‹ De la révocation de l'Edit de NantesChapitre 11 sur 18 · LA FIN DE L INTERMÈDE · texte numérisé non relu

LA FIN DE L INTERMÈDE

Pourquoi nous sommes en retard a.ec M. Rigault. Un délai de quatre mois tt un éloge relatif. l\i. Rigault tourne autour du débat. La grande jeunesse de M. Rigault d'il y a quatre mois et ses lectures depuis ce temps. Lectures trop précipitées. L'homme d'un seul livre. Cicéron et ses lettres familières. Le style solennel. La rhétorique n'est pas de l'invention de M. Rigault CGû plus que les langues de celle de M. Aubineau. Le génie de la langue latine. Effingere et fingere. Pingere et fingere. Fateor, proposition incidente. Superfundere. Les exemples donnés par M. Rigault contîrment lacritique. Species superfusa. Le dictionnaire. Le sentiment de M. Rigault sur Roliiu, et l'expression de ce sentiment. En quoi cette expression est défectueuse. Virtus. Hunestas. — Ce qui reste de la défense de W. Rigault. En se défendant, il faui respecter la vérité et ne pas trop intéresser IVione^fa-s. Les fautes fourmillent dans \e Pra:conhim. Petites épigrammes et petites inventions. Bossuetius, L'Université couvre-t-elle ou désavouet-elle ses membres?

l Hivers, '^ janvier 1«54.

M. Rigault a répondu à nos observations sur le Prxconium de Rollino. Il s'est servi de l'intermédiaire de la maison Hachette. Nous n'avons pas

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de relations bien fréquentes dans ces parages ; aussi l'épître, — c'est une épître à nous adressée, — a-t-elle mis quelques jours à parvenir dans.nos bureaux, et les abonnés de la Rezue de V instruction pioUique en ont pris connaissance avant nous. Il faut entrer dans ce détail; le professeur est ombrageux; il aime qu'on entretienne le public de ses élucubrations quand elles sont encore dans la fleur de la nouveauté.

Le délai de quatre mois, que nous avons mis à parler du Prœconium^ le chagrine ; il n'est pas bien certain d'y trouver une preuve de son mérite. Tl y voit cependant « un éloge relatif dont se contente son humilité. »

Voilà une humilité bien placée. Mais comment, étant si habile à démêler sa gloire en toutes choses, M. Rigault n'a-t-il pas deviné qu'une œuvre de l'importance du Prxconhim, ornée de tels agréments de style et si bien affranchie « des tyrannies de la grammaire, » ne devait pas vieillir, et que X Univers pouvait en prendre à son aise? Le public aime toujours à être entretenu des choses singuHères. Une pareille explication est plausible assurément et fort honorable. Par malheur, l'auteur du Prsef'onmm ne s'en est pas avisé. S'aviset-on de tout? et l'éloge relatif ne satisfait pas

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tellement son humililé que ces quatre mois ne lui reviennent à l'esprit. Il s'en tourmente.

En son âme et conscience, il nous trouve à plaindre d'avoir consacré quatre mois à un « mûr examen » du Prxconium. Cette compassion part d'un bon naturel : elle est lég-itime. Il ne faut rien moins que le témoig-nag-e de « son savant collègue, M. Weiss, i> pour calmer les soucis de M. Rig-ault, le rassurer sur notre sort et lui apprendre que nous avons pu, durant ces quatre mois, nous appliquer à d'autres travaux.

Au reste, le temps ne fait rien à l'affaire : c'est Alceste qui le dit à Oronte; et la seule question est de savoir si nos observations sont fondées. M. Rigault paraît avoir quelque répugnance à aborder ce point décisif. Il joue tous les rôles avant de s'y déterminer. Il s'humilie, il se vante, il fait le rodomont, il imite Scipion, parle de ses triomphes et croit modter au Capitule ; il invoque sa jeunesse et ses bonnes résolutions; il cite Sganarelle quelquefois aussi heureusement que « son savant collègue, M. Weiss, t> cite Vénus; il nomme Tibère, Voltaire, Scioppius; il aiguise des épigrammes, il maxime des axiomes, il n'oublie pas la Sagesse des nations : à pédant, pédant et demi, dit-il, bien certain de l'emporter sur quiconque

d86 PE LA RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES.

en ce dernier point. Au travers de tout cela, le pauvre homme se dispenserait volontiers de répondre. C'était une assez lourde tâche d'écrire le Prœconium^ dura lex; c'en est une plus dure encore de le défendre. Mais on appartient à l'Université : il faut veiller à l'honneur du corps et garder aussi la position qu'on y a conquise. Tout est bon pour arriver à cette fin : l'esprit, la science, l'impertinence et même les circonstances atténuantes.

Ces circonstances atténuantes sont la grande jeunesse dont jouissait M. Rigault, il y a quatre mois. « Son discours, dit-il, commence à se <L perdre dans la nuit des temps, » et c'est par une condescendance, dont nous devons être fort honorés, que le vénérable professeur d'aujourd'hui veut bien « remonter le cours des années et « aborder l'examen de cette œuvre de jeunesse. »

En même temps, il fait ses protestations d'être désormais plus sage et plus savant, a Depuis <r quatre mois, dit-il, j'ai pu relire tous les clas- « siques latins (Edit. variorum) et perfectionner « mon éducation latine. » La parenthèse est dans le texte. Ce n'est peut-être pas pour nous qu'elle a été ouverte.

En quoi les lectures de M. Rigault nous inté-

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ressent-elles ? et avons-nous affaire des éditions qu'il emploie? Tient-il à notre sentiment? Ces lectures nous paraissent bien précipitées : si on y ajoLte le soin quotidien d'une classe et une collaboration active aux journaux, il est difficile d'y puiser ceUe perfection d'éducation littéraire où Tauteur du Prxconmm se croit parvenu. Puisqu'il aime les proverbes, il devrait les mettre en pratique. Il n'est peut-être pas bon de partager son esprit entre tant de trLvaux : c'est l'homme d'un seul livre qui est sérieux. M. Rigault ne donnera pas de démenti à cette assertion. D'ailleurs, si quatre mois lui suffisaient à perfectionner son éducation latine, que n'attendait-il quatre mois pour parler latin ?

Cependant cette éducation latine de M. Rigault n'est pas encore à un très-haut degré de perfection, malgré la lecture des éditions Variorum. L'auteur du pTœconium^ dans tout l'éclat de cette science nouvellement acquise, ne répond pas encore bien pertinemment aux observations qui lui ont été adressées sur les œuvres de sa jeunesse.

Pour justifier son exorde, il s'appuie de Cicéron. C'est au style de Cicéron même qu'appartient cette répétition que nous avons traitée de malencontreuse : Hancimaginem... Jmjusce domus. M. Ri-

I'*^S DE LA RÊYOCATION DE l'ÉDTT DE NA^'TES.

gault en apporte la preuve. Il est allé la chercher dans les lettres familières. Est-ce sur les lettres familières qu'il faut prendre modèle pour Texorf^e d'une harangue solennelle? M. Rigault, qui se contenterait d'écrire le latin comme RoUin, parce que, dit-il, « les délicats sont malheureux, » se contenterait sans doute, dans ses plus grands apparats, d'écrire comme Cicéron à ses /)urs ordinaires. Mais de même que « les langue n'ont pas été faites par M. Aubineau, :> la rhétorique n'a pas été inventée par l'auteur du Prse^onium ; il a beau détester la tyrannie, même la tyrannie de la grammaire, et plaindre les délicais, la rhétorique a des règles, des rigueurs si l'on veut. Les genres sont divers, le style doit se modifier. On ne peut pas, à la grande solennité annuelle de la Sorbonne, parler comme on fait dans une lettre familière. Cette distinction restée sensible en français, où de nos jours cependant la familiarité a pénétré partout, était bien plus impérieuse encore dans l'antiquité : et quand on veut parler comme l'antiquité, il faut en respecter les lois. M. Rigault peut feuilleter Cicéron à son aise : avant de rien citer à l'appui de sa répétition lanc. Mjiisce^ il fera bien de consulter m homme de goût, craindre de confondre encore les choses et de chercher à se

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couvrir avec des textes qui ne le défendraient pas.

Il parle de parietibus appictam en glissant, pour ainsi dire. « Il a pris la permission qu'Horace « donne aux écrivains d'étendre le sens des mots « par voie d'analogie, et il l'a fait conformément « au génie de la langue latine. y> Ce génie ressemble-t-il au génie de la langue anglaise, familier à Figaro, ou au génie du mauvais peintre dont parle Horace :

Qui variare cupit rem prodigialiter unam, Delphinum fluctibus appingit...?

Est-ce aussi conformément au génie de la langue latine que M. Rigault a dit parietibus appictam ATQUE renerabilem? Il s'est livré à ce sujet à une dissertation où il est difficile de rien comprendre, et qui paraît destinée uniquement à donner le cliange à ses lecteurs. On n'a pas reproché à M. Rigault d'avoir joint atqice avec etsi. M. Rigault est tenté de voir dans ce rapprochement une faute, et une faute grave; « car, dit-il, je trouve ce mot dans un des classiques chrétiens. » C'est trop d'amour pour l'Église. Avons-nous jamais cherché de pénétrer les mystères des tentations de M. Rigault? ou lui avons-nous reproché d'avoir, contraire-

ment « au génie de la langue latine 3), uni par la conjonction atque deux idées d'un ordre différent : parietibîis appictam atque Tenerabilem? Cette liberté a été qualifiée de barbarisme ou de solécisme. Pourquoi M. Bigault n'a-t-il pas fait son choix? Doit-on au moins conclure de son silence qu'il acquiesce à cette pénible alternative ?

Il se tait aussi sur etsi^ qui brise la période d'une manière fâcheuse. Il essaie de défendre effingere imaginem. C'est Cicéron qui pourvoit encore à la défense. Seulement M. Rigault produit un texte où ne se trouve pas le mot ef fingere, Cicéron a àii fingere imaginem. Les verbes composés sonnent aux oreilles de M. Rigault comme les verbes simples. Dans le Po^seconium il a confondu pingère avec appingere; aujourd'hui il confond fingere et effingere. Le sens diffère cependant. Il diffère aussi entre pingere et fingere. M. Rigault n'a pas eu l'air de s'en douter en écrivant le Prœ- C07iium. Il ne dit rien aujourd'hui de notre remar^ que à ce sujet : il ne faut pas lui reprocher ce silence : le texte de Cicéron qu'il invoque étabUt la distinction clairement et peut être considéré comme un aveu. Le Spartiate Agésilas neque pictam neque fictam imaginem, suam passus est esse,

Fateor offrait au professeur l'occasion d'une plai-

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santerie sur ConfiteoT. Il en a profité en bon universitaire, toujours disposé à armer ses élèves contre le préjugé de la confession; Mais il ne se moque pas seulement de Confiteoi\ il se moque aussi de son lecteur et déplace la question. Il cite plusieurs phrases où se trouve le verbe fateri : il n'en cite aucune ovifateor soit placé incidemment. C'est cependant de fateor^ proposition incidente, que nous avons parlé ; ç^\s>ifateor placé incidemment dans une phrase qui, selon nous, éveille toujours la pensée d'une complicité quelconque de la personne qui parle dans le fait dont il s'agit. Si quatre mois de lecture et a tous les classiques latins (Edit. variorum) y> n'ont pu fournir à l'auteur du Prœconiur/i un seul exemple pour contredire notre assertion, n'a-t-on pas lieu de croire qu'elle est fondée? M. Rigault a du malheur. Avoir tant de lecture et trouver si peu de textes! Ceux qu'il invoque confirment les critiques adressées au Prœconimn. Ainsi, à propos de superfimdere^ M. Rigault est scandalisé qu'on ait pu trouver dans ce verbe comme une idée de surabondance et de débordement, quelque chose qui excède et qui s'étend au delà : il cite un vers d'Ovide :

Nuda superfusis tingamus corpora lymphis.

N'est-ce pas là précisément îe sens indiqué? Est-ce que cette eau ne s'étend pas au delà des corps qu'elle baigne ? Et s'il faut comprendre que le species mrtutis est sitper/usa sur le visage de Eollin comme l'eau sur les corps qu'elle baigne, il faut entendre que l'air de bonté se répand au delà du visage de Eollin et le déborde. M. Rîgault insiste : outre Ovide, il cite le dictionnaire, ce dictionnaire qu'il nous reprocbe de ne pas aimer et où il espère trouver des armes contre nous. Le dictionnaire interprète superfundere : fundere supra aliquid. N'avons-nous pas raison de dire que si le species rirtîUls est un certain air de vertu, species qioœdam^ versé sur le visage de Rollin, il est difficile de ne pas conclure que ce species n'est qu'une apparence. M. Rigault discute le mot species; il signifie aspect, dit-il, et, dans l'espèce, « l'acception du mot ne saurait être équivoque : « Rollin était un bonnète bomme persécuté. » Nous n'avons jamais douté des sentiments de M. Rigault sur Rollin; c'est l'expression qui paraît défectueuse; et l'auteur du Prseconium^ qui est un ûonnête bomme assurément et qui n'est point persécuté, passe encore ici à côté de l'objection. At-on dit que species ne peut pas être pris en bonne part ? M. Rigault l'assure : c'est qu'il ne se souvient

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plus de ce que nous avons dit. « En général, species accompagné d'un mot abstrait, amicit'm, veri, etc., indique les dehors, les faux airs d*une vertu recelant toute autre chose au fond, d Voilà ce que nous disions sur S2)ecies, Est-ce une grande habileté de nous prêter un autre langage ? et que conclure de cette habileté, sinon que l'auteur du Prxconiim n'a rien à répondre r

Il nous demande en outre, cet auteur, pourquoi dans cette phrase nous ne voulons pas du mot Tirtus? Nous lavons dit : parce que ce mot a diverses [acceptions. Nous avons proposé de le remplacer par honestas. . Mais Jionestas, ait <^ M. Rigault, c'est la réputation qui accompagne « la probité extérieure plutôt que la probité même. « Seriez-vous, monsieur, d'une école qui i^réfère « la réputation au mérite, et qui subordonne l'être ^ au paraître? . C'est avec ces traits d'esprit que notre professeur veut soutenir sa réputation d'humaniste. N'eût-il pas mieux fait de vérifier la sigm'fication de honestas ? Durant ses quatre mois de lecture, n'a-t-ii pas lu le traité de Ofjciis? ou ce traité n'est-il plus compté parmi . les classiques latms? . Au chapitre second, Cicéron dit que les devoirs ne peuvent être enseignés nisi ah lis qui solam^ aiU ah lis qui maxime honestatem prop-

i94 DE LA. RÉYOGATION DE L^ÉDIT DE NANTES.

TER SE (licant expetendam : la vertu pour ellemême évidemment. Quintilien définit Yhonestas : elle doit comprendre fas^ 2r^^^^^, jîistum, œqimm et moMSîceUcm. Comment trouver là la rèimtation q^vÀ accompagne la jwohité extérieur ef,.. sinon par « cette voie d'analogie et cette conformité au génie de la langue latine, » que comprend trop bien M. Eigault.

On pourrait rapprocher de la définition de Quintilien cette défense du Po'œconium^ et chercher à combien de parties de Yhonestas sl manqué la plume du profe:^s3ur. Ce serait « une étude sur le vif, D et M. Rigault assure qu'il les trouve « fort réjouissantes. y> Tout le monde n'a pas les mêmes attraits pour cette besogne. Nous préférons nous en tenir à la grammaire, et a peser des riens dans des toiles d'araig'née. d Toutefois, il ne faut pas abuser de la patience du lecteur, et je crois en avoir dit assez pour aujourd'hui. Il reste peu de chose, d'ailleurs, pour faire connaître toute la défense de M. Rigault. Il se tait et passe condamnation sur plusieurs points, sans doute avec le consentement des autorités universitaires, ciim consensu henevolenti smnmi j^vxsidls : nihil nisi boni aiiguratus est, milla unquam melior in fuero fuit indoles, et le subjonctif ahhorreat ne lui suggèrent aucune

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réflexion. Quant à l'énumération ^^..., et..., denique, ou il ne comprend absolument rien à la question, ou il a recours à l'artifice déjà signalé, et brouille tout pour paraître répondre quelque chose.

Ccrpitis ehrietas lui paraît fort bien dit, si bien dit qu'il n'y a pas même lieu à discussion. Nous sommes purement et simplement renvoyés à un exemple de Pline cité par le dictionnaire. Nous cherchons à nous instruire etnousn'avons garde de rejeter les « bons documents qu'on nous donne, d Nous avons donc eu recours aux dictionnaires et à ceux-là même que M. Rigault nous conseille. M. Quicheratdit que ehrietas s'emploie au figuré, il cite Pline : « pomi ehrietas, abondance de suc (dans un fruit). » Le dictionnaire de Freund traduit par M. Theil dit aussi que ehrietas s'emploie « métaphoriquement en parlant des choses. » Il cite aussi l'exemple de PHne et le traduit comme M. Quicherat. Enfin, Forcellini, la source où ont puisé les deux autres, rappelle encore l'expression de Pline et l'interprète ni7nia succi copia. Avionsnous tort de dire que « ehrietas, exprime l'ivresse physique ou un état voisin de la réplétion, d et que tout au plus « capitis ehrietas, dans la bouche d'un médecin, pourrait peut-être (par analogie et

conformément au génie de la langue latine) signifier la richesse et l'abondance des humeurs vitales dans une tète, » comme ehietas pomi signifie la richesse et l'abondance des sucs dans un fruit? On est professeur, et on a l'obligation de se défendre. Encore faut-il respecter la vérité et connaître les éléments des matières qu'on discute. Evidemment l'auteur a supposé qu'on ne lui répondrait pas; et il ne s'est pas mis en souci d'apprendre ou de respecter les choses dont il était question. Quintilien trouverait sans doute que quelque partie de YJionestas est ici intéressée. Comment se fier après cela aux déclarations de M. Rigault, qui affirme que Ysere alieno erga aUciiiem teneri est une expression fort latine? Il aurait du apporter la preuve.

Le2JuMico mnnere destitutus QtYefabri officinâ egressiis ont tort : « Vous avez peut-être raison, a nous dit M. Rigault, ces expressions sont harc dies, mais elles sont dans les œuvres latines de « Rollin, et il ne convient pas à son humble bioce graphe d'être plus difficile que lui. j> Voilà un argument, au moins. Il ne convient pas de l'affaiblir : il faut en laisser à M. Rigault tout le bénéfice auprès du lecteur.

Il ne s'en contente pas cependant tout à fait et

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il a aussi le chapitre des excuses. « Scali^er a dit (( fort spirituellement : Le moderne qui écrit en c( latin est comme le juste de l'Evangile : il peut « faire sept fautes par page comme le juste sept « péchés par jour. » Si les pages dont parle Scaliger devaient se composer de trois lignes et ne comprendre qu'une phrase, M. Rigault ne serait pas encore dans la position du juste de Scaliger. Dans la première phrase du Prœconmm^ composée de trois lignes, nous avons pu compter dix fautes. M. Rigault n'a pas vérifié le nombre : il imagine qu'on n'a pas pu a découvrir plus de sept à huit fautes dans tout son discours. » Découvrir, dans son genre, est une expression aussi hardie au moins que le puhlico munere destitutus. Le trouvet-on dans les œuvres françaises de Rollin ? et l'humilité est- elle là pour quelque chose? La vérité est que nous n'avons pas lu tout le discours de M. Rigault : nous nous sommes arrêtés au quart environ. Nous avons examiné la première phrase et effleuré le reste : nous nous sommes bien gardés de noter tout ce que ce rapide examen nous a fait voir ; il y faudrait un volnme ; mais nous en avons dit assez pour justifier l'ambition de M. Rigault et son désespoir d'atteindre à la justice de Scaliger.

Nous ne dirons rien des railleries que M. Eig-ault nous adresse. Pour rendre ses épigrammes plus faciles, il invente quelque peu. Il suppose que nous ne savons pas que le nom de Bossuet se traduit en latin par Bossuetius; il est persuadé que c'est lui qui nous a fait connaître le panégyrique de saint Bernard. Il nous condamne pour n'avoir pas reconnu une phrase de Bossuet sous les voiles latins du PrcBConium.

Une telle erreur est un cas, Est un cas pendable.

« Comme elle se sent forte et vigoureuse (la jeu- « nesse), elle bannit la crainte et tend les voiles « de toutes parts à l'espérance qui l'enfle et la con- « duit. » Quœ rela spe semper "celui aura aspira7ite tumescentia et nàvem propellentia. La traduction est élégante et fidèle, et il faut bien souscrire à notre condamnation. Mais un autre souci travaille encore M. Eigault. Il ne veut pas qu'on mêle l'Université à la responsabilité du Prœconium. L'auteur se donne en exemple. Quand il a ri de nos articles sur la révocation de l'édit de Nantes, dit-il, «c il a ri de M. Aubineau tout seul, et non pas de la rédaction tout entière del' Univers. » Il a eu tort de se retenir de la sorte.

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On ne lui en saura aucun gré. La rédaction de r U^7î ivers accepte les mérites et les défauts de ses collaborateurs. M. Aubineau n'est désavoué par aucun d'entre eux, et il n'en désavoue non plus aucun. N'est-ce pas la même chose au sein de l'Université? Et M. Rigault ne donne-t-il pas l'exemple d'un dévouement trop généreux et trop délicat? Il oublie que les délicats sont malheureux. Le latin du Prxconium appartient à l'Université à divers titres : il lui appartient à cause de la confiance qu'elle a montrée au professeur ; il lui appartient à cause de l'agrément que le ministre de l'instruction publique a donné à l'auteur, consensits henevoUns siimmi prœsidis, comme dit le Prœconiîcm, qui ne savait pas qu'il fallût faire le modeste ; ce latin appartient encore à l'Université, à cause de l'aide que l'auteur du Prœco7iium a trouvée auprès de ses anciens et des <r conseils bienveillants et précieux » qui lui ont été prodigués; à cause du choix qui a été fait de M. Rigault, avec discernement sans doute et à titre du plus digne; à cause de l'apparat au milieu duquel ce latin s'est produit et des applaudissements qu'il a emportés ; à cause enfin de l'air de famille qu'on reconnaît entre le latin de M. Rigault et celui des orateurs qui l'ont précédé, et qu'on reconnaîtra

i>00 DE LA RÉYOGA.TI0N DE l'ÉDIT DE NANTES.

sans doute l'année prochaine au latin qui sera prononcé à la même solennité et dont on pourrait encore s'entretenir avec quelque profit.

Les rél'ugiés du dix-neuvième siècle et ceux du dix-sejjtième Même but. — Le prince Guillaume d'Orange et le concours qu'il reçoit des réfugiés. Ils portent les armes contre la patrie. La machine infernale de Saint-Malo. Facilité à condamner la mémoire de Louis XIV. Action des protestants en France. Leurs tentatives. Féuelon et les mesures de Louis XIV. Pourquoi le roi devait tendre à détruire le prorestaniisnve. Les violences des huguenots. La Saint-Barthélémy de 1509 en Béarn. Etat du Béarn jusqu'en 1620, malgré les édits de Henri IV et de Louis XIII. Restauration du culte catholique. Notre-Dame des Victoires. Ce qui attache et retient dans l'erreur. Les sociétés secrètes et les regrets de ceux qui y sont engagés. Portrait des huguenots par Fénelon. Moyens employés pour les convertir. Horreur du dix-septième siècle pour le sacrilège. Le roi jaloux du salut des âmes de son peuple. Ses efforts peur ramener les réfugiés dans leur patrie. Le chiffre des réfugiés. La paix au milieu de laquelle s'est accomplie la révocation. La population ne diminue en France qu'eu 1689. Lamentation du Constifxtionnel. Ses motifs. Son superflu.

Vnivers, 20 avril 1858.

Le Constitutionnel ^ l'autre jour (1), je ne sais comme il le fit, car il a de bonnes intentions, s'est

(1) 30 mars 1858.

202 DE L.\ RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES.

pris à faire i'éloge des réfug-iés frcinçais,-à glorifier la justice de leur cause, la beauté de leur courage, la générosité de leur persévérance, à déplorer le malheur et le crime du gouvernement qui les avait bannis, et n'avait pas voulu profiter de leurs industries et de leurs richesses.

Il s'agissait , il est vrai , des réfugiés du dixseptième siècle ; mais on pouvait espérer que les événements du dix-neuvième avaient jeté quelque jour sur ce qui se passa pendant le règne de Louis XIV. Il n'en est rien. L'expérience est toujours la plus inutile des leçons. Le ConstUutionnel s'efforce bien de mettre une certaine différence entre les réfugiés du dix-neuvième siècle et ceux du dix- septième; les uns sont politiques, et les autres étaient religieux. Il oppose la conduite des uns à celle des autres et exalte les réfugiés d'autrefois pour accabler ceux d'aujourd'hui. Il a tort. La conduite des réfugiés de 1687 n'a rien de plus glorieux que celle des réfugiés de nos jours, et la cause, assurément, n'était pas meilleure. Hors du royaume, les réfugiés français protestants s'occupèrent à soulever toutes les haines contre la France et son souverain. Claude faisait des pamphlets, comme en fait aujourd'hui M. Pyat. En s'atta-

quant cl Louis Xl\ , eu fait, il seu pieuait a la souveraineté même (1), et cherchait à soulever contre elle les haines et la violence populaires. Les chiens se défendent les uns les autres, disait Jacques II, pourquoi les rois n'en feraient-ils pas autant (2) ? Et il fit brider par la main du bourreau le pamphlet de Claude (3).

Lorsque le prince d'Orange fut arrivé au trône d'Angleterre (1681), les réfugiés français furent entre ses mains les instruments les plus actifs de sa politique contre la France. Ils étaient avides de porter les armes contre leur patrie; ils formaient les régiments les plus ardents et les plus animés à combattre. Il faut admirer les libéraux, qui ont tant reproché aux émigrés leur innocente armée de Condé et de Coblentz, et qui n'ont jamais eu que des louanges pour les protestants marchant sous les bannières de l'Angleterre. L'impétuosité naturelle du sang se changeait en une sorte de férocité quand ces réfugiés

(1) Accueillis en Angleterre par Jacques II et soutenus par ses libéralités, ils conspiraient contre lui au protit du prince d'Oran£:e. Histoire des réfugiés.

(2) Dépêche de Barillon. 13 mai 1686.

(3) Les plaintes des protestants cruellement persécutés dans le royaume de France, 1713. Bayle se moquait des lamentations deClaude. Nos critiques et nos politiques d'aujourd'hui les tiennent pour paroles de l'Evangile.

revo^'aieut les drapeaux de la patrie. C'était contre les Français qu'ils aimaient surtout à donner. Schomberg leur rappelait alors leurs ressentiments. Son éloquence semble au moins superflue. Alabataille de rAlmanza(1700), en Espagne, quand ces réfugiés, à la solde de l'Angleterre, reconnurent les bataillons français, ils furent comme saisis de rage, et, dédaignant de faire feu, les abordèrent à la baïonnette. Voltaire a exalté cet esprit de patriotisme : on continue à faire comme lui. Ali! dit le Constitutionnel^ quelle belle vertu ! quelle « persévérance dans ce patriotisme ! »

Ce n'était pas seulement par les armes que ces renégats de Dieu et de la patrie attaquaient la France ; on les trouve dans toutes les intrigues qui travaillèrent à la ruine de Louis XIV ; on les voit députés par la haine de Guillaume d'Orange dans les diverses cours de l'Europe, où ils s'etforcent de rompre les alliances de la France, de former et de rendre chaque jour plus formidable la ligue contre le grand Roi : ils gardent et entretiennent des inteHigences dans la patrie, mais il^ songent à les exploiter pour le succès de ses ennemis. Quand Guillaume d'Orange forma le projet de faire une descente en France (1691), c'étaient les réfugiés qui devaient aborder nos côtes, et ils

s'étaient chargés d'apporter les armes pour mettre aux mains des nouveaux convertis qu'ils comptaient soulever (1),

Le Constitutionnel n'est-il pas admirable de trouver « touchante l'illusion » qui eng-ag-eait les réfugiés à « prélever une paît de leurs revenus pour les frères restés en France et pour racheter secrètement les terres et les maisons paternelles? )i Trouve-t-il aujourd'hui aussi admirables les subsides que les réfugiés du dix-neuvième siècle peuvent envoyer aux frères restés en France pour contribuer à égarer le peuple, pour l'enrôler dans les sociétés secrètes, pour former chez lui école d'assassinat, pour conserver toujours dans notre pays un moyen d'influence à leurs détestables doctrines ?

On assure que les réfugiés protestants n'allèrent pas jusqu'à recommander l'assassinat : il ne faudrait pas en jurer. J'ignore si en examinant bien on pourrait réellement soutenir cette thèse; mais ne parlons pas des prêches, tenons-nous-en aux actes.

Guillaume, dans sa haine contre Louis XIV, employait tous les moyens de lui faire la guerre.

1) Histoire dei rrfugics. t. I. p. 311.

N'ayant pu opérer sa descente sur nos côtes, il voulut du moins tenter de faire sauter la ville de Saint-Malo. Un réfugié français fabriqua une machine infernale. Un coup de la Providence préserva la ville ; toutefois la machine, en éclatant, renversa plus de trois cents maisons (29nov. 1693). La frénésie était si grande chez le misérable qui mit ainsi son industrie au service des ennemis de son pays et qui tentait sa ruine à leur profit, qu'il sacrifia volontiers sa vie et périt dans l'explosion qu'il avait provoquée (1).

Tout cela n'a pas besoin de commentaires : nous n'empruntons rien d'ailleurs aux écrivains opposés à la Eéforme; nous parlons d'après les témoignages protestants. C'est M. Weiss, en son Histoire des réfugiés français^ ouvrage couronné par l'Institut, qui consigne tous ces faits ; et il les admire tout comme fait le Constitutionnel^ mais fort mal à propos, à notre avis.

Si on peut s'en rapporter au témoignage des protestants pour apprécier la gloire de la conduite des réfugiés et la générosité de leurs sentiments envers la patrie qu'ils avaient abandonnée, on aurait tort, ce me semble, de les croire exclusi-

(1) Histoire des réfugiés^ t. I, p. 312.

vement sur les souffrances qu'ils ont supportées en France et sur la pure innocence de leurs pratiques avant et après la révocation de l'édit de Nantes. Le Co7istitutionnel n'est pas tout à fait de l'avis de Jacques II; il ne devine pas l'intérêt des princes à ne pas laisser accuser la souveraineté. Il ne lui en coûte guère de livrer la mémoire de Louis XIV aux passions et aux ignorances populaires. Les rois cependant n'ont-ils plus droit à la justice? ou bien est-ce la justice de juger les hommes sur des témoignages ennemis et intéressés?

Nous ne discuterons pas ici la révocation de l'édit de Nantes : c'est un point de notre histoire que les libres-penseurs n'abordent pas librement. La masse des préjugés religieux qui obscurcissent cette question est formidable. Le Constitictionnel d'ailleurs n'entre pas dans le vif. Il ne s'inquiète pas des droits et des devoirs des rois. Il comprend sans doute qu'il y a une justice : il ne sait pas qu'il y a une vérité, et que la justice est un mot, si elle ne se confond avec la vérité. Il ne recherche pas si les protestants ont provoqué les mesures dont ils se plaignent ; il ne s'enquiert pas des motifs de politique et de sagesse qui ont pu guider Louis XIV; il ne se demande pas si

les violences et les forfaits de la Réforme, sans parler du respect de la vérité, n'obligeaient pas le Eoi à employer toute sa puissance pour arracher ce ferment de discorde qui avait mis le royaume à deux doigts de sa perte et qui avait couvert notre pays de ruines ; il oublie que les protestants ont commis des attentats de toutes sortes contre les personnes et la société, à peine dépassés par les excès de la Terreur, et qui ont duré plus longtemps ; il ne sait pas que leur rêve persévérant et toujours repris, par Coligny comme par le duc de Rolian, par les conjurés d'Amboise comme par les assiégés de la Rochelle et les réfugiés à la solde de Guillaume d'Orange, a toujours été l'anéantissement de la monarchie et le déchirement de la France, sous prétexte d'une république aristocratique et huguenote. Le C ooistitutionnel ne voit rien de tout cela; il pleure et se désole, un peu semblable au spectateur de la tragédie dont se riait Racine, qui pleurait de si bon cœur le pauvre Holopherne méchamment mis à mort par Judith. Dans ce rôle de nymphe éplorée, le bon journal ne voit pas même bien nettement les faits : si on voulait le croire, on dirait que le roi de France s'est plu à proscrire ses sujets, ou qu'il a cherché en quelque manière à violenter leurs consciences. C'est

SOUS ce jour que les historiens modernes aiment à présenter le principe de la révocation de Tédit de Nantes. Cependant Fénelon, qui savait ce que c'est que la douceur et qui n'ig-norait rien delà dignité humaine ; Fénelon, qui n'aimait ni la tyrannie ni le despotisme, a non-seulement approuvé la révocation de l'édit de Nantes et les diverses mesures qui préparèrent et suivirent cet acte, il y a pris part et, autant qu'il était en lui, il les a provoquées. On a ses lettres à Seignelay, quand il était employé aux missions de Saintonge. Il explique au ministre ce qui lui paraît convenable pour aider aux efforts des missionnaires, et le concours qu'ils attendent de l'autorité temporelle : c'est ce concours qui leur a été donné, et les mesures que Louis XIV a prises sont celles mêmes que Fénelon avait réclamées.

Dira-t-on, comme M. Coquerel, que Fénelon était prêtre et archevêque catholique, et par conséquent complice de meurtre, persécuteur et cruel?

N'est-il pas aussi raisonnable de supposer que les mesures de Louis XIV ne sont pas ce qu'on imag-ine ordinairement, et qu'il importe de les étudier et de ne pas accepter sans contrôle les assertions protestantes? Est-ce trop de demander cette discrétion au ConstltutionneV*

M. Michelet remarque que sous le règne de Louis XIV les protestants se réjouissaient des succès des ennemis de la France. Après avoir provoqué par leurs manèges politiques des sévérités et une surveillance dont l'histoire de leurs ancêtres obligeait à ne pas se départir, ils provoquèrent eux-mêmes, par le peu de générosité de leur foi, les dernières mesures dont ils se plaignent le plus vivement. Louis XIV devait tendre à restreindre et même à détruire le protestantisme. Les principes de 1789 n étaient pas encore inventés; leur application n*était pas de mise. Le Eoi aurait peut-être ménagé une erreur sérieuse et un aveuglement sincère. Mais lorsqu'il fut évident à ses yeux que la foi protestante n'était qu'une opposition politique et que la réforme religieuse était un voile, comment pourrait- on le blâmer d'avoir enlevé ce voile, dont se couvraient les ennemis de la monarchie? Suffira-t-il pour rendre son hostilité inviolable de l'abriter sous le couvert de la religion? La révocation de l'édit de Nantes, nous l'avons déjà dit, n'introduisit pas un état nouveau en France. Louis XIV prohiba seulement l'exercice public d'un culte qui venait d'être abandonné. Cet acte célèbre du grand Roi avait été précédé de l'abjuration des villes ^et des provinces entières.

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Il ne faut pas oublier comment s'était implanté le protestantisme en France. Le meurtre et le pillage avaient été ses principaux apôtres. Les prédications s'appuyaient sur les supplices et les violences. En 1569, le jour précisément de la Saint-Barthélémy, un massacre des catholiques et des prêtres, beaucoup plus meurtrier sans aucun doute que les représailles prises contre les calvinistes trois ans plus tard, avait ensanglanté le Béarn et noyé, pour ainsi dire, dans le sang tout exercice du culte catholique dans cette province. Les édits du Roi. qui rendirent en principe la liberté aux catholiques du Béarn, furent impuissants à leur faire rendre leurs églises : ils restèrent jusqu'en 1620 obligés de se cacher, exposés aux insultes, privés d'édifices convenables pour l'exercice de leur religion; leurs curés et leurs évêques étaient exclus de tout acte public. Il fallut que le Roi vînt en personne vaincre les résistances et réintégrer les évêques dans les conseils de la nation; il fallut qu'il allât luimême chercher le Saint-Sacrement dans la misérable petite cabane qui servait au culte catholique, et qu'aux acclamations d'un peuple depuis cinquante ans opprimé dans sa conscience, il le réintégrât dans l'église de Pau, réconcihée et puri-

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fiée de toutes les profanations des hérétiques.

Louis XIV se souvenait de toutes ces résistances. L'église de Notre-Dame des Victoires, à Paris, en perpétuait la mémoire. Il savait sans doute, mieux que son père, faire redouter et respecter sa volonté; mais ne pouvait-il pas supposer que le protestantisme, implanté par la force au milieu des populations, s'y maintenait par les artifices des ministres et les tyrannies particulières ? Comment pouvait-il croire à la sincérité et à la fermeté de la foi protestante, lorsque la simple manifestation de son désir, l'espérance d'être décliarg-ées d'un impôt suscitaient l'abjuration de villes et de provinces entières? En trois jours, soixante mille protestants abjurèrent à Nîmes. On se faisait catholique par délibération municipale, comme on s'était fait calviniste autrefois.

On assure aujourd'hui que les conversions qui précédèrent la révocation de l'édit de Nantes n'étaient pas sincères. Il ne faudrait pas alors glorifier les réformés. Mais je crois qu'on les calomnie. Ce ne serait pas connaître les hommes de croire que ceux qui vivent dans l'erreur sont sans aucun sentiment de leur triste état. La faiblesse, la routine, les liens de toutes sortes ont beau s'opposer à la lumière, quelque chose de ses éclats pénètre

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jusque dans les âmes qui semblent les plus obscures : ces lueurs insuffisantes à transformer un cœur lui donnent cependant une conscience intime et comme indécise peut-être de sa dégradation; il désire se relever, et il n'en trouve pas la force; il a besoin d'un peu d'aide pour briser des liens qui lui sont odieux et dont il ne sait sortir. Parmiles nouveaux co//r^r^/5 du dix-septième siècle, combien dans le fait saisirent avec reconnaissance la main royale étendue jusque vers eux, et qui les replaçait généreusement dans la vraie lumière de l'Église et dans la force des sacrements de Jésus- Christ ? Ne sait-on pas de quels soldats se recrutent toutes les mauvaises causes ? Les ignorants n'y sontils pas encore plus nombreux que les pervers? Quand on parvient à dissoudre une société secrète, quel soulagement pour le plus grand nombre de ceux qui s'étaient enrôlés dans ces machines abominables, où la peur les maintenait beaucoup plus que la conviction.

Sans doute, ce sentiment d'allégement et de délivrance n'est pas partagé par tous. Beaucoup, au dix-septième siècle, virent avec rage s'anéantir leurs coupables espérances. Fénelon a tracé le portrait de ceux-là : durs, opiniâtres, envenimés contre notre reliai-ion, lâches, intéressés et prêts à

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toutes sortes d'hypocrisies. On s'imagine qu'on eut de la peine à les convertir, et les protestants prétendent qu'on usa de rigueur pour les amener au giron de l'Eglise. L'histoire ne confirme pas ces allégations. Fénelon, au sein des missions de Saintonge, paraît plus occupé de retenir que de précipiter. < Si on voulait leur faire abjurer le christianisme et suivre l'Alcoran, il n'y aurait qu'à leur montrer des dragons, disait-il. Si peu qu'on les presse, disait-il encore, on leur fera faire des sacrilèges innombrables. Et, ajoute-t-il enfin, ils ont tellement violé par leurs parjures les choses les plus saintes, qu'il reste peu de marques auxquelles on puisse reconnaître ceux qui sont sincères dans leur conversion. y>

Ce portrait n'a rien de glorieux pour les réformés. Faut-il, pour qu'il soit complet, ajouter les espérances de Hollande, les insolences des esprits, les assemblées de nuit où se nourrissait le fanatisme? C'était lace qu'on voulait réprimer. Comment s'étonner qu'on ait sévi contre ces excès ? On savait, dès avant 1789, que la force ne peut rien sur les esprits, et que, pour convertir les hommes, il faut convaincre et toucher les cœurs. Aussi en proscrivant les exercices du culte réformé, on se gardait de presser les nouveaux convertis de s'ap-

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procher des sacrements. On était donc loin de songer à les y contraindre. Lesprincipes de foi étaient trop répandus et encore trop forts à cette époque pour qu'une pareille pensée pût se présenter à un homme du dix-septième siècle. Consultez Lamoignon-Baville, l'atroce Baville, comme disent encore les protestants; il tient sur ce sujet le même langage que Fénelon ; il demande auprès des nouveaux convertis le ministère de prêtres charitables et dévoués qui sachent attendre et gagner, jour par jour, la confiance et le respect des populations aigries. « Le plus mauvais de tous les partis serait de les presser pour l'usage des sacrements, » dit-il. Il redoute, comme Fénelon, le zèle des missionnaires trop ardents, qui ne sauraient atten^ dre dans la prière le résultat de leurs efforts.

Quoi qu'il en soit de ces détails, qui peuvent montrer l'entreprise de Louis XIV sous un jour où l'on n'est pas accoutumé de la mettre, on sait que rien n'a moins ressemblé à une proscription que la révocation de Tédit de Nantes. Personne n'ignore les efforts du Roi pour retenir dans le royaume les nouveaux convertis, que la Hollande sollicitait en leur faisant de grandes promesses ; et on peut s'étonner que le Constitutionnel, tout le long de son article, parle .-^aiis cesse de pros-

crits. C'est un mot impropre : il" sert à changer entièrement la condition des réfugiés. Loin de les avoir proscrits, Louis XIV envoya des agents dans les divers pays de refuge pour travailler à faire rentrer les fugitifs dans leur patrie. J'aime à croire que ces missions, données par le Roi, sont mal interprétées par nos historiens modernes, lorsqu'ils ne voient là qu'une sollicitude de commerce et d'industrie. On sait que, dans le conseil où fut discutée la révocation de l'édit de Nantes, le Roi avait déclaré que les intérêts matériels lui paraissaient peu dignes de considération comparés à la splendeur de la religion, à la tranquillité de l'Etat et aux droits de l'autorité. Je ne vois pas qu'il se soit jamais rétracté, et l'intérêt qu'il portait comme Roi chrétien au salut de ses sujets, les soins qu'il avait pris pour leur conversion suffisaient bien à lui faire tenter des démarches auprès des réfugiés. Le Constitutionnel., qui a pris parti, sans s'en douter peut-être, pour les protestants contre le grand Roi, accepte aussi sur le nombre de ces réfugiés des chiffres inadmissibles. Il suppose que 70,000 Français se retirèrent en Angleterre ; comment cela pourrait-il se faire s'il n'en est sorti que 67,000 du royaume ? Ils ne se rendirent pas tous en Angleterre, les autres pays réformés en accueil-

lirent un certain nombre, et le duc de Bourgog'ne, le petit-fils de Louis XIV, l'élève de Fénelon, qui a examiné la question de près et qui en a étudié les détails, estime ce chiffre de 67,000 fort exagéré.

Les historiens protestants, il est vrai, ne sont pas d'accord avec lui, et ils veulent voir dans la révocation de l'édit de Nantes l'unique cause de la dépopulation qui se fit sentir quelques années après dans le royaume. Le Constitutionnel^ sans malice et uniquement appliqué à répéter leurs dires, n'a pas manqué d'accepter cette banalité mille fois réfutée. Les guerres, l'augmentation des impôts, la famine et de cruelles maladies ravagèrent la France, et la population y diminua pour descendre sous terre et non pour passer à l'étranger. L'émigration causée par la révocation de l'édit de Nantes fut peu de chose. Bossuet, parlant de cet événement, célèbre le calme de ce grand mouvement qui fit tomber tout à coup une hérésie invétérée et ramena en foule, aux églises devenues trop étroites pour les recevoir, les troupeaux égarés.

Les documents sont ici d'accord avec l'éluquence : dans cette paix, ce calme et cette prospérité des années qui suivirent la révocation de

l'édit de Nantes, bien loin que l'émigration dont on parle ait diminué la population, on en voit le nombre suivre une progression assez régulière. Du moins, cela résulte jusqu'à l'évidence du dépouillement des registres de l'état civil de la ville de Tours, dont la ruine, par suite de la révocation, est un acte de foi protestante et philosophique. En examinant cette progression du chiffre de la population jusqu'en 1688, on comprend la vérité de ce que dit le duc de Bourgogne, que la France ne sentit pas le vide de l'émigration.

La population commença à diminuer en 1689, et les années qui suivirent furent fatales : tous les maux tombèrent sur notre malheureux pays. Il peut se faire que dans l'excès de la misère des peuples les agitations des ministreo et les tentatives de l'étranger aient alors obtenu un peu plus de succès : c'est une simplicité de dire avec les protestants que les réfugiés, en quittant leur patrie, en ont enlevé le commerce et ont transporté nos industries en pays étranger. Nous avons déjà, à Toccasion du livre de M. Ch. Weiss, expliqué comment il avait fallu altérer les 'documents qu'on invoque à l'appui de cette thèse pour en tirer des conclusions non-seulement qui n'y sont pas, mais qui sont réfutées par les textes mêmes dont on s'ap-

puie. Nous ne reprenclroDS pas cette discussion. Nous n'aurons point pitié des larmes versées par le Constitutionnel sur les ruines du commerce de Tours et de Lyon, par exemple, ni sur le transport en Angleterre des industries françaises. Nous ne lui demanderons pas comment lés protestants, exclus des corporations, ont pu transporter en pays étranger les secrets de nos antiques maîtrises. Le mobile de toute cette lamentation est excellent d'ailleurs. Le Constitutionnel a vu dans les journaux anglais que les tisseurs de Spitalfields étaient dans une grande détresse ; Spitalfields est im quartier de Londres peuplé, dit-on, par des réfugiés français, et nous ne voyons aucun mal à ce que la misère de ces pauvres gens excite la sensibilité du Constitutionnel. Il est tout simple que cette sensibilité l'attendrisse davantage, s'il pense que ces malheureux sont en effet les descendants des réfugiés français. Mais il n'avait pas besoin de glorifier leurs ancêtres. La justice et la vérité ont des droits que la compassion ne peut faire oublier.

DE

M. DE SAGY

ET hlS

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