‹ De la Révolution françaiseChapitre 13 sur 54 · RESULTAT DE CES FAUTES , ET SURTOUT DE LA DERNIÈRE · texte numérisé non relu

RESULTAT DE CES FAUTES , ET SURTOUT DE LA DERNIÈRE

De cette double représentation à la votation par tête il n’y avoit qu’un pas. Le tiers , enhardi par sa première victoire , l’eut bientôt franchi. Ce résultat du conseil fut donc le coup mortel pour la France.

Le ministre dans son fatal rapport mit encore en question une autre nouveauté : savoir si ciiaque ordre devait, suivant l’antique usage, être restreint à choisir ses députes dans son ordre. Le conseil ne rendit pas de décision à cet égard : mais, Necker ayant incliné vers l’admission de ce changement , le tiers en prit droit de l’admettre ; et cette combinaison valut à la monarchie la nomination du comte

de Mirabeau , et de l’abbé Sièyes , deux d’entre

les députés qui contribuèrent le plus à la détruire (i).

(ï) Aucun d’eux ri’ eut été choisi par la noblesse et le

clergé.

Cette ruine avoit été préparée dans l'intervalle qui sépara la promesse des Etats-Généraux de leur tenue. Tous les genres d’innovations furent proposés par les brochures , qu’on vit éclore pendant ce fatal délai. Un prêtre , depuis apostat et régicide , se distingua parmi les écrivains politiques de cette époque. Le duc d’Orléans qui aspiroit à la popularité, et sembloit avoir quelque velléité d’usurpation, avoit fait rédiger pour les bailliages de son apanage les instructions les plus démocratiques , destinées à former ce qu’on avoit appelé jusque-là leurs cahiers. A ces instructions fut annexé un petit pamphlet antérieurement répandu par Sièyes sous le titre de Délibérations à prendre par les assemblées de bailliages , et conçu dans les principes les plus révolutionnaires. Le tout fut distribué avec profusion dans tout le royaume. La multitude ignorante, présomptueuse, toujours avide de nouveauté, s’abreuva de ces doctrines pestiférées.

Le roi n’avoit annoncé que des Etats-Généraux , et non pas un changement de constitution. Sa lettre de convocation du 24 janvier 1789 porte « qu’il s’est déterminé à convoquer » leur assemblée, tant pour le conseiller, l’as-

» sister dans toutes les choses qui seront mises » sous ses yeux , que pour lui faire connoître » les souhaits et les doléances de ses peuples. » Le roi promet aux députés « de demander » et d’écouter favorablement leurs avis sur » tout ce qui peut intéresser le bien de ses » peuples , et de pourvoir sur les doléances » et propositions qu’ils auront faites , de telle » manière que son royaume et tous ses sujets » en particulier ressentent pour toujours les » effets salutaires qu’ils doivent se promettre » d’une telle et si notable assemblée. »

Les agitateurs, prévenant la rédaction des cahiers , accaparoient des suffrages et des signatures pour les projets d’instructions qu’ils faisoient circuler dans les provinces , et qui leur étoient envoyés de Paris, foyer permanent de toutes les entreprises révolutionnaires formées en Europe et au-delà des mers. Il est meme telle province où les partisans des révolutions se lioient entre eux pardessermens exécrables. Un arrêt du conseil du 25 février 1789 atteste et condamne ces intrigues; mais il n’étoit plus temps : le mal étoit consommé. Les publicistes de carrefour (1) qui avoient

(1) L’expression, n’est point exagérée. Mallet -Dupan

décide que la France existoit depuis tant de siècles sans constitution, comptaient d’innombrables prosélytes parmi les avocats , dont la profession exigeoit beaucoup plus la connoissance du droit privé que celle du droit public. L’habitude de la parole leur acquit une malheureuse prépondérance dans les assemblées du peuple. La plupart avoient puisé leur littérature dans Voltaire , leur politique dans J. J* Rousseau, fougueux ennemi du gouvernement monarchique. Ils adoptèrent l’idée qui leur fut suggérée par les grands moteurs parisiens , de donner à la France une constitution dont on leur avoit fait croire qu’elle manquoit. Les cahiers , en général rédigés par eux , „ ne se bornèrent pas tous à des doléances , suivant l’usage immémorial. Plusieurs Lendirent à dépouiller le roi de sa qualité d’unique législateur de son royaume , et à faire participer les députés à cette prérogative de la puissance

( n° 1 4 du journal déjà cité) dit qu’en 1788 il a entendu Marat « lire et commenter le Contrat Social dans les pro- « inenades publiques , aux applaudissemens d’un audi- » toire enthousiaste. Ce Contrat Social fut le Coran des » discoureurs apprêtés de 1789, des jacobins de 1790, » des républicains de 1791 , et des forcenés les plus » atroces. »

souveraine. C’est du moins ce qui résulté du dépouillement de ces cahiers, duquel nous parlerons bientôt.

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