‹ De la Révolution françaiseChapitre 27 sur 54 · ASSIGNATS · texte numérisé non relu

ASSIGNATS

Cependant , pour vendre tant de domaines envahis , il falloit une mesure extraordinaire.

Toute la monnaie qui circuloit en France n’eût pas suffi pour les payer. On recourut à un papier-monnaie qui fut nommé assignat » Ce fut un des plus terribles fléaux déchaînés sur la nation. Les départemens , les districts, les municipalités, les Chambres de commerce, enfin la France entière en fut épouvantée. De toute part l’Assemblée reçut à cet égard des avertissemens et des remontrances : elle prétendit qu’il n’étoit pas de sa dignité de les entendre , et qu’ils étoient attentatoires à son autorité ; c’est ainsi qu’elle en usoit avec un peuple qu’elle avoit reconnu et proclamé souverain ; et ce peuple eut la foiblesse et la bêtise de le souffrir. L’abbé Maury rappela vainement les désastres causés dans ce dix -huitième siècle même , par les billets de banque ; un autre député, le sort tout pareil du papier-

monnoie plus récemment créé par les Etats- Unis. Mirabeau , dévoué aux agioteurs , lit passer le projet. Mais les motifs de ceux qui Favoient combattu étoient si forts , que l’Assemblée , pour aveugler le peuple , recourut à son expédient ordinaire : toutes les fois qu’il y a voit quelque crime ou quelque désastre à pallier, elle lui envoyoit une adresse où les sophismes étoient mêlés d’injures contre les royalistes qu’on appeloit aristocrates , quoiqu’elle en eût fait de véritables ilotes , et que l’aristocratie, ou plutôt l’oligarchie la plus tyrannique, résidât uniquement , d’abord dans l’Assemblée , ensuite dans plusieurs milliers

de clubs dont la France étoit infestée. Cette adresse (do 3 mai 1790 ) promettait les plus heureux effets de la création des assignats. Ils alloient ramener dans le trésor public et dans toutes les branches de l’industrie la force, l’abondance et la prospérité.

« Les ennemis de la liberté peuvent seuls » affoibîir cette espérance : il importe de » rendre inutiles leurs insinuations ; il im- » porte de prouver jusqu’à l’évidence que la » résolution de l’Assemblée nationale 11’est » pas seulement fondée sur la plus impérieuse » nécessité, mais qu’elle l’est encore sur des

» principes sains ; qu’elle est sans inconvé- » nient ; que , sous tous les rapports enfin , » c’est une loi sage et salutaire.

» Le mépris des droits de l’homme étoit le » principe de vos malheurs (i) ; dès ce moment » vos représentais ont dû poser les droits de » l’homme pour base d’une constitution.... »

On s’efforce ensuite de rassurer la nation sur le sort des assignats, et d’écarter la comparaison qu’en avoit faite le côté droit avec le papier- monnoie de la régence. Celui-ci n’avoit pas , dit-on , d’hypothèque , et les assignats en ont une immense. On sait ce qui est arrivé : ces assignats ont ruiné une multitude innombrable d’hommes de probité , et fait la fortune d’un tas de fripons et d’aventuriers. L’Assemblée arrêta de supplier le roi de faire envoyer cette adresse mensongère ( du 3 mai 1790 ) dans les départemens. Elle renfermoit contre ce prince une insolence incroyable : « La majesté du trône , y disoit-on , étoit de~

(1) Jamais la France n’avoit été si heureuse et si riche qu’à l’époque où la révolution vint l’écraser. La preuve est qu’elle a pu supporter sans périr une suite non interrompue , pendant vingt-cinq ans, de catastrophes inouïes , au nombre desquelles il faut compter ses sanglantes victoires , dont la triste issue étoit inévitable,

» venue plus imposante encore par ses au- » gustes fonctions , celle d’exécuter les décrets » d’un peuple libre » ; mais bien d’autres outrages lui étoient réservés.

HMWWWMW WWWWI VV> WVVWWl'VVt VV» W> WV VV\W\ WW WWW» VMW W (WUIM

Page 1