M. DE SÂGT ET M. LE PASTEUR
lémon. C'est la plus courte des épîtres de Tapôtre, et M. de Sacy T avait lue avec les autres — il tient à ce qu'on le sache, — mais sans y faire une grande attention. Le commentaire du pasteur lui a ouvert les yeux sur^ les mérites de cette incomparable épître. Il en exalte la délicatesse infinie des tours de langage et la grâce des expressions. Il est intarissable, et volontiers on s'attarderait à l'écouter. Il conclut : « Le génie de S. Paul est dans <r ses autres épîtres, tout son cœur est dans celle- (V ci. > Et aussitôt, sans transition, il ajoute :
c Tout à coup, un souvenir s'est réveillé dans t ma mémoire. Une autre lettre, une épître qui < n'est pas d'un saint, il s'en faut, s'est présentée c à mon esprit par je ne sais quelle liaison d'idées; € une lettre plus courte encore que celle de saint <t Paul, et, dans son genre, presque aussi belle. Et a de qui est-elle, cette lettre? Pardonnez-moi, « monsieur le ministre, -ne vous scandalisez pas, « lecteur : de Voltaire : oui, de Voltaire! C'est la « dernière que • Voltaire ait écrite, bien peu de m moments avant de rendre le dernier soupir, sur « son lit de mort, et lorsqu'il n'avait plus de rôle « à jouer en ce monde. Elle est adressée b M. de « Lally-ToUendal, dont le roi Louis XVI venait de « réhabiliter le père par un édit dû en grande par-
« tie aux efforts généreux du fils. La voici, cette « lettre si glorieuse pour la mémoire de Voltaire :
« Le mourant ressuscite en apprenant cette « grande nouvelle; il embrasse bien tendrement « M. de Lally ; il voit que le roi est le défendeur « de la justice; il mourra content. »
« Peu de minutes après, Voltaire n'était plus. »
L'assommoir est sans rémission. C'était bien Ta peina de se donner pour un habitué de la chaire catholique. C'était bien la peine de rappeler au ministre protestant l'autorité du caractère sacerdotal, l'infaillibilité de TEglise et la divinité de la morale véritable, pour proposer à l'Eglise infaillible et divine de placer Voltaire à côté de saint Paul. C'était bien la peine de se scandaliser du rapprochement des noms de Luther et de saint Bernard ! Est-ce que le nom de Voltaire n'est pas aussi monstrueux et aussi infâme que celui de Thérésiarque du seizième siècle? Voltaire et saint Paul ! M. de Sacy prétend justifier cette impertinence. Il vise tout au moins à gagner ses lecteurs; mais c'est une monnaie de singe qu'il essaye de leur compter :
a Assurément je ne prétends pas, dit-il, faire de a Voltaire, avec ces quatre lignes, un élu, un « apôtre, ijn saint Paul; qui osera dire cependant