CHAPITRE IL
Art. 12. La religion de la nation espagnole est et sera à jamais la religion catholique, f^ostolique et romaine , la seule véritable. La nation la protège par des lois sages et justes, et prohibe l’exercice de toute autre.
Pourquoi faut-il que la tolérance soit absente, ou plutôt que l’intolérance soit consacrée par cet article : prohiber une religion !
( IÇ)5 )
qaeî sens peuvent avoir ces paroles : se lier par des lois contre l’exercice d’une religion ! es ngîais se sont liés ainsi contre Je cathoicisme, ei bien, les catholiques sont exclus
°Ht en Al^Jeterre’ Jes places des pairs catl^ohques vaquent au Parlement, les voûtes
estminster s ébranleraient à l’entrée d’un
10. iqUe ’ fP,atre millions de catholiques sont hors de la société politique en Irlande •
, P.U1S f;'"es des lois d’exclusion à titre de ™'167' LW™i(é re%,e„* Mt „„ J
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L erreur ne peut exciter que l’indnîo
jamais l’envie d’exclure • il est à ’ Ct
est a regretter que
l’Espagne ait négligé de donner cet enseignement de plus au monde , il en tient d’elle de si grands , quel dommage qu’elle ait négligé
d’y ajouter celui-là !
L’Espagne s’est montrée exclusive comme l’ Angleterre pour tout ce qui n’est pas conformiste. La France est moins rigoureuse , elle n’exclut rien. Seulement elle reconnaît comme religion de l’État , un culte à la profession duquel elle n’attaclie aucune prérogative , et dont F éloignement n’entraîne aucune privation; ce qui contrarie les notions des religions d’Etat, qui, pour être et rester telles, doivent n’a mettre aux charges de l'État que ceux qui professent la religion de l’Etat, et exclure ceux qui ne la professent pas. Autrement on peut être a la fois en dehors et en dedans de l’État , comme il arrive d’après la loi française. Elle renferme encore une autre inconséquence à son principe énonciatif de tolérance pour tous les cultes. H en est un auquel elle refuse les mov eus d’entretien qu’elle accorde aux autres , distinction contraire au bon ordre des sociétés, dans lesquelles les droits à la protection et a l’ entretien communs ne s’évaluent pom ■ la croyance religieuse, mais par la par
contributive aux charges publiques c[u acquittent les membres de 1 association de quelque culte qu’ils soient.
La formation du pouvoir législatif est toujours la grande difficulté dans rétablissement des constitutions; le pouvoir est tout.... Chacun veut en retenir la plus grande partie; le bien ne peut résulter que d’une pondération exacte qui maintienne l’équilibre. C’est l’arrimage du vaisseau qui décide de la régularité de sa marche. Or, comment cette pondération a-t-elle été réglée dans la constitution espagnole ? Il faut le reconnaître et le dire : de la manière la plus propre à entraver la marche du gouvernement , ou plutôt à la rendre impossible.
L’exemple de l’Angleterre a prouvé l’excellence du système des trois branches de la législature.
L’exemple de la France a prouvé l’imminent danger de l’absence de ce système , ou plutôt la certitude qu’il ne peut y avoir ni repos ni stabilité sans lui.... L’expérience était récente, éclatante et complète. Avec quelle douloureuse surprise retrouve-t-on dans la constitution espagnole un roi seul, en présence ou plu-
toi aux prises avec une assemblée unique ? Dans la diversité d’opinions qui , par la nature des choses , ne peuvent sur beaucoup de sujets manquer de s’élever entre eux, qui sera juge, qui les rapprochera, qui les conciliera? Chacun agissant dans la plénitude de son droit, d’épouvantables cohésions ne seront-elles pas la suite naturelle de cet isolement? Les contradictions éclateront le premier jour , elles s aigriront , edes s’envenimeront, elles dégénéreront en querelles acharnées. Un des deux pouvoirs devra briser l’autre- le combat passera d’eux à la nation ; leurs divisions deviendront celles de tout le peuple- faits pour le diriger en commun et en paix , ce seront ces deux pouvoirs qui le maintiendront eu division et en guerre. C’est ce qui arriva à Louis X\ I , des qu’il se trouva vis-à-vis d’une assemblée unique, dans un état continuel de contact avec elle : lès contradictions commen-
cèrent le lendemain du jour où ils commencèrent à se trouver seuls en présence; chaque heure y ajouta , et la plus déplorable catastrophe ne se lit pas attendre. Partout où les hommes ont des intérêts à discuter, il faut être
trois j entre deux , il peut ne pas y avoir d’action,
mais j! y aura toujours choc. Sans arbitres, fe- <jueï desdeux a droit de décider? UneChambre des pairs est 1 arbitre indiqué par la nature des gouverneniens représentatifs : (oui ne doit pas cire peuple et roi. Le trône, comme a dit M. Necker , ne doit pas s’élever à pic dans une plaine rase y il n’y resterait pas longtemps. 11 y a des règles d'architecture sociale, si l’on peut parler ainsi, qui commandent des gradations entre les objets et des pentes douces pour passer sanseflort de l’un à l’autre. I ne première Chambre sagement constituée, lorme cette gradation entre le trône et le peuple ; elle les sépare sans les diviser j elle les unit sans les confondre ; elle les défend d’attaques mutuelles sans blesser aucun d’eux. L’Angleterre, par la longévité et le bonheur de son exemple, a mis au-dessus de toute contradiction la nécessité d une Chambre des pairs. Un autre pays n’a pas corroboré cet enseignement par les succès d’une institution correspondante; mais il faut s’élever au-dessus des mauvais résultats qui peuvent provenir d’incidens étrangers à la nature même des choses, et ne pas accuser celle-ci parce qu’elle a été méconnue une fois; parce qu’un vaisseau
est mal construit ou mal manoeuvré, il ne faut pas renoncer à l’architecture nautique • c’est une raison de plus pour y revenir et pour s’y attacher. Disons-le hautement, et en négligeant
de vaines clameurs, sans une Chambre des pairs, siège et réservoir de toute l’illustration nationale, il n’y a pas de gouvernement représentatif... On pourra faire deux Chambres ; mais on aura deux Chambres populaires au lieu d’une, et cette une suffit. Alors on prend les élémens du gouvernement représentatif hors du système de ce gouvernement , et Fou voit tout de suite où l’on doit aboutir avec cette méprise, La constitution espagnole a donc enlevé toute garantie à la puissance royale ; dans la position où elle a mis ce pouvoir , il faut que ce soit la royauté ou les cortès qui succombent ; car ils ne peuvent aller ensemble.... Cette grande et capitale aberration qui , elle seule, suffit pour vicier toute cette constitution, a eu pour principe le désir de se rapprocher des anciennes constitutions qui régissaient les dif férens royaumes dont s’est formée la monarchie espagnole * mais la différence des choses et des temps a échappé aux auteurs de cet $ctej il ne pouvait pas y avoir deux chambres
dans le temps ou les nobles seuls formaient Iqs pouvoirs publics , et dans lesquels le peuple n’existait pas. Comment aurait-il été représenté? Il n’était pas, il ne comptait pas. La vue des législateurs espagnols s’est donc arrêtée à moitié chemin; et n’embrassant que le temps passé, elle a tout-à-fait négligé et dénaturé le présent. Les législateurs espagnols n’ont vu ni le commerce, ni la richesse mobilière, ni la richesse intellectuelle des sociétés modernes; on a voulu constituer l’Espagne d’aujourd’hui avec l’Espagne d’autrefois, et l’une n’a rien de commun avec l’autre.
La constitution a sagement conféré aux corles 1 initiative des lois; par là elle épargne au roi la douleur de voir ses jugemens propres soumis à la discussion , subir des modifications, et toutes les mortifications imaginables. Jamais le roi ne doit être discuté; un roi discuté n’est rien. L’Angleterre s’est bien gardé de commettre la faute qui éclate dans l’ordre qui régit la France, dans laquelle ceux qui aiment la royauté, et qui s’entendent en royauté, sont assujétis au pénible spectacle que présente la discussion continuelle, la correction , et pour ainsi dire , la ventilation
(,es P^es du monarque , chose destructi i adicalement du respect qui fait sa force. E I lance on a de plus attribué la sanction de la loi au nionai que , ce qui fait qu’il a à sanctionner sa ptopie pensée , et à agir deux fois sur la même
ire n
chose. Par la sanction anglaise, le roiestle juge de la pensée du peuple, ce qui le place haut, cl lui garde son poste de supériorité : enFrance ü ne juge que sa propre pensée, ce qui n’ajoute rien à sa position, et ne fait pas sentir au peuple qu’il y a quelqu’un au-dessus de sa tête. Mais en quoi la constitution espagnole pêche plus grièv ement encore, s’il est possible, contre 1 essence même de la royauté, c’est en déclarant acquise aux cortès, et en dehors de la sanction royale , toute loi représentée une troisième fois, après avoir été rejetée deux fois par le monarque; cette clause est incompatible avec! idée du pouvoir royal. Charles Ier se sentit perdu, et recourut aux armes, quand d envahissement en envahissement , ses ennemis l’eurent poussé jusque-là. Sans veto absolu, il il y a plus de royauté ; un roi forcé n’est plus un roi. L’assemblée constituante lit la même faute; elle céda au courant populaire , qui , semblable à celui qui coule du Vé-
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suve, renfermait plus de feu que de lumière. Les Anglais se sont élevés «à une plus grande hauteur, à celle d’où l'on domine tous les intérêts subalternes ; pleins de foi dans l’indispensable nécessite d un véritable pouvoir ro7aI i plein de lumières sur la formation essentielle de ce pouvoir indispensable, ils ne se sont pas amuses a le construire avec des craintes ou avec des complaisances: mais ils l’ont armé et pourvu de tout ce qui lui est nécessaire pour remplir sa charge, pour subsister lui-même , et pour faire subsister les autres- il y a là une royauté claire et véritable; partout ailleurs elle est inintelligible ou fausse. En Espagne , l’ordre de succession au trône est réglé sur des idées contraires à toute lionne administration : l’Angleterre elle-même ne fait pas exception au principe; celui-ci est au-dessus des faits, et des droits possessifs, il veut qu’une chose de la gravité du commandement d une nation, soit exclusivement attribué à un homme; le gouvernement est l’apanage naturel des hommes; il renferme mille choses qu’un homme seul peut faire ; l’ordre contraire semble déclarer que le gouvernement est l’apanage des individus, et non pas la propriété
de la nation. Celle disposition étonne d' autant plus dans la constitution espagnole , qu’elle forme une contradiction manifeste avec le premier principe de cette même contitution qui énonce formellement que la nation est le seul but du gouvernement , et qu'elle n’appartient qu’à elle-même.
L’ordre de la régence n’est pas mieux établi ; les femmes y sont encore appelées : l’assemblée constituante , en cela organe véritable de la raison , avait attribué l’administration de l’état au régent, et la garde du prince à la plus proche parente ; cela satisfaisait à tout, c’est sur cet article la meilleure loi connue. La loi anglaise n’est pas encore bien fixée* le parlement conféré la regence , et en réglé les attributions. 11 serait préférable de beaucoup qu’un aussi grand intérêt fût réglé d’avance par une loi generale, ainsi qu’on l’avait fait en France ; les lois faites pour un temps donné , sont inférieures à celles qui atteignent tous les temps.
La manière dont la constitution espagnole a pourvu à la révision de la constitution même, u’est pas propre à remplir le but que l’on se propose: une attente de dix ans est néces-
£aire pour parvenir à la réformation. Quel dommage ne peut pas provenir d’une attente aussi prolongée? Par exemple, il est très évident que la royauté et une chambre unique ne peuvent pas subsister ensemble pendant dix ans. En France , elles ne purent pas compatir pendant une seule année; attendra-t-on que tout soit perdu pour croire avoir le droit de changer. On a voulu éviter 1 instabilité , la précipitation, cela est fort louable ; mais il faut aussi éviter les longueurs et les désastres qui suivent l’inaction; en se donnant des lois on veut bien se donner des liens , mais non pas des chaînes dont le poids empeche de marcher , c’est en vue de son plus grand bien que l’on travaille, et l’on se réserve toujours le droit de se le procurer. Il semble que le bon ordre et les principes exigent de distinguer entre la partie invariable des constitutions, celle qui renferme les principes élémentaires des sociétés, auxquels aucun pouvoir humain ne peut déroger, et les stipulations susceptibles de variations que le bien de la société peut exiger , et dont la législature est toujours juge ; cette distinction paraît propre à tout
concilier.
Je -Depuis mieux terminer cette analyse abrégcedeJa fameuse constitution des cortès, qu’en ien ant. îommage au désintéressement dont eurs auteurs ont fait preuve. Parmi les nombreuses qualités qui honorent le caractère espaguo , le desmteressement tient une grande place. JL Espagnol est lepeuple le moins cupide de
1 UmkVerS-,SeS législateurs viennent de déclarer combien ils mettaient de prix à ce que ce noble sentiment guidât toujours ceux qui exerceront es fonctions législatives, en leur prohiiant l’acceptation d’aucun emploi pendant la duree de leurs fonctions et dans l’année qui suit leur terme , et toute sollicitation pour autrui. Aucun émolument n’est attaché non p us a 1 exercice des fonctions législatives. Ici la patrie est tout (i), et la servir dédommage de tout. Peut-être même a-t-qn poussé trop
(i) Voici les articles :
129. A dater du moment où leur nomination a été constatée a la députation permanente des cortès , jusqu’à leur sortie, les députés ne pourront accepter pour eux, m. solliciter pour autrui aucun emploi à la nomination du’ Roi , ni aucun avancement, à moins que ce ne soit un avancement d’ordre naturel dans leur carrière respective.
' 3o. Ils ne pourront non plus pendant le temps de leur
loin le rigorisme en prohibant la réélection immédiate des membres de la législature : idée abstra etivement bonne , mais peu susceptible d’application utile, surtout aux temps diiliciles, propre a priver d’instrumens éprou- \ és et reconnus bons, pour leur en substituer d inconnus , contraire à la pratique habituelle de l’angîeterre, à la pratique actuelle de la France, et trop conforme à ce qui eut lieu dans 1 Assemblée constituante, pour que les tristes souvenirs (pii ont suivi ce qui se fit alors , n’aient pas déposé sur cette pratique un vernis défavorable.
Je toucbe au terme de cet écrit; mais je ne le finirai pas sans m’adresser de nouveau aux
Espagnols , et sans leur dire ; Peuple genereux et renaissant, achevez votre ouvrage, et pour cela revoyez votre constitution. Vous ne devez pas vous considérer comme enchaînés par un acte qui fut but pour d’autres temps et pour d’autres circonstances ; cet acte est pour vous et par vous; vous n’êtes ni par lui, ni poui lui; apprenez aux autres hommes par
députation et un an après le dernier acte de leurs fonctions, obtenir pour eux ni solliciter pour autrui aucune pension ou décoration qui soit à la disposition du Roi,
ce'l exemple éclatant à user pour l’avantage de la société, des droits qu’elle -même renferme et conserve. Etablissez, proclamez la tolérance. En mot de vous sur cet article si important des associations humaines, aura un poids décisif. Proscrire l’intolérance sera beau à ceux qu’on représentait comme sa dernière ressource. Sur cet article, vous avez des arrérages
à payer à l’univers. Honorez les ministres de votre religion , mais bornez leur commandement aux choses de leur ministère. Interdisezleur tout accès à la politique* qu’ils se renferment dans les temples; là tout sera pour eux honneur et pouvoir. Retranchez le luxe parmi eux ; pourvoyez honorablement au nécessaire ; tenez votre culte aussi loin de l’opulence qui corrompt, que de la misère qui flétrit. Pas plus de prodigalité que de parcimonie : n’usez pas de celle-ci envers les ministres de celui dont vous tenez tout. Les premiers degrés de votre sacerdoce sont dignes de la plus haute vénération ; diminuez ceux qui n’apporteraient pas à la religion des titres au même respect ; fermez à jamais les portes de votre pays à des institutions qu'accompagnent partout la division et le trouble; hono-
rez Rome ; gardez vos liens actuels , mais cessez de porter ses chaînes; faites vos affaires sans elle... : elle n’y entre jamais avec prolit pour les autres, ni avec convenance morale pour elle -même. Refaites votre institution législative : vous périrez par elle, si vous la laissez subsister dans son état actuel. Qu’au sommet paraisse un roi véritable , en possession d’une somme de pouvoir égale aux besoins de ses hautes fonctions. Il faut que le lev ier soit proportionné au fardeau qu’il doit déplacer... Que ferez-vous d’un roi sans pouvoir suffisant? Que fera-t-il lui-même pour vous ? Dès qu’il est indispensable, il doit être complet : c’est se tromper soi-même que de ne pas faire pour un roi tout ce qu’exige la royauté. Faites que son sort lui suffise , qu’il n’y trouve que des raisons de vous en remercier et de fermer la bouche à ceux qui long-temps encore chercheront à lui faire regretter celui qu’il avait eu... Les princes valent presque toujours mieux que leurs courtisans , et tel périt par eux, qui se serait sauve tout seul. Placez haut votre trône, mais n’en ayez qu’un. Décorez-le ; il ne peut se passer de l’entourage d’une cour ; mais n’en ayez qu’une . Prohibez toute cour
collatérale : elle serait la rivale de la cour véritable et seule souveraine. Avec des cours collatérales , il y a partage dans la souveraineté et défaut d’unité dans l’administration.
Veillez avec la plus active et à la fois la plus tendre sollicitude autour du monarque et de sa famille. Ce sont des dépôts sacrés que l’amour et le respect doivent toujours environner, et que Je plus haut intérêt public doit protéger... Mais que votre trône ait des gardes, et qu’il ne soit pas ceint d’une armée; et puisque le trône est votre premier bien, qu’il soit gardé par vous seul , et qu’aucun étranger
n’ose en approcher.
Renoncez courageusement al Amérique, aspirez a l’amitié d’une sœur , et désormais oubliez qu’elle fut votre sujette. Recherchez le talent : il est l’âme du gouvernement représentatif. Partout où celui-ci est bien entendu , il est appelé. Le talent ne reste jamais neutre ni oisif: s’il n’est pas ami, il est ennemi; s’il ne protège pas, il attaque (i). Complétiez l’ou-
(1) En Angleterre tout homme qui marque dans la carrière politique est porté à la Chambre des Communes; dans ce pays le talent est une espèce de député né, cela est tiré de la nature même des choses. Le gouvernement
vrage de la nature, qui vous a prodigué ses dons , qui , dans une libéralité qu’on peut appeler privilégiée , n’a rien placé chez vous qui ne soit excellent, qui adonné à vos mines les métaux les plus purs , a vos moissons des grains qui égalent la perle en transparence, qui a revêtu vos troupeaux de toisons qu eut envie la Colchide, qui a tapissé vos coteaux des ceps les plus précieux, qui a empieint la giace et la lierte dans tous les mouvemens de vos coursiers, qui a couvert vos champs des arbres qui nourrissent l’insecte piecieux qui fournit les plus riches trésors, et le fruit d’où découle le suc le plus doux. Mettez à profit les immenses avantages que vous tenez de la nature^ les deux mers attendent que vous les chargiez des produits de vos champs et de vos ateliers- que le travail fasse disparaître la mendicité, qui fut la lèpre et la souillure de votre pays. Vous êtes sobres , robustes et constans • nulle part le génie n’é-
representatif est celui de l’opinion : qui doit être appelé à ce gouvernement, ceux qui influent sur l’opinion ou ceux qui n’y influent pas ? ceux qui ont de l’opinion
ou ceux qui n’en ont pas ? voila la question réduite à ses plus simples termes.
data avec plus d’audace, de vivacité et de grandeur qu’il ne Fa fait chez vous ; nous vous devons une partie de Corneille et de Molière. Que vous manque-t-il? Rien, si vous 11e manquez pas à vous-mêmes. Auparavant, vous pouviez accuser l’absence d’un bon gouvernement 5 celui que vous avez est votre ouvrage. Pour le perfectionner , il vous reste peu à faire ; vous avez à vaincre de moindres difficultés qu’on n’en eut en France; votre coutf, votre clergé, vos nobles, n’ont pas la consistance sociale qu’avaient ceux de France; ils ne passeraient pas les Pyrénées avec autant de facilité que les autres passèrent le Rhin, et le désespoir du secours est le principe de la résignation. Ainsi , vous pouvez arriver plus facilement qu’en France à une formation d’élémens législatifs qui, par leur homogénéité^ préserveront vos institutions des secousses que fait éprouver à celles de la France l’hétérogénéité des élémens qui les forment; là, l’anarchie est dans les choses (i); chez vous, elle ne
(i) Un orateur français dont la parole a une solennité qui en fait regretter la rareté , a dit , dans une grave discussion , que l anarchie était au cœur du gouvernement; qu’il ny avait pas de majorité réelle, mais
peut être que dans les hommes. Vous agissez sous les yeux du monde, qui sera encore longtemps à revenir de la surprise que lui inspire
seulement des débris de minorités. Il semble que cet orateur se soit arrêté à moitié chemin, et n’ait dit qu’une demi-vérité. D’après lui, il y a anarchie dans les hommes , et en y regardant bien , on la trouve dans les choses : c’est là qu’il faut en chercher le principe. Comment n’y aurait-il pas anarchie dans les hommes, là où l’on fait des lois sans s’entendre sur la signification véritable de ces trois grands mots , d’où dépend tout le reste : Dieu , le Roi , la France. Le côté droit les entend d’une façon , le côté gauche de l’autre. Tant que cela durera , il y aura anarchie , mais une anarchie qui ira des choses aux hommes et non pas des hommes aux choses, comme l’a dit cet orateur. Comment n’y aurait-il pas anarchie entre des législateurs non conformistes sur les principes mêmes des lois qu’ils ont à faire ensemble? Parmi eux aucune parole n’a une acception commune. Il ne peut pas y avoir anarchie en Angleterre , parce qu’on est conformiste sur les trois points cités plus haut. La religion est fixée ; la signification du pouvoir royal est déterminée* 1 état moral de la nation n’est pas un sujet de contestation • la division ou plutôt la différence d opinion ne porte que sur des choses accidentelles ou sur des personnes : l’opposition anglaise ira pas d’autre aliment ni d’autre but... • au lieu qu’en France on n’est conformiste sur rien» L’anarchie va des choses aux
votre révolution; sanctifiez-la par les vertus qu’elle vous fera déployer, par le calme et l’union qui régneront entre tous les citoyens,
hommes. Il ne peur y avoir ni majorité ni minorité fixes , car elles n’ont aucun point de départ ni d’appui qui soit iixe. Aussi les discussions sur les mêmes objets se renouvellent-elles sans cesse. Dans les deux dernières discussions, on a dit les mêmes choses sur deux sujets diirérens, et on les répétera avec la même convenance sur le troisième. Quelle figure ressortirait d’une toile où deux ouvriers traceraient les traits, l’un à l’endroit , et l’autre à l’envers ? Or, voilà cependant ce que l’on fait en travaillant sur un sujet contesté. Les talens les plus éminens , les intentions les plus pures, ne peuvent rien contre un vice radical de cette importance... 11
cessera quand il y aura homogénéité dans les Chambres ; mais il ne cessera que parla. Des Chambres non conformistes ne s’entendront jamais. Un autre orateur répondant à celui dont je viens de parler, a accordé que son^ parti était peu nombeux , et qu’en i8i5 il avait commis des erreurs. Cet aveu était le résultat combiné du sentiment de la vérité et de la double position de celui qui le faisait. Il a trop d’esprit pour croire son parti le plus fort , et souvent il l’a combattu et lui a reproché ses fautes. Tout était donc obligé dans cette partie de ses allégations. Mais ce qui lui convenait, ne convenait pas de même à tous ceux pour lesquels il parlait. Parmi eux, il s’en est trouvé un qui en le remerciant de faire ainsi
et que le spectacle de votre bonheur serve à faire absoudre les révolutions des reproches qu’on entasse contre elles, et dont après laut
les honneurs de son parti , sans en être prie , lui a déclaré qu’au lieu d’être le petit nombre, ce parti était la France elle-même; qu’au heu d'avoir fait des fautes , ce parti avait fait des merveilles ; et quil était tout prêt à recommencer. Et puis dites qu’il y a anarchie dans les hommes , qu’il n’y a que des débris de minorités , au lieu de dire qu’il y a sur les choses mêmes une contradiction élémentaire qui forme une anarchie radicale , et qui réduit et réduira en poussière impalpable, toutes les majorités et toutes les minorités, tant qu’elles ne porteront que sur des bases contestées , tant que les points principaux ne seront pas fixés , tant que les Chambres ne seront pas conformistes sur les points capitaux de la législation. ..
Quels singuliers partis que ceux dans lesquels des hommes , devenus les chefs de ceux qu’ils ont long-temps combattu, reçoivent des démentis publics de leurs propres soldats, s’entendent dire que ceux qu’ils montrent comme étant le petit nombre sont la France elle- même , ( qui ne convient pas de cela ?) et que tout a été admirable dans la conduite qu’on leur reproche. Où se montre ici 1 anarchie ? est-ce dans les hommes ou dans les choses? Où sont , où peuvent être les majorités, les minorités entre des hommes qui , jusque dans leur propre parti , ne s’entendent sur rien ?.. On peut conti-
d exemples malheureux ? il ne tient qu’à vous de préserver la votre.
ïïuor sui ce pied pendant cent ans, on n’avancera point d’un seul pas.1
Gravez sur le frontispice de tout lieu d’assemblée délibérante ' Conformité , ou tour de Babel. Je pourrais ajouter à ce tableau , et montrer comment l’anarchie a été constituée dans d’autres institutions; mais ceci suffit pour que je sois entendu. Des hommes qui font des lois sans etre d accord sur les principes de leurs discussions , se proposent des problèmes insolubles. Ils rappellent ces rois de l Orient qui , pour éprouver la sagacité de leur esprit y s'adressaient mutuellement des énigmes à résoudre.
Parmi des orateurs dont les uns disent : Ce n’est pas la contre-révolution que je crains, mais la révolution ; les autres : Ce n’est pas la révolution qui est à craindre, mais la contre -révolution ; un troisième: La contre-révolution est toute faite , elle est dans la Charte , cie quel côté vient l’anarchie? est-ce du côte des hommes , ou de celui des choses ?