‹ De la révolution actuelle de l'EspagneChapitre 3 sur 17 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Causes de la révolution dC Espagne.

L’espagne pouvait-elle éviter une révolution? Trois choses empêchent les révolutions d’éclore dans un pays :

i°. L’absence de révolutions dans son voisi-

nage ;

2°. Le défaut d’en avoir éprouvé soi-même:

3°. L’absence des causes de révolution , résultant d’un bon gouvernement.

Quand on est content, quand on vit au milieu du calme, quel motif assez puissant peut-on ressentir pour s’engager dans une entreprise delà gravité d’une révolution , car rien au monde ne ressemble moins à un badinage. Une tentative pareille est un va-tout irrèparabte: cette route n’a que deux issues.... l’une manquée, l’autre est inévitable. Ainsi donc les révolutions proviennent à la fois de causes extérieures et intérieures; à ces deux titres, l’Espagne ne manquait de rien pour arriver promptement à une révolution.... Ce n’estplus en Amérique, au Mexique, que depuis douze

ans il fallait chercher la nouvelle Espagne : il en existait une en Europe , à la place même qu’avait occupée la vieille Espagne, et ou l’on était accoutumé à la trouver. Si elle était absente de la carte de géographie , elle n’existait pas moins dans l’ordre nouveau de révolution qui avait déjà atteint l’Espagne d’Europe, et dans celui de la civilisation moderne, dont elle fait partie et dont elle est entourée. La révolution qui dans ce moment frappe nos yeux, n’est que la manifestation de celle qui existait déjà en Espagne. Les révolutions de palais, comme les orages,, peuvent se former et éclater dans un jour; celles des nations ont besoin d’antécédens , il faut que la mine se remplisse de longue main ; mais aussi quand elle est suffisamment chargée , rien ne peut plus arrêter l’explosion : à l’heure, au moment marqués par la nature des choses , il faut qu’elle éclate... Or tel était le point auquel l’Espagne était arrivée; il est faux que déjà elle n’eut pas éprouvé une révolution : on s’est beaucoup abusé sur cet article. Parce que l’Espagne avait combattu les Français avec opiniâtreté , il ne fallait pas conclure qu’elle n’eût contracté aucune relation ni aucune confort mité avec la France et la révolution : autre

chose est de repousser celui qui entre chez vous â main armee , a nt rc chose est (Ig s'approprier ce que Ton trouve de bon chez lui. Les Romains vainquirent le monde en adoptant successivement les armes de ceux qu’ils venaient de vaincre ; on peut se faire un moyen de victoire avec l’épée ou le bouciier de son ennemi : cette considération a échappé généralement, et on n’a cessé de parler de l'Espagne comme d’une terre qui repoussait avec horreur tout ce qui venait de la France , tout ce qui était propre à la retracer, tandis qu’au contraire le sol de l’Espagne était imbibé des principes de la révolution , tandis qu’une partie de ses liabitans par l’effet du séjour des Français parmi eux, par leur transplantation personnelle en France, avaient contracté même involontairement la plus grande partie de la manière de penser des Français eux-mêmes , et qu’ils étaient sous beaucoup de rapports de\ enus eux-mêmes français. Pendant la révolution 4

unepartie des bibliothèques de France ont été versées en Espagne; c’était lui créer un autre ordre d’idées, une autre éducation; à laJongue les livres sont les vrais précepteurs des peuples, l’Espagne avait reçu cette éducation nouvelle. Les Français ont séjourné en Espagne pendant

( ll )

six ans* il n’est pas un coin de la péninsule qu’ils n’aient fouillé, qu’ils n’aient habité, auquel ils n’aient montré d’autres mœurs , qu’ils n’aient familiarisé avec d’autres idées que celles qu’ils y trouv aient établies. A leur tour un nombre prodigieux d’Espagnols ont été transplantés en t rance par les hasards de la guerre : ils ne sont

pas rentrés chez eux après ce séjour comme ils en étaient sortis.... Piiego, aujourd’hui un des chefs les plus éclatans de l’Espagne, a passé quatre ans en France comme prisonnier de guerre* sûrement il n’y aura pas perdu le temps, et il aura remporté quelque chose de cette nouvelle école. %

Mais ce qui est plus, c’est le mouvement de consommation des anciens titulaires de tout grade qui a été produit par la révolution. Quand les révolutions éclatent, adieu les almanachs i oyaux et 1 ordre du tableau pour l’avancement. Dans les temps ordinaires , la première couche

delà sociétéparaît seule; dans les révolutions, les

couches inférieures se mêlent aux supérieures, et les ont bientôt absorbées; c’est ainsi que dans les fouilles profondes que l’on fait dans la terre, le sol de la superficie est bientôt recouvert par celui qu’elle cachait. Il en a été de même ici. La nation a été remuée jusque dans

ses fondemens : la révolution et la guerre ont, refondu et fait disparaître tout ce qui paraissait à la surface , il a fallu arriver jusqu’au fond de la nation : de là sont sortis une foule d’hommes dont on ne soupçonnait pas l’existence , qui, sans la révolution , n’eussent jamais paru art grand jour, et qui, comme en France, se sont, par la force des choses, trouvés portés à toutes les places , surtout dans le militaire. L’armée espagnole actuelle n’est plus l’ancienne armée d’Espagne ; c’est l’armée de la révolution et de la résistance aux Français : par conséquent, c’est une espèce d’hommes très différente de ceux qui formaient l’ancien militaire espagnol; c est cette composition absolument nouvelle qui explique le retour des tentatives déjà faites contre Ferdinand par cinq chefsmilitaires, et re- 1 : o uvelees avec succès par un sixième. Qunoga, Riego , Mina , et tous ceux qui ont paru dans ce drame , sont tous des enfans et des soldats de la révolution, comme l’étaient Porlier et

Milans.

| j (‘ii était de meme des admimsti ateui s, des négocians et de toutes les classes intermédiaires, qui en Espagnesonttrès éclairéeset qui tiennent plus de la nouvelle France que de la vieille Espagne. Tous ces hommes, portés d une haine

si vive et si uniforme contre les Français comme conquérans , pouvaient fort Lien être portés vers eux d’un sentiment aussi prononcé et aussi unanime pour leurs institutions : le combat était pour le matériel et le rapprochement pour le moral....

C’est une étrange et bien fausse manière d’évaluer l’Espagne , que celle de se la représenter comme étant toujours la vieille Espagne, comme une espèce de grand couvent dans lequel les préjugés, l’ignorance et les autres attributs de cette infériorité morale , avaient seuls quelque empire. On jugeait la nation par les chefs apparens ; l’erreur était grossière : l’Espagne valait mieux que ses représentans.

Quoique la péninsule d’Espagne forme , pour ainsi dire, un appendice de l’Europe et s’en trouve à peu près séparée, quoiqu’elle n’entretienne pas avec cette contrée des relations ni aussi actives ni aussi nombreuses que le font plusieurs autres parties du continent, l’Espagne n’est cependant pas, comme la Turquie, hors de la civilisation européenne. En Espagne, le militaire, le commerce, la judicature, la littérature ont une conformité parfaite avec ce qui leur correspond dans le reste

de l’Europe. Ces professions ne sont pas moins frappées que leurs analogues des autres pays, des avantages de la civilisation moderne. Espagnols de naissance et de séjour, ils sont Européens moralement et civilement : sous ce rapport il n’y a plus que des cosmopolites en Europe : les moeurs sont communes, tous les intérêts qui se rattachent à ces mœurs doivent donc aussi être communs- la sûreté, la propriété, l’égalité, l’absence de l’arbitraire’ la diminution des charges publiques sont aussi bonnes pour l’Espagnol que pour l’Allemand et pour le Hollandais, et sont de même également bonnes pour tous; les moyens de communication entre tous les peuples leur donnent des moyens de s’entendre cpii forment vraiment . des habitans de l’Europe, une seule et même famille; jamais la dénomination de république européenne n’eût d’acception plus véritable. Div isée par les intérêts plus que par les mœurs 1 Europe est une espèce de république (i)dont

(i) On comptait en Espagne : académies. .... 18

Universités .... 28

. "V illes avec des Sociétés patriotiques 80

J’ai lu une lettre de Louis XV à son ministre le duc de[Clioiseul , dans laquelle, dès 1760, il lui parle des

l’Espagnol n’est exclus à aucun litre , et pouvant y paraître avec honneur, il a dû désirer de le faire.

L’Espagnol, quoique mis en surveillance et comme en séquestre, par son gouvernement, ne pouvait cependant pas être sevré tout à fait de la connaissance de ce qui se passait autour de lui. En pareil cas, ne pas tout dire irrite la curiosité, et dans l’impossibilité de tout cacher, il faut tout révéler. Ce n’est plus qu’en lurquie que tout peut encore être caché et ignoré : là sont des barrières qui ne se trouvent plus en Europe, dans laquelle mille rapports de communauté existent entre les hommes et les rapprochent à chaque instant. Combien d’Espagnols franchissant par la pensée les Pyrénées, s’associent en idée aux voix qui retentissent en Europe, aux scènes qui remplissent son théâtre! Qu’on se représente l’elfet quelles doivent produire sur des imaginations accoutumées à s’élancer sur des ailes de feu „ d ans les vastes et hautes régions qui forment

mœui s républicaines de l’Europe.... ce coup-d’œil sur $on temps est fort juste , et prouve dans ce prince du sens et la faculté d’observer.

3e domaine de la fiction. En Espagne, comme dans le reste de l’Europe, il n’y a plus d’attention que pour les objets politiques, comme au temps des guerres civiles et religieuses du seizième siècle, en France, en Allemagne, en Angleterre, les sujets de ces grandes contestations remplissaient seuls tous les esprits. Uneoccupartion uniforme tient l’Europe et le inonde attentifs : la rèformation sociale qui s’opère partout, et dont il faudrait substituer le nom à celui de la révolution. Celui-ci est trop borné pour un acte aussi grand : il resserre l’action ou du moins il la rappelle dans le cadre seul de la révolution française, tandis que c’est du changement du monde dont il s’agit. L’Espagne vient d’y entrer : elle y avait abordé comme un vaisseau que l’orage repousse du port* maintenant elle y est entrée à pleines voiles.

Si la révolution qu’elle subit dans ce moment est, sous un rapport, l’effet combiné delà révolution faite en 1808, et celui de la civilisation moderne dont l’influence s’étend à tout et partout, elle est, de plus, l’effet du mauvais gouvernement qu’a subi l’Espagne depuis 1814*

Raisonnons :

Comment ce pays a-Eil été gouverné depuis

cette époque? était-ce pour un pareil résultat qu’un grand peuple entendait embrasser les plus cruelles souffrances, et soutenir les plus rudes combats auxquels des mortels se soient jamais assujétis? Ne dirait-on pas que c est pour la restaura tion d’Espagne que Fox semble avoir proféré cet effrayant oracle , qu’une restauration était la pins mauvaise dis îevolu tions? De bonne foi, le gouvernement de Ferdinand était-il applicable à un peuple renouvelé

partant de scènes qui avaient donné une autre direction à ses idées et «à ses regards? pouvaitil être proposé à des milliers de chefs militai res, enfans de la fortune, artisans de leur élévation, restes miraculeux de cent combats, debus de mille bataillons, arrivés à la tète des troupes à travers le crible des coups de la mort, et comme sous sa faux émoussée a force de frappei , d’accepter pour chefs et pour instructeurs, l’inquisition et les moines , pour rafraîchissement et pour salaire les fanges et les feux de F Amérique! c’est à ces Espagnols quiontcimenté des actes constitutionnels, que les taches qui s’y rencontrent n’empechent pas de s elcver au-dessus de ceux qui régissent les âmes de la civilisation politique européenne, que

i on vient donner pour régulateurs et comme épurateurs des idées d’une jeunesse trop vives, quoi? les jésuites et tout ce que l’Espagne possède de plus reculé en éducation, de plus gothique en institution, de. plus opaque et de plus obtus en facultés intellectuelles! C est dans l’arsenal de l’ignorance et de la sottise que l’on va chercher ses armes, et celles dont on entend forcer les autres à se revêtir • il n’y

manquait que des missionnaires. Ferdinand VII a pi oposé à des hommes de la nouvelle Europe, de paraître au milieu de la civilisation 1110-' derne avec les accoutremens du temps de Ferdinand le catholique et de Philippe II. Ils ont rejete cette ridicule livrée 5 ils ont voulu vivre sous les habits de leur temps, voilà toute la révolution d’Espagne, la préférence donnée au temps présent sur le temps passé. Le même

résultat attend tout prince qui voudra violenter

1 esprit de son pays, comme l’a fait Ferdinand; qm tentera de le faire repasser par les filières de l’antiquité pour l’arracher à son état moderne et à la part qu’il prend à la civilisation de l’Europe : l’Espagne tenait à l’Europe par trop de ressemblances pour 11e pas finir par

lui ressembler tout-à-fait : quand on veut vivre

comme en

Turquie , il faut s’isoler de tout comme on fait en Turquie. Mais vouloir allier ensemble l’Europe et la Turquie, mais aux, mœurs de la nouvelle Europe, vouloir joindre les procédés de la Turquie, en vérité que peuton attendre d’un pareil amalgame ? Les hommes périssent presque tous pour ne pas se bien entendre eux -mêmes 5 ils prennent leurs systèmes pièce à pièce dans deux ou trois systèmes opposés , et semblables à l’artiste qui avait projeté de faire la statue de la mère des grâces avec les traits réunis des beautés de la Grèce, ils finissent par ne faire qu’un monstre. Ce qui est le plus rare parmi les hommes , c’est une idée homogène et complète • son absence avait perdu Napoléon, il était probable qu’elle pourrait bien aussi avoir la faculté de perdre Ferdinand. 11 voulait être à la fois de l’Europe et de l’Afrique, de son temps et de celui de Charles-Quint; on n’est pas a la fois de deux temps différons. Mais aussi quelle bizarre conception que celle de ce règne! l’esprit se perd à l’examiner. Cette recherche fait concevoir le regret que quelque habile anatomiste ne nous ait pas appris quelle libre paticulière à certaines têtes, peut les porter à considérer

l’humanité comme une espèce de matière faite pour respirer, pour se mouvoir et pour s’animer uniquement d’apres leur souffle, leur inspiration ou leur direction propre , ni quelle conformation particulière, dans l’organe delà vue, donne à leurs, yeux régulièrement et uniformément la propriété de voir les choses et les hommes autrement qu’ils existent et qu’ils sont faits : quelle organisation les porte encore à regarder tous ces mobiles comme des instrumens d’une docilité immanquable, prêts à obéir à toutes les impressions qu’on leur communiquera, ce qui les exposerait à changer souvent, et plus souvent qu’ils ne sont disposés ale faire; il y a là dedans quelque chose d’extra naturel : le reste des hommes n’est pas fait ainsi. Le roi d’Espagne, en se voyant le maître du sol de l’Espagne, avait cru être aussi le maître de l’esprit de ses habitans ; il vivait dans la confiance de commander aux uns comme à l’autre, à des êtres sensibles comme à une matière insensible. Parce que celle-ci ne résistait ni ne se plaignait , il concluait que les autres ne résisteraient et ne se plaindraient pas davantage. Une chute cruelle lui a appris sa méprise , et la séparation des uns lui a coûté la perte de l’autre. Voilà

où l’on arrive à la suite des erreurs que produisentles préjugés enfans de l’habitude ou de l’irréflexion, fomentés parla flatterie, entretenus par quelques instans de succès, auxquels doit succéder une éternité de douleurs. Ferdinand vient de subir cette cruelle, mais instructive épreuve. En se sentant de nouveau sui la terre d’Espagne, à l’aspect de ce trône qui! lui était donné de revoir, l’antique royauté en

rentrant dans son cœur a revécu facilement dans son esprit; il s’est cru à la fois sur la terre et sur le trône de ses aïeux, il a cru que ceux

qui avaient tout souffert pour lui pourraient tout supporter de lui; le succès a répondu aux premiers essais,, de premières attaques ont été réprimées, d’autres les ont suivies, il n’a pas voulu entendre le langage et la signification cacliee de ces attaques redoublées, ces feux échappes de la terre n ont pas fait songer à éteindre le foyer qui couvait au fond du volcan ; on n’a songé qu’a combler sa

bouche avec des victimes et des cadavres. Aggraver avec orgueil a paru dignité, commander avec hauteur a été réputé de la force , le silence a été pris pour de l’assentiment , s’enfoncer dans les mômes voies a été nommé

C1I’!eîe’ et pendaut qu’au milieu de la misère publique et <Je rabattement des opprimés, o»

CI °Jai! avoir tr°uvé pour soi, comme avoir tracé aux a utres les routes trop long-temps négligées

u v er stable empire à exercer sur les hommes -

! emp‘re llU-même happait. Cet empire se trouvait transféré, qui ]e croirait, grand Dieu'

aux viennes mêmes de ce despotisme- et

C <Vai! <?u xond cîes prisons où elles étaient enfermecs que revenait le pouvoir qui allait dans, un cm-doeil se répandre comme un torrent sur 1 Espagne, charmée.de le voir reparaître, IHu, c’était dans les hideux cachots de Ceuta que se trouvait alors le vrai trône de l’Espao ne. C étaient les auteurs de la constitution re e8u®s cieprus six ans dans ces odieuses demeures, qui régnaient vraiment sur l’Espagne, On avait bien pu livrer leurs corps aux chaînes et aux bourreaux, mais leur esprit avait été recueilli par les Espagnols- il avait fermenté parmi eux, il leur avait donné d’autres idées, il les révoltait contre leurs oppresseurs et lorsqu’à force de gagner de proche eu proche d fut parvenu au point d’avoir formé l’esprit de toute la nation, d’un effort commun ceux qu’il avait réunis se sont portés vers le

trône et Font forcé à s’en revêtir lui-même. '(7 est alors que Ferdinand a pu connaître qui régnait vraiment en Espagne, si c’était lui ou ses captifs, si c’était la force ou l’opinion : admirable victoire de cette opinion , reine méconnue et contestée jusqu’ici, l’Espagne vient de t’élever un trône d’où tu commandes tous ceux du monde, d’où tu leur enseignes à ne se jamais séparer de toi, d’où tu leur montres ce qu’il en coûte pour t abandonner; te mépriser est se condamner soi-même! PierrelII, Paul Ier, n’auraient pas plus été attaqués par leurs femmes ou par leurs courtisans, que Ferdinand ne Feût été par ses soldats , si , comme lui , ces princes malheureux n’eussent été délaissés d’avance par l’opinion. Retirée d’eux, ils se trouvèrent sans forces, et prêts à devenir la proie de qui voulut les attaquer. Qui a-t-on jamais vu se soutenir con tre l’opinion ? cela n’est pas encore arrivé depuis qu’il y a des sociétés humaines. En France, il n’y aurait pas eu de s 4 juillet, si l’opinion ne se fût trouvée retirée du gouvernement de Louis XVI ; en Espagne, il n’y aurait pas eu de Ier janvier 1820, si l’opinion, délaissant Ferdinand, marquant son administration d’un sceau de réprobation ,

n’eût transporté dans un camp ennemi la force qu’elle lui avait repris. Ainsi les deux monarques, quoique dans des actions opposées en apparence, ont péri par une cause semblable en réalité.

La révolution d’Espagne montre un monarque ramené par son peuple dans le sein de la civilisation et dans les sentiers de la légalité ; chose encore inconnue au monde. Un roi de Syracuse, Gélon, imposa pour toute condition de paix , à Carthage vaincue, de cesser ses horribles .sacrifices , de renverser les autels impies sur lesquels elle immolait des hommes à ses dieux cruels; l’Espagne impose pour toute condition à un monarque désarmé, de renverser les autels de la superstition , de l’ignorance, du despotisme, etderentrer dans les voies de l’humanité civilisée : honneur à tous les deux , jamais victoire ne mérita mieux le sourire du ciel , qui n’a pas semé sur la terre l’espèce humaine pour servir de victime pas plus que de jouet à quelques-uns de ses membres.

Les associations humaines sont une chose fort grave, et en cela même elles ne peuvent plus être menées par des us et coutumes , mais d’après des principes et des lumières. En mo-

raie, on périt par l’absence de la vertu; en politique , par l’absence des lumières. Le crime tue l’âme, et les fautes, les étals. Fasse le ciel que Ferdinand, ramené par ses peuples comme un père égaré peut l’être par ses enfans, ne trouve en eux qu’un appui consolant et paisible; puisse l’Espagne retracer la piété d’Antigone, se dévouant a soutenir les pas d’un père privé de la lumière.

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