‹ De la Révocation de l'Edit de NantesChapitre 31 sur 43 · I I » ■! ■■■ I I III ■ III ■ I , . ■ I · texte numérisé non relu

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Il ne faut pas oublier comment s'était implanté le protestantisme en France. Le meurtre et le pillage avaient été ses principaux apôtres. Les prédications s'appuyaient sur les supplices et les violences. En 1569, le jour précisément de la Saint-Barthélémy, un massacre des catholiques et des prêtres, beaucoup plus meurtrier sans aucun doute que les représailles prises contre les calvinistes trois ans plus tard, avait ensanglanté le Béarn et noyé, pour ainsi dire, dans le sang tout exercice du culte catholique dans cette province. Les édits du Eoi, qui rendirent en principe la liberté aux catholiques du Béarn, furent impuissants à leur faire rendre leurs églises. : ils restèrent jusqu'en 1620 obligés de se cacher, exposés aux insultes, privés d'édifices convenables pour l'exercice de leur religion; leurs curés et leurs évêques étaient exclus de tout acte public. Il fallut que le Roi vînt en - personne vaincre les résistances et réintégrer les évêques dans les conseils de la nation; il fallut qu'il allât luimême chercher le Saint-Sacrement dans la misérable, petite cabane qui servait au culte catholique, et qu'aux acclamations d'un peuple depuis cinquante ans opprimé dans sa conscience, il le réintégrât dans Téglise de Pau, réconciliée et puri-

fiée de toutes les profanations des hérétiques.

Louis XIV se souvenait de toutes ces résistances. L'église de Notre-Dame des Victoires, à Paris, en perpétuait la mémoire. Il savait sans doute, mieux que son père, faire redouter et respecter sa volonté ; mais ne pouvait-il pas supposer que le protestantisme, implanté par la force au milieu des populations, s*y maintenait par les artifices des ministres et les tyrannies particulières ? Comment pouvait-il croire à la sincérité et à la fermeté de la foi protestante, lorsque la simple manifestation de son désir, l'espérance d'être déchargées d'un impôt suscitaient l'abjuration de villes et de provinces entières? En trois jours, soixante mille protestants abjurèrent à Nîmes. On se faisait catholique par délibération municipale, comme on s'était fait calviniste autrefois.

On assure aujourd'hui que les conversions qui précédèrent la révocation de l'édit de Nantes n'étaient pas sincères. Il ne faudrait pas alors glorifier les réformés. Mais je crois qu'on les calomnie. Ce ne serait pas connaître les hommes de croire que ceux qui vivent dans l'erreur sont sans aucun sentiment de leur triste état. La faiblesse, la routine, les liens de toutes sortes ont beau s'opposer à la lumière, quelque chose de ses éclats pénètre

jusque dans les âmes qui semblent les plus obs- • cures : ces lueurs insuffisantes à transformer un cœur lui donnent cependant une conscience intime et comme indécise peut-être de sa dégradation; il désire se relever, et il n'en trouve pas la force; il a besoin d'un peu d'aide pour briser des liens qui lui sont odieux et dont il ne sait sortir. Parmiles nouveaux co^î?^r<wdudix-septièmesiècle, combien dans le fait saisirent avec reconnaissance la main royale étendue jusque vers eux, et qui les replaçait généreusement dans la vraie lumière de l'Église et dans la force des sacrements de Jésus- Christ? Ne sait- on pas de quels soldats se recrutent toutes les mauvaises causes? Les ignorants n'y sontils pas encore plus nombreux que les pervers? Quand on parvient à dissoudre une société secrète, quel soulagement pour le plus grand nombre de ceux qui s'étaient enrôlés dans ces machines abominables, où la peur les maintenait beaucoup plus que la conviction.

Sans doute, ce sentiment d'allégement et de délivrance n'est pas partagé par tous. Beaucoup, au dix-septième siècle, virent avec rage s'anéantir leurs coupables espérances. Fénelon a tracé le portrait de ceux-là : durs, opiniâtres, envenimés CQntre notre religion, lâches, intéressés et prêts à

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toutes sortes d'hypocrisies. On s'imagine qu*ou eut de la peine à les convertir, et les protestants prétendent qu'on usa de rigueur pour les amener au giron de l'Eglise. L'histoire ne confirme pas ces allégations. Fénelon, au sein des missions de Saintonge, paraît plus occupé de retenir que de précipiter, c Si on voulait leur faire abjurer le christianisme et suivre l'Alcoran, il n'y aurait qu'à leur montrer des dragons, disait-il. Si peu qu'on les presse, disait^il encore, on leur fera faire des sacrilèges innombrables. Et, ajoute-t-il enfin, ils Ont tellement violé par leurs parjures les choses les plus saintes, qu'il reste peu de marques auxquelles on puisse reconnaître ceux qui sont sincères dans leur conversion. >

Ce portrait n'a rien de glorieux pour les réformés. Faut-il, pour qu'il soit complet, ajouter les espérances de Hollande, les insolences des esprits, les assemblées de nuit où se nourrissait le fanatisme? C'était là ce qu'on voulait réprimer. Comment s'étonner qu'on ait sévi contre ces excès ? On savait, dès avant 1789, que la force ne peut rien sur les esprits, et que, pour convertir les hommes, il faut convaincre et toucher les cœurs. Aussi en proscrivant les exercices du culte réformé, on se gardait de presser les nouveaux convertis de s'ap-

LES RÉFUGIÉS HORS D£ FAANGS. âlS

procher des sacrements. On était donc loin de songer à les y contraindre. Les principes de foi étaient trop répandus et encore trop forts à cette époque pour qu'une pareille pensée pût se présenter à un homme du dix-septième siècle. Consultez Lamoignon-Baville, Tatroce Baville, comme disent encore les protestants; il tient sur ce sujet le même langage que Fénelon ; il demande auprès des nouveauût convertis le ministère de prêtres charitables et dévoués qui sachent attendre et gagner, jour par jour, la confiance et le respect des populations aigries. « Le plus mauvais de tous les partis serait de les presser pour l'usage des sacrements, > dit-il. Il redoute, comme Fénelon, le zèle des missionnaires trop ardents, qui ne sauraient attendre dans la prière le résultat de leurs efforts.

Quoi qu'il en soit de ces détails, qui peuvent montrer lentreprise de Louis XIV sous un jour où l'on n'est pas accoutumé de la mettre, on sait que rien n'a moins ressemblé à une proscription que la révocation de Tédit de Nantes. Personne n'ignore les efforts du Eoi pour retenir dans le royaume les nouveaux convertis^ que la Hollande sollicitait en leur faisant de grandes promesses ; et'on peut s'étonner que le Constitutionnel^ tout le long de son article, parle sans cesse de pros-

crits. C'est un mot impropre : il sert à changer entièrement la condition des réfugiés. Loin de les avoir proscrits, Louis XIV envoya des agents dans les divers pays de refuge pour travailler à faire rentrer les fugitifs dans leur patrie. J'aime à croire que ces missions, données par le Roi, sont mal interprétées par nos historiens modernes, lorsqu'ils ne voient là qu'une sollicitude de commerce et d'industrie. On sait que, dans le conseil où fut discutée la révocation de Tédit de Nantes, le Roi avait déclaré que les intérêts matériels lui paraissaient peu dignes de considération comparés à la splendeur de la religion, à la tranquillité de l'État et aux droits de l'autorité. Je ne vois pas qu'il se soit jamais rétracté, et l'intérêt qu'il portait comme Roi chrétien au salut de ses sujets, les soins qu'il avait pris pour leur conversion suffisaient bien à lui faire tenter des démarches auprès des réfugiés. Le Constitutionnel^ qui a pris parti, sans s'en douter peut-être, pour les protestants contre le grand Roi, accepte aussi sur le nombre de ces réfugiés des chiffres inadmissibles. Il suppo&e que 70,000 Français se retirèrent en Angleterre ; comment cela pourrait-il se faire s'il n'en est sorti que 67,000 du royaume? Ils ne se rendirent pas tous en Angleterre, les autres pays réformés en accueil-

lirent un certain nombre, et le duc de Bourgogne, le petit-fils de Louis XIV, l'élève de Fénelon, qui a examiné la question de près et qui en a étudié les détails, estime ce chiffre de 67,000 fort exagéré.

Les historiens protestants, il est vrai, ne sont pas d'accord avec lui, et ils veulent voir dans la révocation de Tédit de Nantes Tunique cause de la dépopulation qui se fit sentir quelques années après dans le royaume. Le Constitutionnel, sans malice et uniquement appliqué à répéter leurs dires, n'a pas manqué d'accepter cette banalité mille fois réfutée. Les guerres, l'augmentation des impôts, la famine et de cruelles maladies ravagèrent la France, et la population y diminua pour descendre sous terre et non pour passer à l'étranger. L'émigration causée par la révocation de l'édit de Nantes fut peu de chose. Bossuet, parlant .de cet événement, célèbre le calme de ce grand mouvement qui fit tomber tout à coup une hérésie invétérée et ramena en foule, aux églises devenues trop étroites pour les recevoir, les troupeaux égarés.

Les documents sont ici d'accord avec l'éloquence : dans cette paix, ce calme et cette prospérité des années qui suivirent la révocation de

l'édit de Nantes, bien loin que rémigration dont on parle ait diminué la population, on en voit le nombre suivre une progression assez régulière. Du moins, cela résulte jusqu'à l'évidence du dépouillement des registres de l'état ciyil de la ville de Tours, dont la ruine, par suite de la révocation, est un acte de foi protestante et philosophi*que. En examinant cette progression du cbifee de la population jusqu'en 1688, on comprend la vérité de ce que dit le duc de Bourgogne, que la France ne sentit pas le vide de l'émigration.

La population commença à diminuer en 1689, et les années qui suivirent furent fatales : tous les maux tombèrent sur notre malheureux pays. Il peut se faire que dans l'excès de la misère des peuples ]e% agitation^ des ministres et les tenta* tives de Vétranger aient alors obtenu un peu plus de succès : c'est une simplicité de dire avec les protestants que les réfugiés, en quittant leur patrie, en ont enlevé le commerce et ont transporté nos industries en pays étranger. Nous avons déjà, à l'occasion du livre de M. Ch. Weiss, expliqué comment il avait fallu altérer les documents qu'on invoque à l'appui de cette thèse pour en tirer des conclusions non-seulement qui n'y sont pas, mais qui sont réfutées par les textes mêmes dont on s'ap*

puie. Nous ne reprendrons pas cette discussion. Nous n'aurons point pitié des larmes versées par le Constitutionnel sur les ruines du commerce de Tours et de Lyon, par exemple, ni sur le transport en Angl^erre des industries françaises. Nous ne lui demanderons pas comment les protestants, exclus des corporations, ont pu transporter en pays étranger les secrets de nos antiques maîtrises. Le mobile de toute cette lamentation est excellent d'ailleurs. Le Constitutionnel a vu dans les journaux anglais que les tisseurs de Spitalfields étaient dans une grande détresse ; Spitalfields esl un quartier de Londres peuplé, dit-on, par des réfugiés français, et nous ne voyons aucun mal à ce que la misère de ces pauvres gens excite la sensibilité du Constitutionnel. Il est tout siniple que cette sensibilité l'attendrisse davantage^ s'il pense que ces malheureux sont en effet les descendants des réfugiés français. Mais il n'avait pas besoin de glorifier leurs ancêtres. La justice et la vérité ont des droits que la compassion ne peut faire oublier.

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