‹ De la Révolution françaiseChapitre 15 sur 54 · TT · texte numérisé non relu

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notre histoire, eut pour base l'imposture, Thypocrisie , et fut dicté par l’esprit de révolte.

Il étoit faux que cette Assemblée eût été appelée à fixer la constitution du royaume. Comment le supposer, puisque cette constitution étoit fixée depuis des siècles ? La régénération de Tordre public étoit un prétexte hypocrite : cet ordre existoît ; et l’Assemblée nationale l’a troublé, ou plutôt subverti (i). Les vrais principes de la monarchie ; elle les a tous méconnus et foulés aux pieds par un système suivi de rébellion.

Le roi essaya de s’y opposer. Le 23 juin , il vint tenir la séance annoncée. Dans un premier discours , il dit que , comme défenseur des lois de son royaume , il vient réprimer les atteintes qui ont pu y être portées. Il fait lire

(i) L’ordre ou l’intérêt public est le motif qu’affectent tous les révoltés qui se disent révolutionnaires. La guerre que firent les grands vassaux à Louis XI fut décorée du nom de guerre du bien public . L’ambition de quelques constîtuans fut le vrai mobile de leur révolte. Ces hommes qui feignoient ne pouvoir souffrir l’autorité d’un maître doux et légitime, furent tour à tour les esclaves dociles d’une populace féroce, d’un directoire régicide et d’un despote inhumain ; disposés à toutes les variations qu’ils croient pouvoir leur être utiles , ils se montrent mémo sujets fidèles dès qu’il y a du profit à le paroître.

une déclaration dont le premier article maintient en son entier l’ancienne distinction des trois ordres, comme essentiellement liée à la constitution de son royaume ; casse la délibé-

ration prise, le 17 juin, par le tiers (dans laquelle il s’étoit déclaré Assemblée nationale ), et toutes celles qui auroient pu s’ensuivre, comme illégales et inconstitutionnelles. Il ordonna sagement qu’aucun étranger ne pût assister aux séances des Etats. La violation de cet ordre a singulièrement contribué au succès de la révolte, à ses plus grands excès, et notamment à l’assassinat du monarque qui l’avoit donné. Les membres de cette Assemblée , ainsi que des deux suivantes, furent encouragés, excités, quelquefois presque contraints à tous les crimes qu’ils ont commis par une canaille qu’on finitpar soudoyer dans cet horrible dessein.

Une seconde déclaration du roi accorde a ses sujets tout ce qu’ils pouvoient, et peut-être plus qu’ils ne dévoient désirer ; car il se départit d’une portion de son autorité , portion qu’il importait peut-être à leur bonheur de lui voir conserver. 11 affoiblit le ressort du gouvernement. On a prétendu quelquefois que partager son pouvoir est un moyen de raffermir; on a

cité la réponse du roi de Sparte Théopompe à sa femme qui lui reprochoit qye , par l’institulion des Ephores, il laisseroit à sesenfans la royauté moins puissante qu’il ne l’a voit reçue. « Au contraire , dit-il, je la leur lais- » serai plus grande , parce qu’elle sera plus » durable. » On a beaucoup vanté ce mot de Théopompe; on l’a même, dans le temps, fait valoir près de Louis XVI , pour le consoler du sacrifice de son autorité ; sacrifice arraché par la force des circonstances et le malheur des temps. Mais les successeurs de Théopompe n’eurent pas à se louer de la nouveauté attribuée à ce roi Spartiate. Les Ephores en firent mourir plus d’un, et, comme l’Assemblée nationale et plusieurs de celles qui la suivirent, constituèrent une oligarchie tyrannique. Les exemples de Théopompe , de Louis XVI , et de quelques autres princes qu’on pourrait citer, ne sont pas encourugeans pour ceux qui seroient disposés à se relâcher de leur puissance.

Si quelque sentiment d’humanité pouvoit trouver place dans des âmes dévorées d’ambition et d’envie, les constituans (i) eussent été

(i) C’est, un titre que s’arrogèrent les factieux de l’As-

attendris par le très - laconique discours qui précéda les concessions royales.

« J’ai voulu aussi, Messieurs, dit le roi , » vous faire remettre sous les yeux les diffé- » rens bienfaits que j’accorde à mes peuples. » Ce n’est pas pour circonscrire votre zèle » dans le cercle que je vais tracer ; car j’adop- » terai avec plaisir toute autre vue de bien

» public qui sera proposée par les Etats- » Généraux. Je puis dire , sans me faire illu~ » sion , que jamais roi n’en a fait autant pour » aucune nation..... Ceux qui, par des préten- » lions exagérées , ou par des difficultés hors » de propos , rélarderoient encore l’effet de » mes intentions paternelles , se rendroient » indignes d’étrc regardés comme Français. » Rien de plus vrai ; et ce fut cependant ce qui arriva.

On a dit que le roiavoit promis desEîats- Généraux périodiques. Nous ne voyons pas cette promesse dans la déclaration qui est sous nos yeux ; le premier article statue , à la vérité , qu’aucun nouvel impôt ne sera établi, aucun ancien, prorogé au-delà du terme fixé par les

semblée nationale, et ce n’étoiî pas un litre vain, puisqu'ils eurent f insolence de fabriquer une constitution..

lois , sans le consentement des reprësentans de 3a nation; et le second porte qu'ils ne le seront que pour l’intervalle- qui devra s’écouler jusqu’à l’époque de la tenue suivante des Etats-Généraux. Mais cet intervalle n’étant point fixé, et nul autre article n’exprimant que les taxes ne seroient mises que pour une , deux , trois années , ou un autre nombre déterminé , on ne peut pas en conclure que les Etats- Généraux dussent être annuels. On pourroit peut-être cependant l’inférer de l’article 5, qui dispose que Je tableau des revenus et des dépenses sera rendu public chaque année. Mais ce n’est point par des inductions , qui même ne sont pas incontestables, qu’un changement d’une telle importance dans la constitution de l’Etat devoit être indiqué.

Nous ne détaillerons point tous les bienfaits octroyés par cette déclaration , qui annonce l’abolition, à laquelle avoient d’avance consenti la noblesse et le clergé , de tous les privilèges pécuniaires , celle du nom même de taille, et du droit de franc-fief, dès que l’on auroit balancé les revenus et les dépenses fixes du royaume. La suppression delà gabelle, ou tout au moins son adoucissement , fut une des promesses du bienfaisant monarque, ainsi que

la fixation (les dépensés de chaque departement du ministère , et meme celle des fonds destinés à l’entretien de la maison royale. Enfin , le roi voulut qu’aucune des concessions qu’il auroit faites pendant cette tenue d’Etats - Généraux ne pût être révoquée sans le consentement des trois ordres pris séparément. Louis XVI renonçoit ainsi à une portion très - importante d’une puissance qui , à dater du règne de Charles V, comptoit plus de quatre siècles

d’une assiète fixe et constante. C’est l’époque à laquelle remontoit, en 1789, le dernier état des choses, établi par un roi si justement surnommé le Sage. L’œuvre de la véritable sagesse fut détruit sous un roi qui possédoit cette même vertu à un degré fort éminent, mais qui eut le malheur de vivre dans un temps où la fausse philosophie, c’est-à-dire la fausse sagesse, avoit tout vicié. Sa condescendance ne pouvoit aller plus loin. Que pouvoit -il, sans bouleverser l’ordre social, accorder de plus au fol esprit d’indépendance qu’on avoit inspiré à sa nation? Que vouloit-on encore, si ce n’étoit l’abolition de la monarchie?

Les déclarations du 23 juin étoient l’ouvrage du ministre ; on ne put manquer de le reconnoître à l’établissement des Etats provinciaux,

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qu’annonçoit la seconde, îi a voit déjà, dans son premier ministère, essaye cetle dangereuse institution sur deux provinces. Cette fois, il la vouloit étendre à toutes sans exception, et n’oublioit pas d’y introduire la double représentation flu tiers , qui xnettoit en feu tout le royaume. L’amour-propre lui fermoit les yeux sur les désastres déjà produits par cette fatale innovation.

Cependant il se dispensa de venir, avec les autres ministres, à la séance où fut proclamé son ouvrage. Son incroyable vanité s’étoit sentie blessée par quelques légères modifications que le roi y avoit cru devoir faire; et, pour l’en punir, Necker refusa de l’accompagner. On le souffrit. Cette circonstance fil juger que le plan proposé , loin d’être le sien , lui déplaisoit Comme il jouissoit encore en ce moment de la faveur populaire, son improbation présumée accrut singulièrement la hardiesse des factieux, fit échouer le projet du roi, et produisit les catastrophes qui signalèrent le mois de juillet.

Après la lecture de la seconde déclaration , le roi prononça un troisième discours dans lequel il annonça que si l’Assemblée se refusait à seconder ses vues paternelles , seul il

fftroit ic Lien de scs. peuples. « Réfléchissez , » dit -il aux députés, qu’aucun de vos pro- » jets , aucune de vos dispositions ne peut « avoir force de loi sans mon approbation » spéciale, » C’éloit en quelque sorte faire pressentir l’intention d’admettre les Etats- Généraux au partage de la puissance législative ; ce qui n’étoit point exprimé dans les déclarations , lesquelles ne leur conféroient que le droit d’accorder les impôts.

Le roi, en finissant, ordonna aux députés de se séparer de suite , et de se rendre le lendemain dans leurs Chambres respectives , pour y reprendre leurs séances. La noblesse et le clergé, à l’exception de quelques curés, obéirent à cet ordre. Le tiers resta dans la salle commune avec eux. Etonné d’abord , effrayé peut-être du danger de cette mesure , il garda un assez long silence.

Le premier qui prit la parole fut Mirabeau (i). « Messieurs, dit-il, j’avoue que ce

(i) Nous copions ce discours dans un Choix de rapports , opinions , etc . , prononcés à la tribune nationale depuis i 789. Ce choix , qui eût pu être mieux fait , est néanmoins utile , malgré les détestables réflexions que les compilateurs se sont permis d’y mêler. Nous ne citerons qu’un exemple de l’esprit qui les a dictées ( V oy . t. I, p. 35) :

» que vous venez d’entendre pourroit être ]e » salut de la patrie , si les présens du despo - » tisrne (i) n’étoient pas toujours dangereux : » quelle est cette insultante dictature ? l’ap- » pareil des armes , la violation du temple » national, pour vous commander d’être heu- « reux ! Qui vous fait ce commandement ? » votre mandataire ; qui vous donne des lois « impérieuses? votre mandataire ; lui qui doit » les recevoir de vous. »

Ce n’est pas sans frémir d’indignation et d’horreur qu’on peut transcrire des extrava-

« L’Assemblée nationale nomma deux- députations : la » première , etc. La seconde pour transmettre à Paris la j> réponse de Sa Majesté, dans le cas où elle seroit juste

* n et sage. Cette seconde députation n'eut point de mission » à remplir. » C’est en 1818 qu’on insultoit ainsi à la mémoire du monarque le plus vertueux et le plus infortuné.

(i) C’est de ce nom qu'on appeloit alors la monarchie. M. de Lally même, croyant faire l’éloge de Mounier, dit que c'étoit « un des hommes qui avoient porté au despo - » potisme (* *) les premiers coups, et peut-être les plus » sûrs. » [ Seconde Lettre à ses commettons. )

(*) Le despotisme de Louis XVI! Le président du tribunal révolutionnaire, dans l’interrogatoire qui précéda l’assassinat de Mme Elisabeth, ayant traité non seulement de despote , mais de tyran j ce monarque infortuné :« Si mon frère, répondit l’aun guste princesse, eût été un tyran, ni vous ni moi ne serions » à la place que nous occupons aujourd’hui. »

gances aussi impudentes, que cependant une multitude hébétée prenoit , et prend peut-être encore pour de réloqucnce. « La liberté de » vos délibérations est enchaînée , une force » militaire environne l’Assemblée (i). Où » sont les ennemis de la nation ? Catilina » est-il à nos portes ? » Non , il étoit dans la ville , il étoit même dans cette enceinte. Une assemblée dont la pluralité n’eût pas été factieuse, auroit fait jeter à la porte (car sa dignité ne lui auroit pas permis de faire jeter par les fenêtres , comme il ne l’eût que trop mérité) l’auteur d’une déclamation aussi folle qu’insolente.

M. le marquis de Brezé , grand-maître des cérémonies, voyant le tiers rebelle à l’ordre qu’il avoit reçu de se retirer, s’approcha du président : « Messieurs, dit - il , s’adressant à » l’Assemblée , vous avez entendu les inten- » tions du roi. » La réponse appartenoit à M. Bailly qui présidoit. Mirabeau se hâta de la faire : « Oui, Monsieur ? nous avons en- » tendu les intentions qu’on a suggérées au » roi ; mais vous qui ne sauriez être son or-

(i)M.de Lalîy prétend que les troupes qui se trouvoient dans les environs de Paris et de Versailles , que « ce dé- « ploiement de la force militaire auprès d’une assemblée

» gaine auprès de l’Assemblée nationale (1) ; « vous qui n’avez ici ni place, ni voix, ni droit » de parler, vous ri êtes pas fait pour nous » rappeler son discours (2). Cependant, pour » éviter toute équivoque et tout délai , je vous « déclare que si l’on vous a chargé de nous » faire sortir d’ici , vous devez demander des » ordres pour employer la force. Allez dire à » votre maître ( c’étoit bien aussi celui de

» législative avoit paru avec raison un attentat à la liberté » des suffrages; qu’une adresse à laquelle il étoit impo.sn sible de 11e pas applaudir , avoit été présentée le 10 juil- » let au roi , pour demander l’éloignement de l’armée. » Cette adresse, rédigée par Mirabeau, étoit un vrai manifeste de révolte , et ne contribua pas médiocrement à celle qui éclata quatre jours après. M.deLally, au reste, détruit lui-même son inculpation , en ajoutant que le roi, répondant à cette adresse, avoit motivé la présence des troupes sur la nécessité de maintenir dans Paris la tranquillité troublée par plusieurs émeutes , et que cette réponse avoit été jugée satisfaisante.

(1) Au contraire, il étoit son organe naturel, et même nécessaire , puisque le roi, après avoir enjoint aux députés de se reiircr dans leurs Chambres, avoit ajouté : « J’or- » donne en conséquence au grand-maître des cérémonies » de faire préparer les salles. »

(2) C’est Mirabeau qui ri 7 était pas fait pour se rendre l’organe d’une assemblée de laquelle il n’avoit pas reçu cette mission, dévolue de droit au président.

» Mirabeau ) que nous sommes ici par la » puissance du peuple , et qu’on ne nous en » arrachera que par la force des baïonnettes. » Cette audace , quoique mêlée d’une crainte visible , imposa : ce député cependant indiquoit le seul parti qu’il y eût à prendre ; c’étoit d’employer la force , s’il en étoit besoin. Tout souverain à qui l’on peut désobéir avec impunité , n’en a plus que le nom , qu’il ne sauroit même conserver long -temps. De ce jour date la mort, ou du moins l’agonie de la royauté. Par une révolte ouverte, le tiers persista dans les délibérations que le roi venoit de casser. Mirabeau , qui ne pouvoit se dissimuler le châtiment que méritoit sa conduite , engagea ses complices à se déclarer inviolables.

Après ces actes de rébellion , chaque jour, chaque instant accéléra le désastre. Necker fut, le jour même de la séance royale , porté en triomphe par la populace reconnoissante de son absence , regardée comme une protestation , et l’archevêque de Paris fut lapidé par elle. Le lendemain elle l’auroit massacré s’il ' n’eût racheté sa vie en promettant de se réunir à la chambre du tiers. Celle du roi fut menacée : pour la sauver, il fallut que la majo-

rite de la noblesse , et îa minorité du cierge allassent aussi se perdre dans cette caverne de la révolte. Les autres fractions de ces deux ordres les y avaient déjà précédées; presque tout le clergé , appartenant par sa naissance à Tordre du tiers, inclina d’abord pour lui. La perte de tous ses biens , îa plus violente persécution, et îa mort d’une multitude innombrable de ses membres en furent la récompense, La défection dans la noblesse n’avoit été que de quarante-six membres, sans compter le duc d’Orléans qui marchoit à leur tête.

dette réunion , ou pour mieux dire cette

confusion , étant opérée , les factieux , qui ét oient le plus grand nombre, pour renverser méthodiquement le trône , procédèrent à ce qu’ils appeloient la régénération . Un comité fut chargé de travailler à ne pas laisser pierre sur pierre dans Fédifice de la monarchie. Le rapporteur, Mounier, lut à la séance du q juillet un discours dans lequel il avança que nous n’avions pas de constitution. Ce prétexte absurde étoit nécessaire pour colorer le projet de détruire celle qui exisloit afin d’en fabriquer une absolument nouvelle. Dans ce travail préparatoire, on mit au premier rang la fameuse déclaration des droits de P homme , cette fé-

conde source de l’anarchie (il ne futpas question de ses devoirs : c’est â quoi on ne songeoit aucunement alors); au second, les principes de la monarchie ; au troisième , les droits de la nation. Enfin on daigna s’occuper du roi,

qui fut îe quatrième objet de l’attention dans

ce rapport.

Cependant Forage g rond oit de fout coté. Paris étoit plein de brigands. La fidélité des gardes françaises étoit plus qu’ébranlée ; celle de plusieurs autres régi mens ehanecloit. Le roi éprouvoit un sentiment pénible chaque fois qu’il voyoit le ministre qui l’avait amené au bord de l’abîme; celui-ci s’en aperçut , offrit sa démission qu’on ne pouvait manquer d’accepter. Les députés populaires , très-indifférens sur sa destinée , depuis qu’ils sent oient n’avoir plus besoin de lui, feignirent une vive douleur de sa disgrâce. Elle fut le signal du soulèvement qu’on méditait. Meunier fit à F Assemblée nationale une motion pour prier le roi de rappeler ee ministre, ainsi que trois autres , dont la démission avoif été en meme temps exigée. M. de Lally demanda qu’il leur fût adressé des remercîmens et des hommages (12 juillet)'.

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