III
peut manquer d’arriver , ses membres n’étaient à distinguer que par leur bassesse : la se trouvait le vrai gouvernement de l’état; naguère Madrid irrité vit fuir ces odieux anges de ténèbres, c’étaient les hommes les plus abjects de l’Espagne. Voilà où Ferdinand en était arrivé, à peu près comme Paul Ier s’était livré à un homme qu’il avait reçu des mains d’une reine de théâtre, et qu’il n’en avait pas moins élevé aux premiers postes de l’empire (i). Ces fantaisies dégradantes finissent toujours par couler cher.
L’Espagne ne sait que faire des Florides ; elle ne peut les défendre; elles ne lui servent à rien. Les Etats-Unis les revendiquent; une longue négociation les leur assure. Pendant ce temps, des hommes cupides, trop rapprochés du prince, parviennent à lui surprendre des concessions de nature à invalider le contrat passé avec un ennemi puissant et pressant. La guerre peut suivre de cette manœuvre de la cupidité, et l’Espagne peut devenir victime des intérêts privés, favorisés par des influences détournées, mais trop actives.
(i) Le barbier KutairofF devenu favori de Paul Ier; l'actrice française nommée Chevalier.
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De tout ceci, il est évident que c'est le choix que Ferdinand a fait de la vieille Espagne au lieu de la nouvelle, qui a causé ses malheurs; il s’en est suivi qu’il n’a pu gouverner que dans l’esprit de la vieille Espagne, avec les instrumens de la vieille Espagne, les pratiques de la vieille Espagne, et, par conséquent, d’une manière contradictoire à l’état réel de l’Espagne et de la civilisation dont elle fait partie. L’Histoire notera cette erreur comme ayant
donné lieu à l’ouverture d’une ère nouvelle.
C’est un des évènemens les plus grands pour qui veut y regarder de près et à fond, que la scène du monde ait présentés.
Ce serait un faux jugement que celui par lequel on condamnerait Ferdinand pour avoir poursuivi la guerre d’Amérique; il n’était pas le maître de l’éviter et de s’y opposer, ni en commençant, ni directement. La guerre d’Amérique était plus que populaire en Espagne; elle était commandée par l’Espagne entière : celle-ci attache un si grand intérêt à la possession de l’Amérique , qu’aucun sacrifice n’a dû lui coûter pour la reprendre; et il a fallu une démonstration aussi complète de l’inutilité de ses efforts , que celle qui a été donnée par la
guerre faite depuis six ans dans ce pays , pour affaiblir ce sentiment chez les Espagnols , car ils ne sont pas gens qui reviennent facilement sur une idée une fois arrêtée. Ferdinand n’était donc pas le maître de se soustraire à la nécessité de faire celte guerre ; en l’acceptant , il cédait , il obéissait à un sentiment national ; et un prince trouve toujours quelque force dans cette réunion avec l’opinion ; mais où il devait reprendre ses droits de chef et de conducteur de la nation ? c’était apres une première épreuve malheureuse qui lui donnait la facilité d’éclairer sa nation sur l’inutilité de ses efforts, et de passer aussitôt à un arrangement favorable à la mere-patrie avec ses enfans mutinés : mais ce qui a tout surpassé, ce qui a comblé la mesure, c’est d’avoir tenu rassemblé , pendant un an , un corps de troupes toujours prêta être embarqué, et ayant sous les yeux tout ce qui était propre à le dégoûter de 1 être ; il était bien évident que ces corps rapprochés fermenteraient ensemble , et que leur réunion leur donnant le sentiment de leur foi ce , les porterait à en user • sur cela , les ' hommes s’entendent sans se parler. La prudence la plus vulgaire conseillait de compléter
les préparatifs de l’expédition, et de ne faireapprocher du port qu’au moment même de le quitter. Des corps isolés dans leurs garnisons respectives n’auraient paspensé à ce que réunis ils ont fait dans File de Léon .La mauvaise administration avait tellement détruit tous les moyens, qu’il ne s’est trouvé rien à opposer à une poignée d’insurgés. En tout autre pays , ils n’en auraient pas eu pour vingt-quatre heures : en Espagne , ils ont changé la face du royaume en quelques semaines. L’unanimité, la généralité qui ont accompagné ce changement, la promptitude de toutes les classes à l’embrasser , prouvent que tout était mûr pour la fin de ce règne désastreux pour tout le monde; aussi au même instant a-t-il trouvé tout réuni contre lui ; l’Espagne entière s’est trouvée, sans s’être entendue préalablement, réunie sous le même drapeau, et une loi ensevelie au fond des cachots, dont le rappel quelques jours auparavant aurait donné la mort a qui eût prononcé son nom, s’est trouvée à la même heure briller sur le ciel de l’Espagne, et servir d’étoile polaire à cette contrée. Métamorphose frappante pour les yeux, mais qui n’a rien d’é tonnant pour l’esprit de qui, à l’étude de