CHAPITRE XII
FAUSSE MESURE SUGGEREE AU ROI , QJJI SE MET A LA TÊTE DE LA REVOLUTION.
Pour arrêter l’effusion du sang, on conseilla au roi un moyen qu’avoit essayé Henri III, quoique ce moyen n’eût pas réussi au dernier des Valois : ce fut de se déclarer le chef d’une ligue formée contre lui-même, et tout ce que la France avoit de plus grand et de plus res- * pectable, pour tâcher de modérer du moins les fureurs révolutionnaires.
En conséquence, il se rendit le 4 février 1790 à l’Assemblée nationale*. Ce funeste projet lui avoit, dit-on, été suggéré par Necker', qui, effrayé des suites de son système , vouloit opposer quelques digues au torrent qu’il avoit déchaîné. Après une peinture affoiblie des malheurs de la France ; après ayoir traité de relâchement la rupture violente de tous les liens de l’ordre social, le roi, dans le discours que lui avoit préparé son ministre , dit à ses tyrans : « Je crois le moment arrivé où il
» importe à l’intérêt de l’Etat que je m’associe » d’une manière encore plus expresse et plus » manifeste à l’exécution et à la réussite de » tout ce vous avez concerté pour l’avantage
» de la France . Ne professons tous, à
» compter de ce jour, ne professons , je vous » en donne l’exemple , qu’une seule opinion, » qu’un seul intérêt, qu’une seule volonté, » l’attachement à la constitution nouvelle. » Mais de cette constitution il n’y avoit encore d’arrêté qu’assez peu d’articles , dont quelques uns contenoient des spoliations désastreuses, et une préface intitulée Droits de V Homme , qui étoit un véritable code de révolte. Cependant tous les habitans des quarante- huit mille républiques françaises auxquelles on donnoit le nom de municipalités, jurèrent d’être fidèles a ce fatras législatif. L’Assemblée nationale avoit montré l’exemple ; rît , ce qui fait bien voir que c’étoit uniquement une scène théâtrale , les spectateurs placés dans les tribunes s’étoient joints à elle. Quelques députés néanmoins aimèrent mieux se démettre que de prêter serment à “une constitution à peine ébauchée, et dont l’ébauche ne renfermoit et n’annonçoit rien que de sinistre.
Cette démarche à laquelle on avoit eu sans
doute bien de la peine à entraîner le roi , navra de douleur tout ce qui lui étoit resté soumis. Le colonel Mauduit , assassiné depuis au Port-au-Prince , d’une manière barbare , par ses soldats patriotes , écrivit sur cet événement à M. le comte Fernand Nunez, ambassadeur d’Espagne à Paris, une lettre dont le brouillon fut trouvé dans les papiers de ce brave colonel , après son assassinat , et lu à l’Assemblée nationale , qui en frémît de rage. En voici quelques fragmens :
« La démarche du roi me paroît déchi- » rante : c’est , suivant moi , la destruction » totale de la monarchie ; c’est un hommage » que le souverain rend au crime qui a tout » bouleversé, tout détruit; c’est , suivant moi, » un prince qui abandonne ses fidèles servi- » teurs , les honnêtes gens de son royaume , » pour aller se mettre à la tête des misérables » qui l’ont détrôné, et qui ont juré la perte » des gens de bien ; c’est un roi qui se coalise » avec le crime , pour accabler , anéantir » toute vertu, tout honneur, toute probité.. . . » Gomment , M. le comte , vous, noble espa- » gnol, Français par votre mère, représen- » tant un souverain du sang de nos rois, vous » approuvez une révolution atroce, la des-
» traction de la religion , le détrônement de » notre roi , l'avilissement du sang des Bour- » bons , la violation de tous les droits , de » toute justice , l’ouvrage de monstres voués » depuis long-temps au mépris public , con- » nus par leurs vices, leurs bassesses !... Vous » avez abandonné la cause des souverains, de » la justice , des honnêtes gens ! On n’a pas » fait un pas pour arrêter le torrent qui a » tout emporté. La politique des représentais » des rois de l’Europe a été de paroître se » réunir au vœu des monstres et de la popu- » lace parisienne.... » Tous les gens de bien jugeoient la révolution comme M. Mauduit , du moins après le i/j. juillet et les 5 et 6 octobre , car jusque là elle avoit fait un nombre prodigieux de dupes.
11 est nécessaire d’observer, pour la justification de l’infortuné monarque , qu’il étoit comme à la discrétion du ministre qu’on F avoit contraint de reprendre ; de plus , véritablement captif, et qu’il a protesté, dès qu’il l’a pu , contre tous les actes qui lui furent arrachés par une sorte de violence , et contre la révolution tout entière.
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