CHAPITRE VIII
TAXE INOUÏE, SOUS PRETEXTE D’EMPÊCHER LA BANQUEROUTE , QU’ELLE ^EMPECHE PAS.
Le jour même où Ton inondoit de sang le palais des rois, ce jour probablement destiné a l’extinction de la famille royale , on imposoit à la France la taxe la plus onéreuse qu’elle eût jamais supportée. On avoit convoqué les Etats- Généraux pour aviser aux moyens de combler le déficit; dans l’espace de cinq mois, il s’étoit si prodigieusement accru , que , malgré les dons patriotiques , faits les uns volontairement , les autres par force , ou par crainte , Necker avoit déclaré à l’Assemblée que le mouvement de l’administration alloit s’arrêter , si l’on ne venoit au secours du trésor royal, par une contribution extraordinaire. Il ne demanda pas moins que le quart du revenu annuel , en avertissant que ce seroit pour une fois seulement; le succès de cette tentative a sans doute inspiré dans la suite l’idée hardie d’une taxe énorme et per ma-
nente du cinquième des revenus (1). Ce quart affecta non seulement les rentes constituées en argent sur l’Etat ou les particuliers , et les revenus territoriaux , mais les profits que chaque citoyen pouvoit retirer de ses taîens ou de son industrie. L’Assemblée, en accédant à la demande du ministre , lé 6 octobre, arrêta le même jour une adresse à ses commettans , c’est-à-dire à la France , pour lui faire sentir la nécessité du sacrifice qu’on lui imposoit. Elle avertit que les revenus publics avoient disparu ; il est vrai que les gens de campagne surtout ne vouloient plus payer de contributions. Ils croyoient , ou feignoient de croire que révolution signifioit exemption de taxes , de dîmes et de droits féodaux. « Si vous ne veniez à notre secours , dit » l’adresse , la plus belle révolution seroit » perdue aussitôt qu’espérée; elle rentreroit » dans le chaos d’où tant de nobles travaux » l’ont fait éclore. »
(1) Elle sera sans doute diminuée lorsqu’on aura pu rendre l’administration moins dispendieuse ; mais il est à observer, et Ton en verra bien d’autres preuves, que l’exemple de tous les genres de calamités dont la France s’est vue dans la suite inondée, fut donné par cette Assemblée de 1 789.
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On avoue que îes dons patriotiques s’étoient multipliés. « C'est du trône , dont un prince » bienfaisant relève la majesté par ses vertus , » que sont partis les plus grands exemples. » O vous , si justement aimé de vos peuples !
» roi honnête homme, et bon citoyen! .
» l’amour des Français (i) pour votre per- » sonne sacrée murmure de vos privations. »
On stimule l’honneur des commettans par la considération de l’opprobre attaché à la mauvaise foi. « Ceux qui prononcent l’infâme » nom de banqueroute, veulent-ils donc une » société d’animaux féroces , et non d hommes » justes et libres ? Quel est le Français qui ose- » roit regarder un de ses concitoyens maîheu- » reux quand il pourrait se dire à soi-même : » J" ai contribué pour ma pari à empoisonner » V existence de plusieurs millions de mes semi> blables? Serions-nous cette nation à qui ses » ennemis même accordoient la fierté de Thon- » neur, si les étrangers pouvoient; nous flétrir » du titre de nation banqueroutière , et nous » accuser de n’avoir repris notre liberté et nos
(i) Le moment étoit'bien choisi pour lui en parler! Il nous semble qu’au bas de chaque page de fhistoire de notre révolution on pourroit écrire ayec justice IMPOS¬ TURE, HYPOCRISIE.
» forces que pour commettre des attentais » dont le despotisme avoit horreur ?
» Peu importeroit de protester que nous » ne F avions jamais prémédite , ce forfait » exécrable. Ah! les cris des victimes dont » nous aurions rempli l’Europe protesteroient » plus haut contre nous. »
Eh bien! la belle révolution des constituans, comme ils l’appeloient , produisit ce qu’euxmemes traitoient de forfait exécrable. Il y eut banqueroute pour ainsi dire permanente ; car, outre les spoliations de tous les genres , outre l’effroyable décret qui, le 9 * vendémiaire , an YI , réduisit au tiers les rentes dues par l’Etat, des milliards furent jetés dans le gouffre de l’arriéré, c’est-à-dire, perdus pour ses créanciers.
Tel , et plus terrible encore , fut , sous le rapport des finances, le résultat d’une révolution qu’on veut recommencer.
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