‹ De la Révocation de l'Edit de NantesChapitre 33 sur 43 · M. DE SACY ET M. LE PASTEUR · texte numérisé non relu

M. DE SACY ET M. LE PASTEUR

« autre chimère, celle de leur supériorité intellecc( tuelle et scientifique?

a Que n'aurais-je pas à diïe des autres nations « protestantes ? La lecture delà Bible rend-elle les « fonctionnaires américains plus scrupuleux dans (( le maniement des deniers publics ? Si quelque ce chose étonne aujourd'hui, n*est-ce pas la déca- « dence momentanée, je l'espère, mais bien rapide c( en attendant, de cette grande république? L' Ance gleterre est une puissante et virile nation ; sa c( sagesse politique est proverbiale; ses institutions c( sont justement admirées; jamais elle ne se ce trompe sur ses intérêts ; on n'est pas plus clairii voyant; mais quand a-t-elle risqué, je ne dis pas (c une goutte de son sang, je dis un écu de son (c immense richesse pour soutenir quelque part le ce droit et la justice? De quel œil impitoyable n*acc t-elle pas vu, ^en 1870 et en 1871, les malheurs ce de ses généreux alliés de Sébastqpol ?

ce Notre pauvre France n'est pas toujours raice sonnable, ce n*est que trop vrai. Quand elle n'a ce rien autre chose à faire, trop souvent elle se décc fait elle-même pour passer le temps ; oui, mais, .ce qu'on lui montre où que ce soit l'humanité, le ce droit, la justice en souffrance, un peuple malce heureux et opprimé à secourir, elle y volera au

c( prix même de ses intérêts les plus chers... Folie, (( si vous le voulez, noble folie ! Et aujourd'hui que « d'immenses désastres ont tant amoindri notre « influence" au dehors, ce que nous avons perdu « de crédit et d'autorité, la justice. ne Ta-t-elle pas « perdu avec nous ? Est-ce la Bible, à l'heure qu'il ce est, est-ce l'Evangile qui règne dans les conseils a de l'Europe? Et à qui s'adressent les sanglants (c et trop justes reproches dont le pasteur flétrit « la politique de certains peuples civilisés et a chrétiens à l'égard des peuples encore barce bares et païens? Parce qu'on lit moins la Bible « en France qu'en Allemagne ou en Angleterre, « y reste-t-il moins de foi, et n'est-ce pas chez « nous que le christianisme est encore le plus ce florissant ? »

Tout cela, en étant correct, ne laisse pas d'être aimable, on dirait presque généreux. Après une allusion au patriotisme de son sermonnaire, M. de Sacy revient sûr le même sujet :

<( Je n'accuse pas son patriotisme, je n'accuse ce que le préjugé protestant. Lire la Bible, c'est « très-bien. La lecture de la Bible n'est pourtant ( pas un remède à tout, et c'est des pays où on la (c lit le plus que nous sont venus ces monstrueux ce systèmes de prétendue philosophie qui nous fe-

M. DE SAGY BT M. LE PASTEUR. 229

« raient redescendre bien au-dessous de l'antiquité tt païenne. »

Les colonnes de V Univers ne s'ouvriraient-elles pas volontiers à ce rédacteur du Jowrnal des Débats^ si bien inspiré ? 11 peut avoir des raisons de ménager le pasteur, et peut-être d'exagérer le mérite de sa parole et les fruits de sa prédication. Toutefois, il ne barguigne pas pour signaler les contradictions posées par ceux qu'évangélise ce pasteur, entre leurs principes et leurs actions, entre la doctrine qu'il leur déduit et l'application qu'ils en font. M. de Sacy ne parle pas, d'ailleurs, de ces contradictions sans rendre hommage à Timpartialité du sermonnaire. Peut-être bien cet hommage ne serait pas, aux yeux de tous, aussi mérité que le donne à croire le rédacteur du Jotcrnal des Débats? Nous aurons occasion de le savoir en parlant du pasteur. Eestons pour l'instant aux sentiments de M. de Sacy. Il s'agit des persécutions « qu'essuient, à l'heure qu'il est, les ordres « religieux et le clergé catholique dans les pays « protestants. »

« Chose curieuse-, » dit M. de Sacy, — et il eut pu employer une mitre épithète^ — « chose cu- « rieuse! la remarque est bonne à faire en passant: « les protestants sont parfaitement libres aujour-

330 PE LA nÉTOCATIOiV SB l'ËDIT DE NANTES.

« d'hui dans les pays catholiques, les catholiques « ne sont pas libres daus plusieurs des principaux a pays protestants. C'est même au nom de lali- « berté qu'ofl leur enlève celle de professer leur (< foi. Ce serait bien comique si ce n'était pas si (c tri.ste. n

Le rédacteur du Journal des Délais paraît vraiment aiïccté du malheur de l'Eg-Iise; il participe & sa souffrance et se donne pour un de ses enfants; il se pique d'appartenir h son g^iron. S'il trouve de la délectation à lire les sermons d'un pasteur hétérodoxe, s'il en recommande la lecture à tout catholique, et s'il se dit avide de les connaître, il n'eu tient pas moins à marquer qu'il ne les a pas entendus : « Je suis peu familier, dit-il, « avec la chaire protestante. « Et il insiste en notant ce que l'enseignement qui tombe de cette chaire a a de disparate » avec le reste des sermons, pour lui du moins, i habitué au langage « de la chaire catholique. "

Il précise ces dissonances de langage et les compare à ces coups de tampon inattendus qui, Bans blesser personne, font sauter sur leur banquette tous les voyageurs d'un train de chemin de fer.

« Quand, par exemple, le sermoiiuaire associe

M. DE SACÏ ET M.

« le nom de Luther à celui de saint Bernard.

a Que voulez-vous? C'est tout naturel assuré- « ment dans sa bouche. II serait absurde do s'en « scandaliser, mais je ne m'y attendais pas; « je croyais lire Bourdaloue, et je tombe tout « à coup, sans la moindre transition, en plein « protestantisme. »

Ou n'est pas plus délicat : et M. de Sacy est tout il fait digne de louange. Je ne puis relever tout ce qu'il dit d'exquis sur l'amour de l'Eg-lise. Cet ft habitué de la chaire catholique n remarque qu'un ministre protestant parle en son propre nom et de son autorité personnelle :

« 11 n'a pas derrière lui, pour appuyer et garante tir sa parole, une grande église constituée, une « longue suite d'évêques, de papes, de docteurs, « de conciles, une Tradition nou interrompue de a dis-huit siècles. »

n constate que cette parole a toujours « quelle que chose de laïque qui étonne un peu. » Il ne dit pas quelque chose de marié, mais le mot est an bout de la plume et se laisse deviner.

L'écrivain ajoule » qu'on cherche en vain a à cette parole » l'autorité que donne aux prédica- H teurs ce que j'appellerai, dit-il, leur caractère sait cerdotul, » L'audaccj dont il croît témoigner en

attribuant aux prédicateurs catholiques « ce qu'il appelle un caractère sacerdotal, > est le seul point qui détonne, au milieu des protestations du respect de M. de Sacy pour l'Eglise catholique. Sans doute cette « disparate :^ pourrait faire prévoir à un lecteur" prudent les coups de tampon auxquels il s'expose dans la compagnie du Journal des Débats.

Nous ne mettrons pas au nombre de ces coups de tampon les éloges excessifs que fait M. do. Sacy de son pasteur, qu'en fait de critique il compare à La Bruyère. A travers ces outrances, il a encore de bien jolis traits et bien fins. M. de Sacy parle de la foi de son pasteur, sa foi absolue, sa foi qui fait peur, dit-il; il vante sa sévérité sur le dogme. « Ah! mon f Dieu, s'écrie-t-il, est-ce donc la peine de se faire <r protestant pour tout croire et tout pratiquer! > M. de Sacy veut rire. Assurément il sait bien qu'avec l'infaillibilité de l'Eglise, « ce point si important! D le pasteur rejette bien des croyances et bien des pratiques: l'Eucharistie, la sainte Messe, la confession, qui sont encore des points importants, n'en déplaise aux beaux " esprits. Est-il besoin d'insister?

Quelle juste et charmante remarque sur la théologie et l'estime qu'on en doit faire.

Page 1