‹ De la révocation de l'Edit de NantesChapitre 6 sur 18 · IV. - LA DERNIÈRE RÉPLIQUE DE M. DE SACY · texte numérisé non relu

IV. - LA DERNIÈRE RÉPLIQUE DE M. DE SACY

Journal des Débuts, 4 novembre.

Nous aurions le droit de nous plaindre à notre tour d'une inadvertance échappée au journal VUniuers. Ce journal suppr)se que nous avons mis Bossuot au nom-

bre des partisans du principe de la tolérance, a M. de « Sacy, dit ï Univers, essaie d'appuyer du nom de v( Bossuet les principes de tolérance que Fénelon n'a « pas signés. » Il n'en est rien. M. de Sacy a formellement reconnu que les grands hommes du siècle de Louis XIV avaient partagé Terreur de ce prince, et notamment Bossuet. « Comment, a-t-il dit, le simple « spectacle de ces fausses conversions qui amenaient «■ aux pieds des autels tant de gens encore protestants a par le cœur n'ouvrait-il pas les yeux à Bossuet^ à u Arnaud, à tous les pieux catholiques de cette épo- « que ? » Bossuet a approuvé la révocation de Tédit de Nantes, cela est certain, et nous n'avons jamais ni avancé, ni insinué le contraire. Seulement nous avons fait remarquer qu'au commencement 'de ce siècle le cardinal de Beausset, dans son Histoire de Bossuel, avait soin de noter qu'tn fait aucun protestant n'avait été persécuté dans le diocèse de ce grand évéque, et insistait avec plaisir sur celte observation dont nous ne garantissons pas d'ailleurs la parfaite exactitude, tandis qu'aujourd'hui une école fanatique et insensée croirait la religion perdue si Ton pouvait prouver qu'un seul des grands tvêques du dix-septième siècle a eu assez de clairvoyance ou de charité pour éprouver quelque répugnance à employer la violence et la corruption en matière de foi ! C'est la différence des deux esprits, l'esprit qui régnait au commencement de ce siècle parmi les catholiques et Tesprit qui règne main-

tenant parmi les ultramontains, que nous avons voulu faire ressortir. Cela était clair comme le jour. Et cependant VUnivei^s prétend que nous avons mis ou essayé de mettre Bossuet parmi les partisans du principe de la tolérance î

On peut donc se tromper avec un texte sous les yeux, et ici c'est le sens évident de nos paroles que V Univers a dénaturé, et non un mot qu'il a mis à la place d'un autre par une de ces fautes d'attention qui échappent aux plus soigneux et aux plus consciencieux. Mais tout ceci a réellement peu d'importance. Il est plus grave de faire l'apologie des dragonnades, de présenter la religion catholique comme liée à la cause de l'intolérance et de la persécution, d'approuver les conversions achetées à beaux deniers comptants ou opérées par la force ou par la torture, conversions menteuses qui ne vont pas jusqu'au cœur, et qui déshonorent également le converti et le convertisseur. Voilà le fond de la question. Des inadvertances échappées à une composition rapide, et que nous avons relevées nous-mêmes, n'y changent assurément rien. V Univers a été trop heureux de nous prendre en faute sur ces détails; nous plaignons, quant à nous, profondément ce journal d'être forcé par ses principes à prendre la défense et la responsabilité de tout ce que les passions humaines et les préjugés ont pu mêler dans tous les temps d'odieux et d'inhumain à une religion de charité. Les catholiques du commencement du

siècle étaient hoaucoup mieux inspirés, selon nous, lorsqu'ils essayaient de séparer les deux causes, la cause (lu catholicisme et celle de la persécution !

Restent les paroles attribuées à Fénélon par le chevalier de Hamsay, ces paroles si helles, si sensées, si concluantes en faveur de la tolérance! VCnivers voudrait bien en éluder la force, soit en supposant que le chevalier de Ramsay les a mal rapportées, soit en donnant à entendre que ce sont des paroles de circonstance qui ne s'appliquaient qu'à la situation particulière du fils de Jacques H, qui ne pouvait guère, en effet, se flatter de remonter sur le trône sans promettre au moins la tolérance.

Quant au chevalier de R imsay, VUnivers a beau jeu; il n'est pas là pour défendre son exactitude. Quant h Fénelon, tout le monde peut juger si c'est honorer beaucoup sa mémoire que de le faire, selon les circonstances, tolérant en Angleterre et persécuteur en France. Mais quoi! il faut sauver avant tout la grande et sainte cause de la persécution !

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