i> Si les pages dont parle Scaliger devaient se composer de trois lignes et ne. comprendre qu'une phrase, M. Eigault ne serait pas encore dans la position du juste de Scaliger. Dans la première phrase du PrsRconium^ composée de trois lignes, nous avons pu compter dix fautes. M. Rigault n'a pas vérifié le nombre : il imagine qu'on n'a pas pu « découvrir plus de sept à huit fautes dans tout son discours. > Découvrir, dans, son genre, est une expression aussi hardie au moins que le puMico munere destitutus. Le trouvet-on dans les œuvres françaises de RoUin? et l'humilité est-ellQ là pour quelque chose? La vérité est que nous n'avons pas lu tout le discours tte M. Rigault : nous nous sommes arrêtés au quart environ. Nous avojis examiné la première phrase et effleuré le reste : nous nous sommes bien gardés de noter tout ce que ce rapide examen nous a fait voir; il y faudrait un volume; mais nous en avons dit assez pour justifier l'ambition de M. Rigault et son désespoir d'atteindre à la justice de Scaliger.
iS8 DE LA RÉTOÛATIOK BB l'ÉDIT DE NANTES.
Nous ne dirons rien dea railleries que M. Rif^ault nous adresse. Four rendre ses épigrammes plus faciles, il invente quelque peu. II suppose que nous ne savons pas que le "nom de Bossuet se traduit en latin par So&sttsHus; il est persuadé que c'est lui qui nous a fait connaître le panégyrique de saint Bernard. Il nous condamne pour n'avoir pas reconnu une phrase de Bossuet sous les voiles latins du Praconivm.
Une telle erreur est un cas.
Est un cas pendable.
c Comme elle se sent forte et vigoureuse (la jeu- ( nesse), elle bannit la crainte et tend les voiles « de toutes parts à l'espérance qui l'enfle et la con- « duit. B Qitœ vêla spe semper velut aura aspirante tumescenlia et navem propellentia. La traduction est élégante -et fidèle, et il faut bien souscrire à notre condamnation. Mais un autre suuci travaille encore M; RIgault. Il ne veut pas qu'où môle l'Université à la responsabilité du Pni'coniim. L'auteur se donne en exemple.
Quand il a ri de nos articles sur la révocation de l'édit de Nantes, dit-il, « il a ri de M. Aubineau tout seul, et non pas de la rédaction tout entière ^' Univ&fS. ». II a eu tort de se retenir de la sorte.
LÀ FIN DE L'mTERMit)B. 499
On ne lui en saura aucun gré. La rédaction de r Univers accepte les mérites et les défauts de ses collaborateurs. M. Aubineau n'est désavoué par aucun d'entre eux, et il n'en désavoue non plus aucun. N'est-ce pas la même chose au sein de rUniversité? Et M. Eigault ne donne-t-il pas l'exemple d'un dévouement trop généreux et trop délicat? Il oublie que les délicats sont malheureux. Le latin du Prœconium appartient à l'Université à divers titres : il lui appartient à cause de la confiance qu'elle a montrée au professeur ; il lui appartient à cause de l'agrément que le ministre de l'instruction publique a donné à l'auteur, consensus henevolens summi prœsidis, comme dit le Prœconium, qui ne savait pas qu'il fallût faire le modeste ; ce latin appartient encore à l'Université, à cause de l'aide que l'auteur du Prœco^iium a trouvée auprès de ses anciens et des « conseils bienveillants et précieux » qui lui ont été prodigués; à cause du choix qui a été fait de M. Eigault, avec discernement sans doute et à titre du plus digne ; à cause de l'apparat au milieu duquel ce latin s*est produit et des applaudissements qu'il a emportés ; à cause enfin de l'air de famille qu'on reconnaît entre le latin de M. Eigault et celui des orateurs qui l'ont précédé, et qu on reconnaîtra
DE LA RltVOCATIO» DE l'ÉDIT DE NANTES.
sans doute l'année prochaine au latin qui sera prononcé à la même solennité et dont ou pourrait encore s'entretenir avec quelque profit.
Les réfugiés du dix-neuvième siècle et ceux du dix-septième Même but.— Le prince Guillaume d'Orange et le concours qu'il reçoit des réfugiés. Ils portent les armes contre la patrie. Lamachine infernale de Saint-Malo. Facilité h condamner la mémoire de Louis XIV. Action des protestants en France. Leurs tentatives. Fénelon et les mesures de Louis XIV. Pourquoi le roi devait tendre à détruire le protestantisme. Les violences des huguenots. La Saint-Barthélémy de 1569 en Béarn. Etat du Béarn jusqu'en 1620, malgré les édits de Henri IV et de Louis XIII. Restauration du culte catholique. Notre-Dame des Victoires. Ce qui attache et retient dans l'erreur. Les sociétés secrètes et les regrets de ceux qui y sont engagés. Portrait des huguenots par Fénelon. Moyens employés pour les convertir. Horreur du dix-septième siècle pour le sacrilège. Le roi jaloux du salut des âmes de son peuple. Ses efforts pour ramener les réfugiés dans leur patrie. Le chiffre des réfugiés. La paix au milieu de laquelle s'est accomplie la révocation. La population ne diminue en France qu'en 1689. Lamentation du Constitutionnel. Ses motifs. Son superflu.
Univers^ 20 avril 1858.
Le Constitutionnel^ l'autre jour (1), je ne sais comme il le fit, car il a de bonnes intentions, s'est
(1) 30 mars 1858.
IPE Li KÉVOCATiOM D£ L'ÉUIX DE HANIKS.
pria à, faire Véhge des réfugiés fi-auçaid, à glorifier la justice de leur cause, la beauté de leur courage, la générosité de leur persévérance, à dé])Iorer le malheur et le crime du gouvernement qui iea avait bannis, et n'avait pas voulu profiter de leurs industries et de leurs richesses.
Il s'agissait , il est vrai , des réfugiés du dixseptième siècle ; mais on pouvait espérer que les événements du dix-neuvième avaient jeté quelque jour sur ce qui se passa pendaut le règne de Louis SIV, Il n'en est rien. L'expérience est toujours la plua inutile des leçons. Le Gonstittitionnel s'efforce bien de mettre une certaine différence entre les réfugiés du dix-neuvième siècle et ceux du dix-septième; les uns sont politiques, et les autres étaient religieux. Il oppose la conduite des uns à celle des autres et exalte les réfugiés d'autrefois pour accabler ceux d'aujourd'hui. Il a tort. La conduite des réfugiés de 1687 n'a rien de plus glorieux que celle des réfugiés de nos jours, et la cause, assurément, n'était pas meilleure. Hors duroyaume, les réfugiés français protestants s'occupèrent h soulever toutes les haines contre la France et son souverain. Claude faisait des pamiihlets, comme en fait aujourd'hui M. Pyat. En s'atta-
quant à Louis XIV^ en fait, il s'en prenait à là souveraineté même (1), et cherchait à soulevé? contre elle les haines et la violence populaires^ Les chiens se défendent les uns les autres, disait Jacques II, pourquoi les rois n'en fôraient-ilé pas autant (2) î Et il fit brûler pat la main du bourreau le pamphlet de Claude (3).
Lorsque le prince d'Orange fut arrivé au trône d'Angleterre (1681), les réfugiés français furent entre ses mains les instruments les plus actifs de sa politique contre la France. Ils étaient avides de porter les armes contre leur patrie; ils forniaient les régiments les plus ardents et les plus animés à combattre. Il faut admirer les libéraux> qui ont tant reproché aux émigrés leur innocente armée de Condé et de Coblentz, et qui n'ont jamais eu que des louanges pour les protestants marchant sous les bannières de TAngieterre. L'impétuosité naturelle du sang se changeait en une sorte de férocité quand ces réfugiés
(1) Accueillis en Angleterre par Jacques II et soutenus par ses libéralités, ils conspiraient contre lui au profit du princié d'Orange. Histoire des réfugiés,
(2) Dépêche dô Barillon. 13 mai 1688.
(3) Les plaintes des protestants cruellement persécutés dans le royaume de France, 1713. Bayle ôe moquait des lamentations deClaude.Nos critiques et nos politiques d'aujourd'hui les tiennent pour paroles de l'Evangile.
revoyaient les drapeaux de la patrie. C'était contre les Français qu'ils aimaient surtout à donner. Schomberg leur rappelait alors leurs ressentiments. Son éloquence semble au moins superflue. Alabataille de rAlmanza(1700), en Espagne, quand ces réfugiés, à la solde de l'Angleterre, reconnurent les bataillons français, ils furent comme saisis de rage, et, dédaignant de faire feu, les abordèrent à la baïonnette. Voltaire a exalté cet esprit de patriotisme : on continue à faire comme lui. Ah! dit le Constitutionnel ^ quelle belle vertu! quelle « persévérance dans ce patriotisme ! »
Ce n'était pas seulement par les armes que ces renégats de Dieu et de la patrie attaquaient la France ; on les trouve dans toutes les intrigues qui travaillèrent à la ruine de Louis XIV ; on les voit députés par la haine de Guillaume d'Orange dans les diverses cours de l'Europe, où ils s'efforcent de rompre les alliances de la France, de former -et de rendre chaque jour plus formidable la ligue contre le grand Roi : ils gardent et entretiennent des intelligences dans la patrie, mais ils songent à les exploiter pour le succès de ses enne- % mis. Quand Guillaume d'Orange forma le projet de faire une descente en France (1691)^ c'étaient les réfugiés qui devaient aborder nos côtes, et ils
LES RÉFUGIÉE UOUS DE FHANGEv 205
s'étaient chargés d'apporter les armes pour mettre aux mains des nouveaux convertis qu'ils comptaient soulever (1).
Le Constitutionnel n'est-il pas admirable de trouver « touchante l'illusion j> qui engageait les réfugiés à « prélever une part de leurs revenus pour les frères restés en France et pour racheter secrètement les terres et les maisons paternelles? i> TrouYe-t-il aujourd'hui aussi admirables les subsides que les réfugiés du dix-neuvième siècle peuvent envoyer aux frères restés en France pour contribuer à égarer le peuple, pour l'enrôler dans les sociétés secrètes, pour former chez lui école d'assassinat, pour conserver toujours dans notre pays un moyen d'influence à leurs détestables doctrines ?
On assure que les réfugiés protestants n'allèrent pas jusqu'à recommander l'assassinat : il ne faudrait pas en jurer. J'ignore si en examinant bien on pourrait réellement soutenir cette thèse; mais ne parlons pas des prêches, tenons-nous-en aux actes.
Guillaume, dans sa haine contre Louis XIV, employait tous les moyens de lui faire la guerre.
1) Histoire des réfugiés, t. I, p. 311.
S06 D£ LA RÉYOGATION Dfi l'ÉDIT D£ NANTES.
N'ayant pu opérer sa descente sur nos côtes, il voulut du moins tenter de faire sauter la ville de Saint-Malo. Un réfugié français fabriqua une machine infernale. Un coup de la Providence préserva la ville; toutefois la machine, en éclatant, renversa plus de trois cents maisons (29nov.. 1693). La frénésie était si grande che2 le misérable qui mit ainsi son industrie au service des ennemis de son pays et qui tentait sa ruine à leur profit, qu'il sacrifia volontiers sa vie et périt dans l'explosion qu'il avait provoquée (1).
Tout cela n'a pas besoin de commentaires :
nous n'empruntons rien d'ailleurs aux écrivains opposés à la Réforme; nous parlons d'après les témoignages protestants. C'est M. Weiss, en son Sistoire des réfugiés français^ ouvrage couronné par l'Institut, qui consigne tous ces faits ; et il les admire tout comme fait le Constitutionnel^ mais fort mal à propos, à notre avis.
Si on peut s'en rapporter au témoignage des protestants pour apprécier la gloire de la conduite des réfugiés et la générosité de leurs sentiments envers la patrie qu'ils avaient abandonnée, on aurait tort, ce me semble, de les croire exclusi-
(1) Histoire des réfugiés, t. I, p. 312.
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vement sur les souffrances qu'ils ont supportées en France et sur la pure innocence de leurs pratiques avant et après la révocation de Tédit de Nantes. Le Gonstitutionnel n'est pas tout à fait de l'avis de Jacques II; il ne devine pas l'intérêt des princes à ne pas laisser accuser la souveraineté. Il ne lui en coûte guère de livrer la mémoire de Louis XIV aux passions et aux ignorances populaires. Les rois cependant n'ont- ils pluS droit à la justice? ou bien est-ce la justice de juger les hommes sur des témoignages ennemis et intéressés?
Nous ne discuterons pas ici la révocation de redit de Nantes : c'est un point de notre histoire que les libres-penseurs n'abordent pas librement. La masse des préjugés religieux qui obscurcissent cette question est formidable. Le Constitutionnel d'ailleurs n'entre pas dans le vif. Il ne s'inquiète pas des droits et des devoirs des rois. Il comprend sans doute qu'il y a une justice : il ne sait pas qu'il y a une vérité, et que la justice est un mot, si elle ne se confond avec la vérité. Il ne recherche pas si les protestants ont provoqué les mesures dont ils se plaignent ; il ne s'enquiert pas des motifs de politique et de sagesse qui ont pu guider Louis XIV; il ne se demande pas si
20H DE LA mÉT0CATIO5 DE l'ÉDIT DE XATTES.
les Tiolences et les for&its de la Béfbrme, sans parler da respect de la vérité, n'obligeaie&t pas le Boi à employer tonte sa puissance pour arracher ce ferment de discorde qui avait mis le royaume à deux doigts de sa perte et qui avait couvert notre pays de ruines ; il oublie que les protestants ont commis des attentats de toutes sortes contre les personnes et la société, à peine dépassés par les excès de la* Terreur, et qui ont duré plus long-temps ; il ne sait pas que leur rêve persévérant et toujours repris, par Coligny comme par le duc de Rohan, par les conjurés d'Amboise comme par les assiégés de la Rochelle et les réfugiés à la solde de Guillaume d'Orange, a toujours été l'anéantissement de la monarchie et le déchirement de la France, sous prétexte d'une république aristocratique et huguenote. Le Constitutionnel ne voit rien de tout cela; il pleure et se désole, un peu semblable au spectateur de la tragédie dont se riait Racine, qui pleurait de si bon cœur le pauvre Holopherne méchamment mis à mort par Judith.
Dans ce rôle de nymphe éplorée, le bon journal ne voit pas même bien nettement les faits : si on voulait le croire, on dirait que le roi de France s'est plu à proscrire ses sujets, ou qU*il a cherché en quelque manière à violenter leurs consciences . C'est
SOUS ce jour que les historiens modernes aiment à présenter le principe de la révocation de Tédit de Nantes. Cependant Fénelon, qui savait ce que c'est que la douceur et qui n'ignorait rien de la dignité humaine ; Fénelon, qui n'aimait ni la tyrannie ni le despotisme, a non-seulement approuvé la révocation de redit de Nantes et les diverses mesures qui préparèrent et suivirent cet acte, il y a pris part et, autant qu'il était en lui, il les a provoquées. On a ses lettres à Seignelay, quand il était employé aux missions de Saintonge. Il explique au ministre ce qui lui paraît convenable pour aider aux efforts des missionnaires, et le concours qu'ils attendent de l'autorité temporelle : c'est ce concours qui leur a été donné, et les mesures que Louis XIV a prises sont celles mêmes que Fénelon avait réclamées.
Dira-t-on, comme M. Coquerel^ queFénelon était prêtre et archevêque catholique, et par conséquent complice de meurtre, persécuteur et cruel?
N'est-il pas aussi raisonnable de supposer que les mesures de Louis XIV ne sont pas ce qu'on imagine ordinairement, et qu'il importe de les étudier et de ne pas accepter sans contrôle les assertions protestantes ? Est-ce trop de demander cette discrétion au Constitutionnel?
SiO DE LA RÉYOGATION BS L^IT DB NANTES.
M. Michelet remarque que sous le règne de Louis XlVles protestants se réjouissaientdes succès des ennemis de la France. Après avoir provoqué par leurs manèges politiques des sévérités et une surveillance dont rhistoire de leurs ancêtres obligeait à ne pas se départir, ils provoquèrent eux-mêmes, par le peu de générosité de leur foi, les dernières mesures dont ils se plaignent le plus vivement. Louis XIV devait tendre à restreindre et même à détruire le protestantisme. Les principes de 1789 n'étaient pas encore inventés; leur application n'était pas de mise. Le Roi aurait peut-être ménagé une erreur sérieuse et un aveuglement sincère. Mais lorsqu'il fiit évident à ses yeux que la foi protestante n'était qu'une opposition politique et que la réforme religieuse était un voile, comment pourrait- on le blâmer d'avoir enlevé ce voile, dont se couvraient les ennemis de la monarchie? Suffira-t-il pour rendre son hostilité inviolable de l'abriter sous le couvert de la religion? La révocation de redit de Nantes, nous l'avons déjà dit, n'introduisit pas un état nouveau en France.
Louis XIV prohiba seulement l'exercice public d'un culte qui venait d'être abandonné. Cet acte célèbre du grand Roi avait été précédé de l'abiuration des villes et des provinces entières.